hautdroite2.gif (179 octets)

Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

EUROPE - TURQUIE

--- Retour ---

La presse, tête de turc de l'islamiste Erdogan

Marc SEMO
Libération - 01/04/2005

 

Le Premier ministre turc multiplie les plaintes contre les médias et veut renforcer le code pénal en ce sens.

A priori, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. La caricature représente le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, croqué en patelin matou incapable de se dépêtrer d'une pelote de laine (voir ci-contre). Publiée en une du quotidien laïque de gauche Cumhuriyet, en avril 2004, ce dessin de Musa Kart voulait illustrer la paralysie politique du leader islamiste modéré. Ce dernier n'a pas apprécié et a porté plainte, obtenant, fin février, 5 000 livres turques (2 900 euros) pour cette «offense à son image». Solidaires de leur collègue, des dessinateurs de l'hebdomadaire satirique Penguen ont, à la mi-mars, caricaturé Erdogan sous la forme d'un éléphant, d'un chameau, d'une grenouille, etc. Le Premier ministre exige, cette fois, 40 000 livres (23 500 euros) de dommages et intérêts. «Nous n'avions jusqu'ici jamais vu ça, ce gouvernement est sans aucune indulgence», s'indigne Erdil Yasaroglu, propriétaire de l'hebdomadaire.

Quelque 70 plaintes de ce genre ont été déposées par le leader de l'AKP (le Parti de la justice et du développement). Elles risquent de devenir encore plus systématiques avec le nouveau code pénal, théoriquement plus libéral, selon les exigences de l'UE. Prévue le 1er avril, son entrée en vigueur a été repoussée de deux mois à cause des critiques sur le caractère jugé «liberticide» de certains de ses articles sur la presse.

Concessions. Ces affaires illustrent toute l'ambiguïté du gouvernement, alors que Bruxelles dénonce «les retards» dans la mise en oeuvre des réformes. Ankara avait reçu, le 17 décembre, un feu clignotant pour l'ouverture des négociations d'adhésion à l'automne. Mais depuis, les autorités traînent les pieds. Quelques concessions ont été faites sur Chypre, mais, au grand dam de Bruxelles, le gouvernement a couvert les policiers qui avaient sauvagement réprimé une manifestation de femmes, le 6 mars à Istanbul. L'Association des droits de l'homme rappelle que, malgré les engagements pris pour «une tolérance zéro» sur la torture, «les violations des droits de l'homme restent à un niveau inacceptable, très éloigné des exigences européennes». Le rapport cite les mauvais traitements dans les commissariats ou les «bavures» policières. Clamant sa bonne volonté réformiste, Ankara se défend en mettant en cause le poids des mauvaises habitudes dans l'appareil de l'Etat. Mais ces justifications ne tiennent pas pour les poursuites contre les journaux.

C'est en effet le Premier ministre qui porte personnellement plainte au travers de ses avocats. «Cela montre le vrai visage d'un leader qui aime à poser au démocrate à Bruxelles, mais se montre toujours plus autoritaire chez lui», souligne Yavuz Onen, président de la Fondation des droits de l'homme, inquiet des dispositions du nouveau code pénal sur la presse. Au nom de la présomption d'innocence et de la garantie de l'image de la personne, les textes sanctionnant la diffamation ont été durcis, prévoyant des peines de prison pouvant aller jusqu'à quatre ans. Ainsi, il est considéré comme diffamatoire d'évoquer un cas de corruption tant que la justice n'a pas tranché. Les associations de journalistes manifestent contre «le risque de procédures arbitraires qui vont bourrer les prisons de journalistes». Une préoccupation partagée par Reza Turkmen, le juge turc à la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg, qui a tenu à rappeler que «celle-ci ne peut accepter que des journalistes soient châtiés pour ce qu'ils écrivent».

La question est d'autant plus sérieuse qu'Erdogan est de plus en plus chatouilleux sur son image. «La critique est normale dans la démocratie, mais il ne faut pas d'excès. Caricaturer le Premier ministre en chat empêtré est insultant, non pas à cause de cet animal que l'islam respecte, mais parce que cela suggère qu'il est incapable de faire face, ce qui est insultant pour son honneur», explique Fatih Sahin, 26 ans, l'avocat du leader, installé dans un bâtiment de l'AKP. Son équipe scrute la presse, à la recherche du moindre article ou dessin jugé offensant ou diffamatoire.

Plus ouvert. Il risque d'avoir de plus en plus à faire alors que les rapports entre les médias et Erdogan se dégradent. «Avant, les gouvernements donnaient de l'argent aux journaux, maintenant, nous ne le faisons plus, alors ils sont devenus les agents de l'Union européenne», martelait récemment Erdogan. Dans les trois quarts des cas, Fatih Sahin gagne devant la justice. Mais parfois les juges se montrent plus ouverts que le Premier ministre. Ce dernier avait aussi porté plainte contre le journal local d'Eskisehir (Anatolie de l'Ouest), qui avait reproduit la caricature du chat. Là, il a été débouté en première instance. Le président de la cour a souligné qu'«un Premier ministre qui a lui-même fait de la prison pour avoir récité une poésie devrait savoir être plus tolérant».

     

 

[Présentation] [Press-Book] [Album] [Activités] [Actualités] [Nous Contacter] [Olusum/Genese]
[Dossier O/G] [Editions A TA TURQUIE] [Bibliographie] [Bibliothèque] [Poésies] [Hommage] [Galeries]
[Exposition] [Manifestations] [Annuaire] [Annonces] [Informations] [Liens] [Carnet Rose] [Quoi de Neuf]

Copyright 1999-2000 © Site créé par ATATURQUIE
Tel : 03 83 37 92 28 / Fax : 03 83 37 83 30 / poste@ataturquie.asso.fr
Webmaster :
Dominique SOUTREL
Site optimisé en 1024 x 768 pour Microsoft Internet Explorer 5

basdroite.gif (174 octets)