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EUROPE - TURQUIE

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La plaie toujours ouverte du problème chypriote

Bruxelles : de notre envoyé spécial L. d. B.
Le Figaro - 18/12/2004

 

Lorsqu'elle est entrée dans l'Union européenne, en mai 2004, Chypre a importé son problème avec elle.

L'île est divisée, le tiers nord étant occupé par l'armée turque depuis 1974. Ankara avait alors riposté à un coup de force mené par des Chypriotes grecs qui voulaient rattacher l'île à la Grèce.

Depuis, la plaie est restée ouverte. La question a ressurgi hier au Conseil européen de Bruxelles. D'un côté, la République de Chypre exigeait qu'à défaut d'une reconnaissance en bonne et due forme, la Turquie accepte au moins de l'inclure dans l'union douanière qui lie Ankara depuis 1999 aux quinze pays qui composaient alors l'Union européenne.

De l'autre, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan estimait que la question pouvait attendre, Chypre n'ayant jamais figuré parmi les conditions posées par l'UE à la Turquie en vue d'ouvrir des négociations d'adhésion. La marge de manoeuvre des dirigeants turcs est très étroite, la question étant considérée à Ankara comme touchant directement à la sécurité nationale du pays.

Officiellement, la Turquie reconnaît la République turque de Chypre du nord, l'entité sécessionniste où vit, dans le nord de l'île, la minorité chypriote turque. Mais l'Union européenne, comme le reste de la communauté internationale, ne reconnaît que la République de Chypre, c'est-à-dire la partie où vivent les Chypriotes grecs dans le sud du pays. L'Union européenne ne s'est jamais directement impliquée dans une tentative de règlement du dossier chypriote. Elle a préféré laissé faire l'ONU, dont l'échec en début d'année a été retentissant. Un plan de règlement préparé par Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, prévoyait une réunification de l'île au sein d'une fédération de deux États, l'un chypriote grec et l'autre chypriote turc. Le territoire chypriote turc aurait été réduit par rapport à la situation actuelle et un certain nombre de réfugiés chypriotes grecs auraient pu retrouver leurs foyers dans le nord de l'île, dont ils ont été expulsés en 1974.

Mais le plan, soumis à un double référendum simultané dans les deux parties de l'île, a été rejeté par les Chypriotes grecs. Ceux-ci ont estimé dans leur majorité que l'ONU leur demandait de consacrer une situation injuste découlant de l'occupation militaire d'une partie de l'île.

Les Chypriotes turcs en revanche, poussés par Ankara anxieuse de s'attirer les bonnes grâces de l'UE, ont approuvé le projet de Kofi Annan. Ils sont devenus du même coup les bons élève d'une communauté internationale qui les tenait à distance depuis 1974.

Les bonnes intentions n'ont cependant pas suffi. Le plan Annan ayant échoué, seule la partie chypriote grecque est de facto entrée dans l'UE, puisque la République de Chypre n'exerce son autorité que sur la partie sud de l'île. Hier, Kofi Annan, de passage à Bruxelles, s'est contenté d'indiquer qu'il était «disponible» pour reprendre sa mission de bons offices si les parties chypriotes le lui demandaient. Erdogan, reçu par le Conseil européen à l'issue des travaux des 25, s'est contenté de saluer brièvement le président chypriote-grec Tassos Papadopoulos. Il y a fort à parier que le problème continuera à empoisonner les négociations entre la Turquie et l'Union européenne.

     

 

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