Le Parlement européen se prononce à une large majorité pour l'entrée de la Turquie dans l'UE Rafaële Rivais Le Monde - 17/12/2004 Les droites française et allemande, hostiles à l'adhésion turque, sont minoritaires. En dépit d'une campagne intense des droites allemande, française et autrichienne, le Parlement européen a voté largement, mercredi 15 décembre à Strasbourg, en faveur de l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie - 407 voix pour, 262 contre et 29 abstentions. Ce vote n'a pas de valeur contraignante, mais il donne une caution démocratique à la décision que devraient prendre les dirigeants européens, le 17 décembre. Fait exceptionnel, ce scrutin s'est tenu à bulletins secrets. La gauche et les libéraux s'y sont opposés en vain, après avoir fait valoir que "les citoyens européens ont le droit de savoir comment se prononcent leurs représentants". Ils ont brandi de petites pancartes exprimant le sens de leur vote, au moment du scrutin. C'est à la demande d'eurodéputés allemands, français et autrichiens du Parti populaire européen (PPE, droite), que le secret a été imposé. "Un grand nombre de nos collègues britanniques, espagnols, grecs et chypriotes nous avaient expliqué qu'ils voulaient voter contre l'ouverture des négociations, mais qu'ils n'osaient pas désobéir aux consignes de leurs gouvernements, explique Margie Sudre, la présidente de la délégation de l'UMP. Ce sont eux qui nous ont priés de faire cette démarche", ajoute-t-elle. "Le résultat est décevant, le politiquement correct l'a emporté", a réagi son collègue Alain Lamassoure. La résolution que le Parlement européen a adoptée, à la demande de son rapporteur, Camiel Eurlings (PPE, Pays-Bas), demande l'ouverture des négociations, "sans délai superfétatoire". Elle affirme que le processus de négociation est "ouvert", qu'il "ne conduit pas automatiquement à l'adhésion", mais insiste sur le fait que "l'objectif des négociations est bien l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne". A une large majorité (415 voix contre 259), le Parlement a rejeté l'alternative du "partenariat privilégié", que défendait Jacques Toubon (UMP). C'est à une majorité encore plus écrasante (455 voix contre 199 et 25 abstentions) qu'il a rejeté un amendement de l'Autrichienne Ursula Stenzel, proche du chancelier conservateur Wolfgang Schüssel, préconisant d'"autres options" que l'adhésion. "Le Parlement ne veut pas de plan B, il est pour une adhésion pleine et entière de la Turquie", a commenté le président du Parlement, Josep Borrell (socialiste espagnol), lors d'une conférence de presse. Les eurodéputés ont refusé d'ajouter toute nouvelle condition préalable à l'ouverture des négociations. Ils réclament des autorités turques "la reconnaissance formelle de la réalité du génocide des Arméniens en 1915", sans leur imposer de date. De même, ils les invitent à retirer leurs troupes d'occupation de Chypre et notent que l'ouverture de négociations implique la reconnaissance de ce pays, sans en faire là non plus un préalable. La question turque a divisé la plupart des groupes politiques. Les Français, toutes tendances confondues, se sont montrés sensibles aux doléances de l'importante communauté arménienne qui vit dans l'Hexagone. Les Français, les Allemands et les Autrichiens du PPE ont été rejoints par quelques Anglais et Polonais. Les socialistes français n'ont pas tous suivi la ligne de Michel Rocard, pour qui l'ouverture de l'Union à un pays musulman "constitue une contribution majeure à la paix entre les peuples". "Je me suis abstenu sur la résolution finale, dans la mesure où elle ne propose pas de solution alternative à l'adhésion", indique Bernard Poignant, leur président, en rappelant que son vote est "conforme aux instructions du bureau national du PS". Les démocrates de l'UDF, qui ne veulent pas "diluer le projet politique européen dans une zone de libre-échange", se sont dissociés des libéraux. Extrême droite et souverainistes ont aussi voté contre. |