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EUROPE - TURQUIE

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La question de Chypre continue de parasiter les négociations

Philippe Ricard
Le Monde - 19/12/2004

 

Le contentieux chypriote complique l'adhésion de la Turquie, qui occupe toujours la partie nord de l'île. D'ici à l'ouverture de ses négociations avec l'UE, le 3 octobre 2005, Ankara s'est engagé à étendre l'union douanière mise en place avec les Europeéns aux dix pays de l'élargissement, donc aussi à la République de Chypre. Ce geste est perçu comme un premier pas par les dirigeants européens pour lesquels il va de soi que la Turquie doit reconnaître l'ensemble des pays avec lesquels elle va négocier. Mais une reconnaissance en bonne et due forme de la République de Chypre, qui, pour la communauté internationale, représente l'ensemble de l'île divisée, et dont le siège est à Nicosie, dans la partie grecque, reste un tabou à Ankara.

"COMME L'ALSACE-LORRAINE"

Depuis 1974, l'armée turque campe dans la partie nord de l'île, coupée en deux par une ligne de démarcation contrôlée par une force des Nations unies, la "ligne verte". Intervenue en réaction à un coup d'Etat fomenté par les partisans d'un rattachement de l'île à la Grèce, elle ne l'a plus quittée. En 1983, la Turquie y a parrainé la création d'une République turque. Elle demeure le seul pays à reconnaître cette entité de 200 000 habitants, où sont stationnés plus de 30 000 de ses soldats.

Les marges de manœuvre du gouvernement turc sont limitées. "Chypre, c'est une question très sensible, un peu comme l'Alsace-Lorraine à une certaine époque", dit un spécialiste de la Turquie. Les milieux nationalistes et l'armée ont mal accepté le soutien du gouvernement au plan de paix élaboré par Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, pour favoriser la réunification de l'île.

Ce plan a été rejeté en avril 2004 par les Chypriotes grecs, alors que les Chypriotes turcs ont voté pour. Depuis, les Turcs considèrent qu'ils ne peuvent être tenus pour seuls responsables de la division persistante de l'île, puisqu'ils ont soutenu le plan Annan. "De leur côté, les Chypriotes grecs ont perdu de leur crédit moral en votant "non"", dit un diplomate. Le comportement de Nicosie agace les dirigeants européens : depuis l'élargissement de l'Union européenne, le 1er mai, le gouvernement chypriote ne rate pas une occasion de compliquer l'existence de la partie nord. Depuis juillet, elle bloque un plan d'aide de 259 millions d'euros et la libre circulation dans l'UE des produits fabriqués dans cette région.

Le nouveau commissaire chargé de l'élargissement, Olli Rehn, est d'avis qu'une relance du plan Annan, remodelé pour convaincre les Chypriotes grecs de le soutenir, est nécessaire si l'on veut détendre le climat des négociations à venir. "Sinon, dit un haut fonctionnaire, la question chypriote va tout parasiter : à chaque étape délicate, on risque de nouvelles tensions entre Nicosie et Ankara." De passage à Bruxelles, vendredi, M. Annan a assuré être prêt à "offrir ses bons offices, si les deux parties lui font signe". Ankara se dit favorable à cette relance.

     

 

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