Bulent Arinc, grognard islamiste Nicolas Cheviron Le Monde - 15/12/2004 Président du Parlement turc, Bulent Arinc est souvent décrit par la presse libérale d'Istanbul comme le « faucon » de l'AKP, le plus ancien représentant d'une idéologie islamiste récusée aujourd'hui par les ténors du mouvement. Né en 1948 à Bursa, dans l'ouest du pays, il a, en effet, commencé à militer dans les rangs du mouvement islamiste radical Point de vue national (Milli Gorus) dès ses années d'université - il a étudié le droit à Ankara jusqu'en 1970. Necmettin Erbakan, le leader du mouvement, prône alors une industrialisation à outrance et un retour aux valeurs morales musulmanes pour faire de la Turquie le fer de lance du monde islamique. Bulent Arinc gravit rapidement les échelons du Parti de la prospérité, fondé en 1986 par M. Erbakan, jusqu'à devenir un des orateurs les plus populaires du mouvement, dont les discours enflammés sont distribués sous forme de cassettes audio et vidéo à travers la Turquie et l'Europe. Quand M. Erbakan devient premier ministre, en 1996, M. Arinc, élu député un an plus tôt, « se situe, à l'intérieur du parti, parmi les opposants de droite au gouvernement, accusant ce dernier de se compromettre avec l'Union européenne », se souvient Oral Calislar, chroniqueur au quotidien kémaliste Cumhuriyet. Le gouvernement Erbakan est cependant chassé du pouvoir dès 1997 par les militaires, défenseurs autoproclamés des valeurs laïques. Trois ans plus tard, M. Arinc réalise son aggiornamento, reconnaissant avoir soutenu une politique erronée. Depuis lors, le politicien, élu en novembre 2002 à la tête de l'Assemblée nationale, s'est fait fort de défendre une ligne modérée, à quelques dérapages près. Connu pour son franc-parler, M. Arinc s'est ainsi insurgé en termes peu choisis contre les questions de la presse après que son épouse, voilée, a été privée d'invitation aux réceptions officielles de la présidence de la République, un autre bastion de la laïcité. Il a surtout animé la fronde parlementaire qui, en dépit des consignes de son gouvernement, a abouti au printemps 2003 à refuser l'accès du territoire turc aux troupes américaines qui souhaitaient ouvrir un front au nord de l'Irak. |