Chirac corrige la copie de Sarkozy sur la Turquie Antoine GUIRAL et Thomas LEBEGUE Libération - 20/01/2005 Jacques Chirac descend dans l'arène et Nicolas Sarkozy s'apprête à calmer le jeu sur la Turquie. Hier matin, le chef de l'Etat a joué les invités surprise lors du traditionnel pot de début d'année des députés UMP au Cercle interallié, à Paris. Alors que les parlementaires de la majorité sont sous la pression du patron de l'UMP, le président de la République est venu à la fois leur rappeler qui était leur vrai patron et quels étaient leurs devoirs à son égard et celui du gouvernement. Parallèlement à cette offensive de l'Elysée, plusieurs hauts dirigeants du parti confiaient hier que Sarkozy était sur le point de céder à une revendication des chiraquiens à propos du vote des cadres UMP sur l'Europe, le 6 mars. «Apaiser». Lors de sa conférence de presse de rentrée, le président de l'UMP avait annoncé que trois questions distinctes seraient soumises aux membres du conseil national, dont l'une, sur la Turquie, irritait au plus au point l'Elysée. Finalement, il ne devrait plus y avoir qu'«un seul texte généraliste» mêlant l'Europe, la Constitution et les relations de la Turquie avec l'UE. Ce qui évitera un désaveu frontal de Chirac sur la question turque et permettra de noyer ce différend entre le parti et le chef de l'Etat dans un oui réaffirmé à la Constitution. «Ce n'est pas un changement de ligne, mais cela va apaiser la forme», admettait hier un lieutenant de Sarkozy, tandis qu'un fidèle de Chirac savourait, lui, «un recul de Nicolas Sarkozy». Bien décidé à montrer qu'il peut contourner à sa guise l'UMP et son président, le chef de l'Etat s'est donc adressé directement aux députés, hier, pour leur demander de «s'engager et de se mobiliser avec enthousiasme et détermination pour le oui au référendum». En présence de Sarkozy, il a de nouveau prévenu que «le référendum ne doit pas être détourné de son objet». Reconnaissant que «les avis sont partagés» à l'UMP sur l'adhésion d'Ankara, il a mis en garde : «Notre responsabilité à tous est de dire l'exacte vérité. La Constitution européenne et la Turquie sont deux questions différentes et n'ont pas de lien entre elles.» «Intérêt de la France». L'Elysée suspecte plus que jamais Nicolas Sarkozy de jouer double jeu : «Il a intérêt à une victoire ric-rac, à 51-49. Il ne veut surtout pas que Chirac puisse en tirer profit», dit un conseiller du Président. Au-delà du référendum, la mise au point de Jacques Chirac s'est également traduite par un appel au «rassemblement dans l'action quand l'essentiel est en jeu». En visant en creux les ambitions de Nicolas Sarkozy, il a demandé aux députés d'assumer leurs «responsabilités avec pour seul souci l'intérêt de la France et des Français». Ce qui, comme chacun sait, est son unique préoccupation. |