Après comme avant son intervention télévisée, M. Chirac paraît isolé dans son propre camp Christiane Chombeau Le Monde - 18/12/2004 Applaudi à Bruxelles et Ankara, le président de la République, Jacques Chirac, se retrouve bien isolé à Paris - au sein de sa propre majorité - sur la question turque. Jusqu'à des fidèles comme Hervé Gaymard, successeur de Nicolas Sarkozy au ministère des finances, qui émettent les plus grandes réserves. Invité de France 2, jeudi soir 16 décembre, ce dernier a fait part de son "sentiment partagé" sur l'entrée de la Turquie dans l'Europe. "Comme tous les Français, je m'interroge", a déclaré M. Gaymard, qui a souligné, d'une part, que ce pays "laïque depuis quatre-vingts ans a été notre allié notamment pendant la guerre froide et est une grande économie qui renforcerait l'Europe", mais qui a noté, d'autre part, que la Turquie est "bien loin du cœur de l'Europe et pose des questions sur les frontières". Pierre Méhaignerie, secrétaire général de l'UMP, estime que "les Français restent inquiets, interrogatifs" après l'intervention télévisée de M. Chirac, mercredi. "Ils auraient probablement préféré une position plus nuancée", a-t-il déclaré, jeudi sur France Info, en faisant référence au "partenariat privilégié" que le président de la République a refusé d'envisager. M. Méhaignerie a souligné que "la position de l'UMP reste celle qui a été définie par Alain Juppé, confirmée par Nicolas Sarkozy". Le 9 mai 2004, le parti chiraquien, réuni en conseil national, avait voté à 71,8 % des voix contre l'adhésion de la Turquie. "ÉVITER LES AMALGAMES" En déplacement en Israël, Nicolas Sarkozy n'a pas caché que ce dossier turc représentait "une difficulté incontestable" entre l'Elysée et l'UMP, qu'il préside depuis le 28 novembre. Invité du journal de France 2, samedi 18 décembre, il devrait développer sa position sur le dossier. Dès mercredi soir, il répétait cependant que "la solution pour la Turquie, c'est le partenariat privilégié". "On confond deux choses : l'intégration économique et l'intégration politique. Du point de vue de l'intégration économique, la Turquie a sa place. Israël aussi a sa place", a-t-il expliqué. Jeudi, avant de regagner la France, il confiait : "Je ne vois aucun élément nouveau qui pourrait me conduire à demander à l'UMP de modifier sa position." Pour lui, "tout nouvel élargissement, qu'il apparaisse légitime ou non au regard de l'histoire et de la géographie des nouveaux candidats, reviendrait à revoir nécessairement à la baisse les objectifs de l'Union européenne". S'inquiétant de probables interférences entre le débat sur la Turquie et le référendum sur la Constitution, Jean-François Copé, porte-parole du gouvernement, a demandé, vendredi sur LCI, de "tout faire pour éviter les amalgames". Un amalgame que redoute également François Bayrou, le président de l'UDF, d'autant plus qu'il estime qu'il sera inévitable. Encore sous le coup de la "colère", celui-ci a dénoncé lors d'une conférence de presse, jeudi, le comportement "monarchiste" du président de la République. |