Adhésion de la Turquie : un nouveau débat est prévu à l'Assemblée Le Monde - 20/12/2004 Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste, a évoqué, dimanche 19 décembre, un "risque" de confusion entre l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et le vote sur la Constitution européenne. Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, a annoncé, dimanche 19 décembre, qu'un débat aura lieu mardi dans l'Hémicycle, après la décision du sommet de Bruxelles de fixer une date pour l'ouverture de négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. "Nous allons avoir mardi des questions sur ce sujet. Chaque groupe va interroger le gouvernement sur ce qui s'est passé, sur la décision qui a été prise par l'Union européenne", a déclaré M. Debré à la presse à Caluire, dans le Rhône, où il participait à l'inauguration d'une statue à l'effigie du héros de la Résistance Jean Moulin, arrêté par la Gestapo dans cette ville en 1943. "L'Hémicycle est le lieu où tous les sujets doivent être abordés", a encore indiqué M. Debré, précisant que le débat ne serait suivi d'aucun vote. Il a également indiqué qu'il souhaitait "profondément, en ce qui concerne le génocide arménien, qu'on dise clairement les choses, comme d'ailleurs l'Assemblée nationale, à l'unanimité, a dit qu'elle dénonçait le génocide arménien". "Pour mieux regarder ensemble l'avenir, n'escamotons pas le passé", a-t-il conclu. Un débat sans vote sur l'adhésion de la Turquie a déjà eu lieu le 14 octobre à l'Assemblée nationale. UN "RISQUE" DE CONFUSION De son côté, Julien Dray, porte-parole du Parti socialiste, a évoqué dimanche un "risque" de confusion entre l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et le vote sur la Constitution européenne. "Il y a un risque, on ne peut pas le cacher", a déclaré M. Dray invité du "Grand Jury RTL-Le Monde-LCI". "On voit bien que M. de Villiers, qui est aujourd'hui le leader des 'non', veut confondre les choses et on voit bien qu'il veut, en fait, faire du référendum sur la Constitution un référendum contre l'entrée la Turquie", a-t-il ajouté. Ce risque "va s'appuyer sur des peurs comme toujours, c'est le fonds de commerce de ce genre de responsables politiques", mais il y a également le risque d'une "confusion très nette dans la tête d'un certain nombre de nos concitoyens qui peuvent croire qu'au travers de ce traité on va créer les conditions de [l'adhésion de la Turquie], ce qui n'est pas vrai", a affirmé le député de l'Essonne. "Donc il faudra que les responsables politiques qui défendent ce traité soient très pédagogues", a-t-il estimé. A propos du débat organisé mardi à l'Assemblée après le sommet de Bruxelles sur les négociations avec la Turquie, il a jugé qu'"à ce stade-là", le vote "ne s'impose pas". Au passage, M. Dray a lancé à l'adresse de Laurent Fabius : "Il faudra aussi à un moment donné qu'il se souvienne qu'il a aussi été premier ministre de la France et qu'il a aussi entériné les décisions qui se sont accumulées les unes à la suite des autres. Comme tout responsable politique, on ne peut pas demander un droit d'inventaire pour les autres et ne pas se l'appliquer à soi-même." UNE ADHÉSION "SOUS CONDITIONS" Par ailleurs, un peu plus de la moitié des Français (52 %) approuveraient la position de Jacques Chirac sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, selon un sondage Ipsos à paraître lundi dans Le Figaro. En revanche, 44 % des personnes interrogées désapprouvent une "adhésion de la Turquie à l'Union européenne, dans un délai de dix à quinze ans si celle-ci remplit d'ici là un certain nombre de conditions", et 4 % ne se prononcent pas. Mais la tendance s'inverse pour les sympathisants de droite. Parmi ceux du parti centriste UDF, composante de la majorité gouvernementale, 49 % désapprouvent M. Chirac, contre 48 % qui l'approuvent (3 % sans avis). Les sympathisants de l'UMP, principale formation de droite, sont partagés : 49 % pour, 49 % contre (2 % sans opinion). Quant à l'extrême droite, 65 % de ceux du Front national (FN) et du Mouvement national républicain (MNR) sont défavorables et 35 % favorables. A gauche, 55 % des sympathisants du Parti communiste approuvent la position de M. Chirac, 43 % sont d'un avis contraire (2 % sans opinion). Parmi ceux du Parti socialiste, 59 % sont pour, 39 % contre (2 % sans avis), et chez les Verts 64 % sont favorables, 33 % défavorables (3 % ne se prononcent pas). Par ailleurs, 41 % des personnes interrogées déclarent que leur "opinion" sur l'adhésion de la Turquie à l'UE ne jouera "aucun rôle" dans leur vote au futur référendum sur la Constitution européenne, prévu en France en 2005. 34 % estiment que cela jouera un "rôle décisif ou important", 20 % un "rôle secondaire" et 5 % n'ont pas d'avis. Ce sondage a été réalisé par téléphone les 17 et 18 décembre selon la méthode des quotas auprès de 939 personnes constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. |