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EUROPE - TURQUIE

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Députés et sénateurs ont débattu sans passion
de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne

Le Monde - 21/12/2004

 

Alors qu'à l'Assemblée, le débat a duré une heure, le temps de la séance des questions au gouvernement, au Sénat, les orateurs se sont succédé à la tribune durant trois heures.

Députés et sénateurs ont débattu mardi 21 décembre de l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne décidée vendredi à Bruxelles, dans une atmosphère relativement atone dans les deux chambres, faute de vote sur cette question et donc d'enjeu.

Tour à tour, Jean-Pierre Raffarin a expliqué aux députés puis aux sénateurs que "négociation n'était pas adhésion", dans le souci de rassurer les parlementaires UMP opposés à une entrée d'Ankara dans l'UE, conformément à la position du conseil national de leur parti de mai. "Il n'y a pas, je le dis clairement, automaticité de la négociation à l'adhésion. Le processus va être long et durer au minimum dix ans (...). Pour une raison simple : ni l'Europe ni la Turquie ne sont prêtes aujourd'hui à une adhésion", a insisté le premier ministre.

"LE DERNIER MOT"

Il a en outre rappelé qu'en tout état de cause, les Français auraient "le dernier mot" sur une éventuelle entrée d'Ankara dans l'Union, par la voie d'un référendum promis par le président Jacques Chirac. Exercice délicat pour M. Raffarin, contraint à un discours à la fois audible par les parlementaires de l'UMP et compatible avec la position du chef de l'Etat en faveur d'une adhésion de la Turquie.

Se faisant, il s'est attiré les critiques des socialistes mais aussi celles des centristes, dont le président, François Bayrou, s'est montré particulièrement virulent vis-à-vis de Jacques Chirac et du gouvernement.

"Décalage abyssal" entre le chef de l'Etat et le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, "grand concert de la discorde" : le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault, a étrillé la droite, avant de qualifier l'accord de Bruxelles "d'acte majeur". Il a regretté néanmoins que le Conseil européen n'ait pas "clairement signifié" au gouvernement turc que "la reconnaissance mutuelle entre ses Etats membres n'est pas négociable" face au refus de la Turquie de reconnaître Chypre. Il a également déploré "l'interférence" des Etats-Unis dans la négociation.

"INTERDITS D'HISTOIRE"

Très en verve, François Bayrou, qui réclame, en vain, depuis des mois un vote des parlementaires sur une éventuelle adhésion de la Turquie à l'UE, a dénoncé une "démocratie française concentrée, verrouillée, et sans contre-pouvoir". "Les représentants du peuple sont écartés des sujets essentiels" et "les 577 députés et 340 sénateurs" sont en fait "interdits d'expression et d'engagement sur les sujets lourds, interdits d'histoire", a-t-il lancé. Il a rappelé qu'en cas de vote, les parlementaires auraient été majoritairement contre une entrée de la Turquie dans l'Union. Manière de signifier l'isolement du gouvernement face à sa majorité.

Pour les communistes, le président du groupe, Alain Bocquet, a accusé la droite de "vouloir parasiter la question essentielle" du référendum sur la Constitution européenne avec celle de la Turquie.

Alors qu'à l'Assemblée, le débat a duré une heure, le temps de la séance des questions au gouvernement, au Sénat, les orateurs se sont succédé à la tribune durant trois heures. Il est vrai que les sénateurs n'avaient pas eu droit à une longue discussion sur le sujet, comme cela avait été le cas pour le députés le 14 octobre. Le débat n'y a néanmoins pas été plus animé qu'à l'Assemblée. Seule l'annonce par Jean-Pierre Raffarin de la libération des deux otages français en Irak a déclenché des applaudissements sur tous les bancs.

     

 

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