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EUROPE - TURQUIE

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Le plaidoyer de M. Chirac en faveur
d'Ankara suscite de vives réactions

Béatrice Gurrey
Le Monde - 17/12/2004

 

La réponse du président de la République a sujet de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne tient en deux mots : "Oui, si".

A la veille du sommet européen de Bruxelles sur l'ouverture de négociations avec la Turquie, Jacques Chirac a justifié en un peu plus d'un quart d'heure, mercredi 15 décembre sur TF1, sa position, sans convaincre la droite.

"Oui" à l'entrée de la Turquie, a expliqué M. Chirac, parce que cette adhésion renforcerait "la paix et la stabilité", fondement du projet européen, parce qu'elle permettrait " l'enracinement de la démocratie et des droits de l'homme", parce qu'elle favoriserait "le développement économique et social". Oui, enfin, parce que "l'Europe est un peu petite face aux grands ensembles du monde".

Ce "oui" reste cependant théorique et lointain, puisqu'il ne s'applique que "si la Turquie remplit la totalité des conditions qui s'imposent à tout candidat à notre union". C'est-à-dire, a expliqué M. Chirac, "qu'elle transforme profondément ses valeurs, ses modes de vie, ses règles".

Le président s'est appliqué à déminer le terrain face à une opinion publique majoritairement rétive. Il a fait valoir "les efforts considérables", déjà accomplis par la Turquie. Il a assuré que "négociation, effectivement, cela ne veut pas dire adhésion", chaque pays conservant, au long de discussions appelées à durer dix ou quinze ans "le droit de tout arrêter". Il a rappelé que la Turquie frappait à la porte de l'Europe depuis 1963 et que, depuis, " pas un seul chef d'Etat, pas un seul premier ministre français n'a contesté la vocation européenne de la Turquie". Il a souligné enfin que les Français auraient "le dernier mot", par référendum.

M. Chirac a aussi souligné que la Turquie avait penché " tantôt vers l'Asie, tantôt vers l'Europe" : "Notre intérêt est qu'elle penche vers l'Europe", a-t-il affirmé, invitant à sortir d'une logique de "guerre des civilisations, de guerre des cultures". Il a également souligné que la Turquie était " un pays laïque".

En cas d'échec des négociations, le président a rejeté l'idée de " partenariat privilégié", défendue par la droite. Demander à un pays "des efforts aussi considérables pour arriver à un résultat aléatoire ou partiel, ce n'est évidemment pas raisonnable", a tranché le chef de l'Etat.

Il a refusé de poser pour condition à l'ouverture des négociations la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie. La France l'a reconnu - "Il y a une loi qui a été votée", a-t-il rappelé, voulant ainsi mettre fin à la polémique sémantique autour des termes employés par le ministre des affaires étrangères, Michel Barnier. Quant à la Turquie, elle devra faire "un effort de mémoire". "Je ne doute pas, bien sûr, qu'elle le fera", a-t-il assuré.

Le président est resté vague, "disons, en 2005", sur l'ouverture des négociations. Il n'a pas plus accepté de s'engager sur la date du référendum sur la Constitution européenne, qui relève, cette fois, entièrement de lui. Dès que le processus de la réforme constitutionnelle, préalable indispensable, "sera suffisamment engagé, j'indiquerai la date (...) que j'aurai retenue comme étant la mieux à même d'ouvrir le référendum", a-t-il dit.

Seul un chiraquien patenté comme Bernard Accoyer, président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, a estimé, mercredi, que M. Chirac avait défendu "une vision ambitieuse pour la France et l'Union européenne".

Depuis Jérusalem, le nouveau président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, a jugé que la position du président était " une difficulté incontestable". Il a fait valoir que l'opinion et l'essentiel de la majorité étaient opposés à l'adhésion de la Turquie, se prononçant lui-même pour le " partenariat". Le président de l'UDF, François Bayrou, a "entendu le président avec tristesse, avec colère", a-t-il dit, jeudi sur RTL, accusant M. Chirac de céder à la pression internationale.

Robert Badinter, sénateur des Hauts-de-Seine (PS), estime jeudi, dans Le Parisien, qu'"une décision d'une telle portée aurait dû faire depuis longtemps l'objet d'un débat public". Accusant le président d'un "exercice solitaire et orgueilleux du pouvoir", il juge qu'au regard des droits de l'homme, la Turquie ne devrait " même pas" être admise comme candidate.

François Hollande, lui, rappelle que "l'ouverture de négociations ne doit pas préjuger de l'issue", l'adhésion n'étant " pas automatique", ce qu'a rappelé, au fond, M. Chirac.

     

 

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