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EUROPE - TURQUIE

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Les membres du gouvernement
se rallient à la politique turque de l'Elysée

Béatrice Gurrey et Christophe Jakubyszyn
Le Monde - 19/12/2004

 

Même les ministres les plus réservés se disent "rassurés" par l'accord conclu entre les Vingt-Cinq et Ankara pour lancer les négociations d'adhésion.
Au moment où l'Europe a décidé d'engager des négociations en octobre 2005 avec la Turquie, en vue d'une adhésion sous conditions, les langues commencent à se délier au gouvernement. Les réticences des ministres au "oui, si" de Jacques Chirac à la Turquie sont moins fortes qu'il y a quelques semaines et commencent à s'exprimer, de façon volontairement dépassionnée et contrebalancée.

Confrontés aux questions des électeurs et des militants qu'ils rencontrent, les ministres sentent que la position de M. Chirac n'est pas encore comprise. Mais plutôt que de laisser Nicolas Sarkozy - qui doit s'exprimer samedi soir à la télévision - et, plus généralement les élus non ministres, relayer les réserves de l'opinion, ils sortent de leur réserve pour soutenir la position française. Ainsi Dominique Perben, le garde des sceaux, a-t-il avoué, mardi 14 décembre, à Chatou (Yvelines) devant les adhérents du club Dialogue & Initiative, "partager nombre de leurs inquiétudes", se disant en même temps "rassuré" de la décision prise de consulter les Français par référendum le moment venu. Hervé Gaymard, ministre de l'économie et fidèle chiraquien, a fait part de son "sentiment partagé", jeudi sur France 2, tout en voyant dans la Turquie "une grande économie qui renforcerait l'Europe" (Le Monde du 18 décembre).

Lorsque le chef de l'Etat avait exposé ses vues sur la Turquie en conseil des ministres, le 27 octobre, devant des ministres muets qui n'en pensaient pas moins, seul Renaud Dutreil s'était ensuite exprimé dans la cour de l'Elysée. Le ministre de la fonction publique, qui guignait alors Bercy, avait prôné le pragmatisme, afin d'éviter tout "acharnement anti-turc". "Le débat commence. Il faut faire attention à ne pas le polluer par une attitude plus passionnelle que réfléchie et raisonnable", avait-il souligné, en bon élève de la classe chiraquienne.

François Fillon, tombé en disgrâce à l'Elysée depuis son rapprochement avec M. Sarkozy, se rattrape. "Si l'on veut une Europe dont l'objectif principal est d'assurer la paix et de peser dans l'équilibre des forces mondiales, alors il faut la Turquie" dans l'Union européenne, a assuré le ministre de l'éducation, jeudi 16 décembre, sur La Chaîne parlementaire. M. Fillon, conseiller politique de l'UMP, a rappelé qu'il avait "toujours été favorable à une Europe assez large, jouant un rôle d'équilibre face aux Etats-Unis". "Heureusement que Jacques Chirac est là pour poser le problème avec courage", a-t-il assuré.

"OUVERT POUR L'AVENIR"

Philippe Douste-Blazy apprécie lui aussi la position "courageuse" du chef de l'Etat qui répond à des "considérations stratégiques en faveur de la paix". Sans perdre une occasion d'égratigner François Bayrou, le président de l'UDF, il critique, sans le nommer, "ceux qui prétendent que négociation vaut adhésion". Le seul UDF de l'équipe de Jean-Pierre Raffarin, Gilles de Robien, se refuse à suivre la ligne très anti-turque de M. Bayrou et de son parti. "Réservé en l'état", le ministre des transports se dit cependant "ouvert pour l'avenir", une expression dans laquelle ne se reconnaîtrait sans doute pas le président de l'UDF.

En somme, le gouvernement compte désormais une majorité de défenseurs de la Turquie, comme Michèle Alliot-Marie. La ministre de la défense, présentée comme candidate possible à Matignon, explique que "d'ici vingt ans face aux puissances qui auront émergé, la Chine, l'Inde, nous devrons nous poser la question des frontières économiques de l'Europe et nous aurons sans doute besoin du renfort d'autres pays". Bien logiquement, Michel Barnier, le ministre des affaires étrangères "colle" à la position du chef de l'Etat. Dominique de Villepin est "complètement en phase" avec le président.

Les vrais arguments qui militeraient contre l'entrée de la Turquie ne s'expriment que sous couvert d'anonymat. Ainsi des inquiétudes sur le niveau de vie des Turcs, très inférieur à celui des Européens et qui exigera, le cas échéant, des efforts considérables des fonds structurels européens. "Il faut que le taux de croissance turc, beaucoup plus fort que celui de la moyenne des pays européens, tienne sur la durée", estime ainsi un ministre, qui se réjouit par ailleurs que M. Chirac "sache prendre des décisions même quand elles ne sont pas populaires".

A l'Elysée, on juge que "le problème n'est pas que le président soit isolé ou pas, par rapport à la majorité". Mais qu'il ait pris la décision qu'il jugeait la meilleure pour la France et pour l'Europe. On admet que le débat est nécessaire dans le pays, en le souhaitant "dépassionné". Et les conseillers du chef de l'Etat s'offusquent du reproche qui lui est fait de renier la démocratie : "Un référendum est l'expression la plus démocratique qui soit : les Français jugeront." Dans quinze ans.

     

 

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