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EUROPE - TURQUIE

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Premières concessions de l’Europe à la Turquie

Bruxelles : de notre correspondante Alexandrine Bouilhet
Le Figaro - 18/12/2004

 

L'Union européenne et la Turquie ont lancé officiellement hier à Bruxelles le processus historique et controversé d'une adhésion d'Ankara à l'UE, amorcé il y a plus de quarante ans et qui pourrait intervenir vers 2015. L'accord ne constitue pas une reconnaissance légale de Chypre par Ankara mais est une «étape importante», a déclaré la présidence néerlandaise de l'Union. Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a de son côté confirmé que l'accord ne constitue «absolument pas» une reconnaissance de Chypre par Ankara.

La Turquie a réussi, hier, à retourner le Conseil européen en sa faveur. Les conclusions du sommet, jugées dans un premier temps décevantes par Ankara, ont été modifiées à la dernière heure pour donner entière satisfaction à Recep Tayyip Erdogan.

Non seulement la Turquie a obtenu un feu vert pour l'ouverture des négociations d'adhésion le 3 octobre 2005, mais elle se verra accorder des conditions plus souples que prévu. C'est à ce prix que les Turcs ont accepté l'accord des Vingt-Cinq. «Nous avons écrit l'Histoire», s'est félicité le président de l'Union Jan Peter Balkenende. La Turquie a accepté la main que nous lui avons tendue.» Et Tony Blair de renchérir : «Cet accord montre qu'il n'y a pas de clash entre civilisations.»

Après d'interminables discussions en coulisses, les Européens ont cédé aux Turcs sur trois points : la reconnaissance de Chypre, les clauses de sauvegarde à la libre circulation des travailleurs et la formule du «lien fort» en cas d'échec des négociations. Sous la pression constante du premier ministre turc, qui menaçait de quitter Bruxelles avant la fin du sommet s'il n'obtenait pas gain de cause, trois paragraphes du projet d'accord ont été revus à la baisse par la présidence néerlandaise, avec la bénédiction des États membres. «Les Turcs ont très bien négocié, note un diplomate épuisé. Sur le fond, ils ont accepté toutes nos conditions, mais sur la forme, on peut dire qu'ils ont gagné la bataille...»

La colère des Turcs s'est focalisée, dès jeudi soir, sur la reconnaissance de Chypre. Prêt à s'engager par oral sur une normalisation de relations avec Chypre, d'ici au 3 octobre, Recep Tayyip Erdogan s'est opposé à toute promesse écrite. Mais la présidence, très optimiste, a tenté un coup de force, en mentionnant, dans le projet de conclusions, le «paraphe» des Turcs, dès «le 17 décembre», à Bruxelles, à l'accord d'Ankara. La signature de cet accord de 1963 adapté à l'Union élargie aurait abouti, de facto, à la reconnaissance de la République de Chypre par la Turquie. «Impossible !», a rétorqué Erdogan, déjà accusé par l'opposition en Turquie, de «brader les intérêts» du pays en coulisses.

Erdogan avait promis qu'il n'accepterait «aucune condition supplémentaire» des Européens. Scrutant chaque mot au fur et à mesure des négociations, le dirigeant turc est resté fidèle à sa promesse. Dans le texte agréé hier par les Vingt-Cinq, la Turquie s'engage, non pas à «signer», mais à «mettre en oeuvre» les accords d'Ankara d'ici au 3 octobre. Sur le fond, le message est le même. Mais sur la forme, il n'y a aucune reconnaissance formelle de Chypre, juste une promesse.

La Turquie a également obtenu la suppression, dans le texte, des fameuses «clauses de sauvegarde permanentes», qui auraient permis aux autres États membres, après l'adhésion, de fermer leurs portes aux travailleurs turcs pour un temps non défini. D'après le texte, sont envisageables «de longues périodes de transition, des dérogations, des arrangements spécifiques ou des clauses de sauvegarde appropriées», mais non permanentes. Sur ce point, la Turquie a le droit européen de son côté, car les exceptions à la règle communautaire ne sont que provisoires et jamais permanentes. La France, l'Autriche et le Danemark, mais aussi l'Allemagne ont dû plier sur ce détail.

Hostile à tout statut spécial, qui ferait d'elle un candidat à l'adhésion de seconde classe, la Turquie est également parvenue à modifier en sa faveur la formule ambiguë sur le «lien fort» si chère à Jacques Chirac. «Si l'État candidat n'est pas en position d'assumer entièrement ses obligations liées à l'adhésion, indiquent les conclusions, le pays concerné sera assuré de rester pleinement ancré dans les structures européennes, avec le lien le plus fort possible, si le pays candidat le demande.» Autrement dit, cette solution d'ancrage à l'Union européenne, sorte de troisième voie mal définie, ne pourra intervenir sans l'accord de la Turquie, ce qui lui enlève toute portée contraignante.

Pour le reste, Ankara n'a pas exigé de modifications, estimant que le texte était suffisamment équilibré. «L'objectif partagé des négociations est l'adhésion», indiquent les Vingt-Cinq dans leur document. «Ces négociations sont un processus ouvert, dont le résultat ne peut être garanti à l'avance», ajoutent-ils pour rassurer les opinions publiques les plus inquiètes.

     

 

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