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EUROPE - TURQUIE

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Ankara pèse les conséquences du rejet français

Istanbul : Marie-Michèle Martinet
Le Figaro - 31/05/2005

 

Une photo faisait hier matin la une de plusieurs quotidiens turcs : celle de deux jeunes filles, arborant un badge favorable au non, et riant à gorges déployées à l'annonce des résultats. «Un non net», remarquait Milliyet, tandis que Cumhuriyet soulignait le «coup porté au projet européen». Avant même que naissent les interrogations sur les conséquences que ce vote français pourrait faire peser sur la candidature de la Turquie à l'Union, le chef de la diplomatie turque tranchait : faux débat ! «Ce résultat concerne l'opinion française, pas la Turquie», martelait Abdullah Gül.

Au lendemain du vote français, la Turquie s'efforce de conserver son sang-froid. Ali Babacan, récemment nommé par le premier ministre pour diriger les futures négociations d'adhésion de la Turquie, refuse de se perdre en conjectures, déclarant sobrement que le non de la France n'était pour lui «pas une surprise».

Selon certains observateurs, il sera cependant difficile de réparer les dégâts. Présenté comme un «gros problème» par le très écouté général Hilmi Ozkok, chef d'état-major de l'armée turque, le vote négatif de la France pourrait mettre un frein supplémentaire aux ambitions européennes de la Turquie. Pour Hasan Unal, professeur de relations internationales à l'université Bilkent d'Ankara, les dommages peuvent être considérés comme irréparables et «l'idée d'une Turquie devenant membre à part entière de l'Union européenne est pratiquement morte».

Egalement sous le choc, les diplomates français, dont certains espéraient encore, la semaine dernière, un résultat positif. Hier, ils avaient la migraine : «Nous nous sommes trompés», avouait l'un d'entre eux, avant de lâcher : «Même s'il faut se garder de faire des amalgames, le dossier turc a indiscutablement pesé en faveur du non.»

Pas tant que l'on voudrait bien le dire, rétorque Kadri Gürsel, spécialiste des questions internationales au quotidien Milliyet : «En France, tout au long de cette campagne, la Turquie a été instrumentalisée par l'ensemble de la classe politique française. Mais je ne crois pas que la candidature d'Ankara ait été un élément décisif du vote français. Je pense plutôt que ce vote est l'expression d'une crise d'identité profonde en l'Europe. Et il est probable que le résultat des élections prévues aux Pays-Bas soit similaire au résultat français. Voire pire...»

Cependant, comme la plupart de ses confrères, Kadri Gürsel se refuse à tirer des conclusions trop sombres du refus enregistré dimanche en France. Sans toutefois minimiser les inévitables complications politiques à venir, il considère qu'un rejet du projet constitutionnel pourrait même s'avérer favorable à Ankara. «C'est un peu paradoxal, explique-t-il. Le projet de Constitution prévoyait notamment des contraintes accrues pour les pays candidats à l'accession. La crise qui s'ouvre maintenant va plus ou moins bloquer la machine européenne... et nous laisser les coudées plus franches. Nous aurons plus de temps pour travailler, en restant sur la base du traité de Nice qui nous est beaucoup plus favorable.»

La Turquie espère surtout que l'ouverture des négociations le 3 octobre ne soit pas remise en question. D'ici là, elle demeure consciente du chemin qui reste à parcourir. Avec ou sans Constitution européenne, elle sait qu'elle sera jugée avant tout sur sa capacité à faire avancer les réformes exigées par Bruxelles.

«Ce qui empêcherait la Turquie d'entamer des négociations, ce serait de faire des choses contraires aux critères de l'Union européenne ou de ne pas honorer les promesses qu'elle a faites», a rappelé Abdullah Gül, qui ne cesse de réaffirmer la volonté du gouvernement en place de satisfaire aux exigences de Bruxelles.

Cependant, des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent en Turquie contre un projet politique dont la nation et les plus pauvres de ses citoyens risquent de faire les frais. Les sondages réalisés pour mesurer le soutien dont bénéficie le projet européen montrent une baisse de l'enthousiasme. L'un des derniers en date, organisé au mois d'avril par l'institut Pollmark, donnait 63% de personnes interrogées favorables à l'adhésion. Un chiffre encore très positif, mais de 10 points inférieur aux résultats obtenus neuf mois plus tôt.

     

 

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