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EUROPE - TURQUIE

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Turquie : les députés UMP affichent leur désaccord
avec le chef de l'Etat

Sophie Huet
Le Figaro - 22/12/2004

 

A l'occasion du débat sur la Turquie qui s'est déroulé hier à l'Assemblée, débat qui n'était pas suivi d'un vote, Bernard Accoyer a défendu la position du groupe UMP, qui est aussi celle de Nicolas Sarkozy, de privilégier «la mise en oeuvre d'un partenariat privilégié avec la Turquie». L'UMP reste donc en désaccord avec le chef de l'Etat, qui juge «pas raisonnable» la solution d'un partenariat privilégié. A tous ceux qui réclament, à l'UMP comme à l'UDF, un vote du Parlement sur la Turquie, Jean-Pierre Raffarin a répondu qu'il était d'accord pour un «dialogue régulier» avec le Parlement, mais sans vote, afin de «ne pas mettre en cause les institutions de la VeRépublique».

L'intervention du premier ministre a clôturé la séance consacrée à la Turquie. Les quatre groupes ont tour à tour interpellé le gouvernement. François Bayrou (photo) a regretté «un recul de la France en Europe». Les socialistes ont applaudi l'intervention de Jean-Marc Ayrault se demandant : «Y a-t-il un pilote dans l'avion ?»

Si suspense il y avait, il a été levé hier. Le groupe des députés UMP demeure largement hostile à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, quitte à rester en porte à faux avec la position du président de la République. «L'UMP pense qu'il est hautement probable que la Turquie ne remplira pas toutes les conditions (d'adhésion à l'Union européenne) que le sommet de Bruxelles a pour la première fois émises pour ouvrir les négociations d'adhésion», a affirmé hier matin Bernard Accoyer, à l'issue de la réunion de son groupe. Ce que Jean Leonetti a formulé différemment : «En fait d'un «oui si» à la Turquie, c'est plutôt un «non sauf si, peut être un jour»...

En séance publique, le président du groupe UMP a tenu le même langage : oui à l'ouverture de négociations d'adhésion, mais «négociation ne vaut pas adhésion». Et Bernard Accoyer a clairement privilégié l'instauration d'un «lien fort et approfondi entre l'Union et la Turquie».

Ces propos sont en contradiction avec les déclarations faites par Jacques Chirac le 15 décembre sur TF1. «Demander à un pays comme la Turquie de faire des efforts aussi considérables pour arriver à un résultat aléatoire ou partiel, ce n'est évidemment pas raisonnable», avait souligné le chef de l'Etat.

A l'inverse, le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, en parfait accord avec la démarche du chef de l'Etat, a eu beau jeu de souligner hier en séance le «décalage abyssal» entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy sur la question turque. «Y a-t-il un pilote dans l'avion ?» a-t-il demandé sous les huées des élus UMP. Le député maire de Nantes a aussi accusé l'UMP et l'UDF de «faire assaut de simplisme pour expliquer que la Turquie et l'Europe sont incompatibles (...) en attisant les peurs et les fantasmes».

Autre pomme de discorde entre l'UMP et le gouvernement, la question d'un vote au Parlement sur la Turquie. Lors de la réunion du bureau du groupe UMP, Edouard Balladur, qui veut faire modifier par amendement l'article 88-4 de la Constitution pour obliger le gouvernement à transmettre aux assemblées tous les documents européens afin de permettre au Parlement de voter sur des questions de politique internationale, a été soutenu hier matin dans sa démarche par de nombreux UMP, dont Hervé de Charette et Claude Goasguen.

Lors de son intervention dans l'hémicycle, François Bayrou a d'ailleurs vivement critiqué le gouvernement, qui refuse aux députés «le droit le plus élémentaire : le droit de voter». Fustigeant une «démocratie française concentrée, verrouillée et sans contre-pouvoir», le président de l'UDF, qui réclame depuis des mois un vote sur la Turquie, a affirmé que «les 577 députés et 340 sénateurs sont en fait interdits d'expression et d'engagement sur les sujets lourds, interdits d'histoire». Et Bayrou de lancer, à l'adresse du premier ministre : «S'il n'y avait pas la discipline de parti et le verrouillage des institutions, ce serait une majorité qui, dans cette assemblée, vous dirait non.» Employant quasiment les mêmes termes que le président de l'UDF, Jean-Marc Ayrault a également dénoncé «une pratique indigne de la démocratie, une conception archaïque de la VeRépublique, qui considère les questions européennes comme le domaine réservé de l'Elysée».

Jean-Pierre Raffarin a répondu à tous ces arguments de manière on ne peut plus claire. «Nous engageons avec le Parlement un dialogue qui sera régulier, transparent et conforme à la Constitution. Ce dialogue durera tout au long des négociations, qui peuvent s'échelonner jusqu'à 2020. J'engage donc mes successeurs... mais aussi les vôtres, a lancé le premier ministre aux socialistes. Mais ne comptez pas sur moi, ni sur mon gouvernement, pour mettre à mal les institutions de la VeRépublique, qui ont fait leurs preuves, et qui donnent au chef de l'Etat la mission essentielle de négocier les traités, et au Parlement et au peuple la possibilité de les ratifier. Le peuple souverain aura le dernier mot !» a conclu le chef du gouvernement.

Hostiles à l'adhésion de la Turquie, les dirigeants de l'UMP ont parallèlement la hantise d'un échec du référendum sur le traité européen, prévu en juin 2005, qui serait inévitablement jugé comme un désaveu politique du chef de l'Etat. «Il faut gagner le référendum, car la France ne doit pas se mettre en marge de l'Europe, au moment où la Turquie risque d'y entrer», expliquait Hervé Mariton dans les couloirs. De son côté, Nicolas Sarkozy a affirmé devant le bureau du groupe UMP qu'il y aurait «un vote sur la Constitution européenne» lors du conseil national de l'UMP qui se tiendra en mars 2005.

Résolument hostile au traité de Bruxelles, Alain Bocquet a accusé le gouvernement de vouloir «parasiter la question essentielle, celle du référendum sur la Constitution ultralibérale Chirac-Giscard-Seillière» par la question turque. Le président du groupe communiste a même fustigé «le oui d'opérette, un oui frileux qui est concédé à la Turquie». Ces divisions, de droite comme de gauche, sur la Constitution comme sur la Turquie, font évidemment la joie des «souverainistes». «On a assisté dans ce débat au chant du cygne du traité européen», assurait ainsi Jacques Myard (UMP) dans les couloirs.

     

 

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