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EUROPE - TURQUIE

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Le oui plombé par le social et la Turquie

Renaud DELY
Libération - 08/02/2005

 

L'opération découplage fait «pschiitt». Jacques Chirac ne parvient pas à distinguer, aux yeux de l'opinion, l'enjeu du référendum sur la Constitution européenne, programmé «avant l'été», de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE) envisagée à l'horizon d'une dizaine d'années.

A force de multiplier les précautions, le chef de l'Etat a même sans doute contribué à lier plus étroitement les deux sujets dans l'esprit de l'électorat, notamment en introduisant dans le projet de loi de révision constitutionnelle adopté la semaine dernière à l'Assemblée nationale, le principe de l'automaticité d'un référendum pour tout élargissement futur de l'UE.

Effritement. Résultat, selon notre Observatoire de l'opinion Louis-Harris pour Libération-Yahoo-iTélé (1), la subtile tactique élyséenne accouche d'un double résultat : d'une part, la chute de la cote de popularité de Jacques Chirac, qui recule de 6 points à 48 % d'opinions positives, et, d'autre part, une baisse du oui ­ qui demeure largement en tête, avec 61 % d'intentions de vote, mais perd 7 points par rapport à une précédente enquête d'octobre 2004.

Cet effritement du camp des partisans du traité repose d'abord sur le refus de l'adhésion de la Turquie à l'UE : 48 % des personnes interrogées justifient ainsi leur non au référendum, une proportion qui atteint 73 % chez les sympathisants UMP, dont la turcophobie a été attisée par Nicolas Sarkozy. Ce non d'inspiration souverainiste se nourrit aussi de la volonté de préserver «l'indépendance de la France», un étendard brandi par 37 % des personnes interrogées (53 % des fidèles de l'UMP).

Si ce non «droitier» semble déjà fortement mobilisé, notamment à cause de la polyphonie antiturque entonnée depuis trois mois par le trio Sarkozy-Bayrou-Villiers, son pendant issu de la gauche est encore en hibernation. C'est le refus d'une «Europe trop libérale», porté par 35 % des sondés, mais déjà 53 % à gauche, qui pourrait réveiller cette frange d'adversaires du traité. Et en particulier les catégories populaires, pour l'heure peu préoccupées par l'enjeu, 54 % des ouvriers et 63 % des employés se disant ainsi «pas intéressés» par le référendum. Du pouvoir d'achat à la défense des 35 heures (à propos desquelles 58 % jugent que l'action du gouvernement Raffarin «va dans le mauvais sens») ­, les sujets de mécontentement social susceptibles d'alimenter ce non venu de la gauche ne manquent pas.

Collusion. Pour le directeur des études politiques de Louis-Harris, François Miquet-Marty, «le risque majeur qui pèse actuellement sur le oui est celui d'une dynamique "social-souverainiste", d'une collusion des arguments antiturcs, souverainistes et sociaux, auxquels les catégories défavorisées sont le plus sensibles». A moins que la domination d'un non xénophobe durant la campagne anesthésie une partie du non social, né à gauche.

 

(1) Réalisé les 4 et 5 février auprès de 1 002 personnes.

     

 

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