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EUROPE - TURQUIE

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Erdogan accueilli triomphalement par les Turcs

Istanbul : Marie-Michèle Martinet
Le Figaro - 20/12/2004

 

La liesse passée, la Turquie s'interrogeait hier sur les conclusions du sommet européen de Bruxelles, qui a retenu la date du 3 octobre 2005 pour l'ouverture des négociations d'adhésion à l'UE tout en fixant à Ankara des conditions jugées très strictes.

La Turquie a réservé un accueil triomphal à son premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, acclamé en héros, à son retour de Bruxelles. La foule venue l'attendre à l'aéroport Atatürk d'Istanbul brandissait des pancartes saluant le «Conquérant de l'Europe» et agitait des drapeaux turcs et européens ainsi que des fanions portant les couleurs de l'AKP, le parti du premier ministre. Le lendemain, sous les strass et les paillettes de feux d'artifices allumés en plein jour, plusieurs milliers de personnes l'acclamaient encore sur la place centrale d'Ankara : la Turquie était en liesse ; et le premier ministre en était devenu l'étoile.

Même ceux qui, quelques semaines plus tôt, ne lui étaient pas encore acquis ne juraient plus que par lui : «Si des élections étaient organisées demain dans le pays, je voterais pour lui», avouaient de nombreux Turcs, samedi soir, tout en précisant que leurs opinions politiques ne les rattachent pourtant pas au parti du premier ministre, et encore moins à ses anciens amis.

Cette joie spontanée fut à la mesure des craintes qui ont pesé, pendant toute la durée du sommet, sur l'issue des négociations. Le chef du gouvernement turc s'était envolé pour Bruxelles avec des consignes très précises. Chacun savait que, dans ces conditions, les discussions seraient forcément serrées.

La tension avait atteint son paroxysme quand la rumeur avait circulé d'un possible retour anticipé du négociateur turc, que de laconiques commentaires d'un diplomate de son entourage disait «déçu». Le chef du principal parti d'opposition, Deniz Baykal, avait fait monter la pression, déclarant que son pays n'avait «jamais accepté un traitement de seconde classe» et qu'il ne l'accepterait jamais. Les marchés financiers, optimistes durant la journée de jeudi, avaient commencé à s'affoler...

L'annonce finale de l'accord avait bien vite ramené les esprits à plus de sérénité ; et remis les voyants boursiers dans le vert. Dès le lendemain matin, la presse unanime exhultait : «Nous l'avons fait !» lançaient Hürriyet et Yeni Safak qui, d'habitude, ne partagent pourtant pas les mêmes analyses. «Turquie, tu es formidable», reprenait le quotidien Posta, saluant les efforts consentis par le pays tout entier pour parvenir à ce résultat. De l'avis de tous, le premier ministre avait fait la preuve de son adresse et de sa fermeté diplomatique, en montrant comment il avait su tenir la dragée haute à ses interlocuteurs européens.

Mais l'euphorie ne fut que de courte durée. Curieusement, les journaux avaient radicalement changé de ton hier matin. La fête était finie ; et les éditions dominicales se montraient nettement plus sceptiques quant aux résultats réellement obtenus par la Turquie à Bruxelles. Les éditorialistes s'interrogeaient sur le statut exact de la candidature turque, essayant de débusquer les éventuelles chausse-trapes de l'accord. Perplexe, le quotidien Hürriyet relevait que l'issue des négociations demeurait «opaque».

«Il n'y a pas de victoire. En l'état actuel, la candidature de la Turquie pour une adhésion pleine est terminée», estime pour sa part Yachar Hacisalihoglu de l'université d'Istanbul, tandis que le député Sukru Elekdag, ancien numéro deux du ministère des Affaires étrangères, considère que l'accord signé à Bruxelles est «la plus grande tromperie de l'histoire de la République» et que le gouvernement veut «vendre le corbeau sous la forme du rossignol» à l'opinion publique turque.

La fermeté du premier ministre avait pourtant été saluée par tous ; notamment sur la question chypriote qui constituait l'une des lignes rouges de la diplomatie turque, considérant comme inacceptable toute reconnaissance prématurée de la République de Chypre.

Hier, de nombreux observateurs s'interrogeaient sur la réelle portée de l'engagement pris à Bruxelles. Pour clarifier la position du gouvernement turc, le ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül, a répété que l'accord signé vendredi ne pouvait d'aucune manière être considéré comme une reconnaissance de facto : «Nous n'avons rien signé qui puisse impliquer directement ou indirectement la reconnaissance de la partie chypriote-grecque de l'île», a-t-il assuré. «Notre gouvernement a fait en sorte que cette signature ne puisse pas être considérée comme une reconnaissance.»

     

 

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