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A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

EUROPE - TURQUIE

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Près de 150 millions de Turcophones

Patrice de Beer et Marie Jégo
Le Monde - 15/12/2004

 

Un millénaire de migrations a conduit une partie des tribus turcophones, à l'origine nomades, des confins de la Chine - entre le désert de Gobi et le lac Baïkal, en Sibérie, où elles sont mentionnées pour la première fois dans des textes chinois vers 200 avant notre ère - vers les plateaux d'Anatolie, où elles se sont établies au XIe siècle avant de prendre en 1453 Constantinople et de fonder l'Empire ottoman. Entre-temps, ces tribus ont essaimé de la Sibérie au Caucase et à l'Asie centrale, ne se limitant pas aux quelque 776 000 km2 du territoire de la République turque, avec ses 71 millions d'habitants. On peut estimer que les populations turcophones à travers le monde totaliseraient près de 150 millions de personnes.

L'éclatement de l'Union soviétique a donné naissance à cinq Etats turcophones dont les frontières ne recoupent pas exactement la carte ethnique : l'Azerbaïdjan (8,2 millions d'habitants, dont 83 % d'Azéris et d'autres turcophones), le Kazakhstan (14,8 millions, dont 45,6 % de Kazakhs et de turcophones), le Kirghizstan (5 millions, dont 57,6 % de Kirghizes et de turcophones), l'Ouzbékistan (25,7 millions, dont 82,9 % d'Ouzbeks et de turcophones) et le Turkménistan (5,7 millions, dont 83,5 % de Turkmènes et de turcophones).

Les turcophones sont nombreux au Xinjiang chinois (50,6 %, surtout Ouïgours, des 17,5 millions d'habitants), en Afghanistan, en Iran (où les Azéris représentent près du quart des habitants), en Irak (Turcomans), en Bulgarie, en ex-Yougoslavie et en Russie, où les Tatars, Bachkirs, Tchouvaches, sont plusieurs millions. Ils forment aussi le quart des habitants de Chypre, divisée entre une République à population grecque (620 000 habitants), membre de l'Union européenne depuis le 1er mai, et une « République turque de Chypre du Nord » autoproclamée et seulement reconnue par Ankara.

De 15 à 20 millions de citoyens turcs sont par ailleurs d'ethnie kurde. Descendants de tribus de langue iranienne, les Kurdes sont également estimés à 6 millions en Iran, 4 millions en Irak et 970 000 en Syrie.

L'ÉMIGRATION

Depuis le début des années 1960, parallèlement à l'exode rural, on a assisté à une vaste migration de travailleurs turcs - mais aussi kurdes, pour un quart d'entre eux - venus chercher en Europe occidentale un emploi mieux payé, ou un asile pour des raisons politiques. Leur principal pays d'accueil a été l'Allemagne, où ils sont désormais 2 375 000, soit 28 % à 30 % des étrangers. Au long des dernières décennies, beaucoup ont fait venir leur famille et fait souche ; un tiers ont obtenu la citoyenneté allemande et ils ont été des centaines de milliers à voter aux dernières élections. L'Allemagne est d'ailleurs, en dépit des réticences de l'opposition chrétienne-démocrate, un des pays les plus favorables à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

L'émigration turque est également importante en France (326 000, 5 % de l'immigration), concentrée en Alsace, Rhône-Alpes et dans la région parisienne, aux Pays-Bas (323 000, 15 %), en Belgique (134 000), en Autriche (133 000), en Suisse (81 000), au Royaume-Uni (71 000), au Danemark (49 000), en Suède (32 000), en Norvège (11 000), Mais on trouve aussi des Turcs aux Etats-Unis (102 000), en Australie (90 000), en Asie centrale et au Proche-Orient (108 000 en Arabie saoudite).

LA QUESTION DE CHYPRE

La question de cette île divisée depuis l'intervention de l'armée turque en 1974 risque-t-elle d'amoindrir les chances d'Ankara d'obtenir une date précise pour entamer ses négociations d'adhésion à l'UE ? A la veille du Conseil européen des 16 et 17 décembre, ce problème continue à faire parler de lui. Ces derniers mois, la République de Chypre, la seule entité légitime, avait, par la voix de son président, Tassos Papadopoulos, menacé d'opposer son veto aux négociations si Ankara refusait de la reconnaître.

Le chef de la diplomatie turque a exclu toute reconnaissance en l'absence d'un règlement du problème de la division de l'île. « Nous trouvons injuste que cette question nous soit posée alors que nous avons fait tout notre possible pour qu'une solution de paix puisse être trouvée », a déclaré récemment le premier ministre Erdogan, faisant allusion à l'échec du dernier plan de l'ONU. Soumis à référendum le 24 avril, ce texte, qui proposait la création d'un Etat fédéral, avait été rejeté par 75 % des Chypriotes grecs et adopté par 65 % des Chypriotes turcs.

Rappelant que la reconnaissance de Chypre ne faisait pas partie des critères de Copenhague, l'Union entend faire son possible pour rapprocher les deux camps. L'extension par Ankara de l'union douanière Turquie-UE à la République de Chypre « peut servir de base à une solution », a estimé le premier ministre néerlandais, dont le pays préside actuellement l'UE. Négocier l'adhésion avec les 25 - dont la République de Chypre - reviendra de facto à la reconnaissance, a expliqué pour sa part le président du Parlement européen, à Ankara début décembre.

     

 

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