M. Chirac veut des "clarifications" sur la position de la Turquie au sujet de Chypre Le Monde - 29/08/2005 Le président français, Jacques Chirac, a répété lundi 29 août devant les ambassadeurs de France que la Turquie devait apporter des "clarifications" sur sa position concernant Chypre. Mais il a également souligné que la France respectera les engagements pris vis-à-vis d'Ankara. "A la suite de sa déclaration unilatérale sur Chypre, la Turquie devra (...) donner l'assurance à l'Union à 25 de sa volonté de respecter pleinement l'ensemble de ses obligations", a-t-il dit dans un discours prononcé au palais présidentiel de l'Elysée à l'ouverture de la 13e conférence annuelle des ambassadeurs français. La Turquie a signé le 29 juillet un accord étendant une union douanière à la République de Chypre, une des conditions majeures fixées par l'Union européenne à l'ouverture, le 3 octobre, de négociations d'adhésion. Mais Ankara a adjoint à ce document une déclaration stipulant que son geste n'équivalait pas à une reconnaissance de Chypre (qui a adhéré à l'UE en 2004). La Turquie ne reconnaît que la République turque de Chypre du Nord (RTCN), autoproclamée en 1983, neuf ans après l'invasion d'une partie de l'île par les troupes d'Ankara.
"LONG ET DIFFICILE CHEMIN" Lors d'un entretien vendredi 26 août avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, M. Chirac avait estimé que cela n'était "pas dans l'esprit qu'on attend d'un candidat à l'Union". Mais la Commission européenne a répété lundi que la Turquie n'était pas dans l'obligation de reconnaître Chypre pour entamer des négociations d'adhésion avec l'UE et qu'elle avait déjà rempli les conditions fixées pour ce faire par les Vingt-Cinq. La porte-parole de l'exécutif européen, Françoise Le Bail, a toutefois rappelé qu'une fois engagées, "ces négociations ne peuvent avoir lieu qu'avec les vingt-cinq Etats membres" incluant Chypre.
De son côté, le commissaire européen à l'élargissement, Olli Rehn, a estimé dans un entretien au quotidien Helsingin Sanomat que la Turquie a rempli les principales conditions posées à l'ouverture de négociations pour son éventuelle adhésion à l'Union européenne. Selon M. Rehn, rien ne s'oppose au lancement du processus après les réformes du code pénal et la signature d'un accord étendant l'union douanière UE-Turquie aux dix nouveaux pays de l'UE, dont la République de Chypre. "Si elle lui fermait sa porte, l'Union n'aurait plus de moyen d'influer sur les orientations que prendrait la Turquie" où "les positions des kémalistes conservateurs et des islamistes seraient probablement renforcées", a prévenu M. Rehn dans l'édition dominicale du Helsingin Sanomat.
Le commissaire finlandais entendait ainsi répondre à certains dirigeants européens, non seulement en France mais aussi en Allemagne, qui sont de plus en plus réservés sur l'adhésion turque. Paris souhaiterait notamment faire de la reconnaissance formelle de Chypre par Ankara une condition préalable à l'ouverture de négociations, ce à quoi s'oppose M. Rehn. Les ministres des affaires étrangères de l'UE examineront le refus persistant d'Ankara de reconnaître Chypre et les éventuelles conséquences à en tirer lors de leur prochaine réunion, les 1er et 2 septembre en Grande-Bretagne.
Les négociations d'adhésion de la Turquie, candidate à l'Europe depuis 1963, doivent s'ouvrir le 3 octobre et sont prévues pour durer au moins une dizaine d'années. M. Chirac a rappelé que "l'ouverture de négociations avec la Turquie n'est que le début du long et difficile chemin, à l'issue incertaine, que va emprunter ce grand pays qui aspire à rejoindre l'Union, c'est-à-dire adhérer à l'ensemble de ses valeurs et de ses règles". |