Europe : la question turque continue de diviser les Français et la majorité Christophe Jakubyszyn Le Monde - 14/12/2004 A la veille du sommet européen des 16 et 17 décembre, la question turque va se trouver une nouvelle fois au cœur du débat politique français. Le coup d'envoi à l'ouverture des discussions d'adhésion avec la Turquie qui doit y être donné se télescope au débat sur l'adoption par référendum de la Constitution européenne. Le ministre français des affaires étrangères, Michel Barnier, a veillé à rassurer une nouvelle fois les Français, majoritairement hostiles à une adhésion de la Turquie, en affirmant, lundi 13 décembre dans Le Parisien Aujourd'hui, que "les négociations d'adhésion -de la Turquie à l'UE- ne sont pas l'adhésion" et en qualifiant de "menteurs" ceux "qui prétendent que la Turquie va inévitablement, dès demain matin, entrer dans l'Union". Selon lui, "la conclusion des négociations qui vont s'ouvrir n'est, en effet, pas écrite. C'est un processus dont le résultat n'est pas garanti d'avance : La France souhaite d'ailleurs que ceci soit spécifié vendredi, à Bruxelles", a précisé le ministre. En revanche, il est peu probable que les Vingt-Cinq s'entendent vendredi pour présenter un "partenariat privilégié" comme une alternative à l'adhésion en bonne et due forme. "Il n'existe pas de "plan B" (...), prétendre le contraire (...) c'est tout simplement prendre les gens pour des imbéciles", affirme, lundi dans une tribune à Libération, Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts au Parlement européen et favorable à l'adhésion. M. Barnier ne cache pas non plus ses convictions personnelles pro-turques : "Avec les précautions et les étapes nécessaires, sans complaisance ni raccourcis, notre intérêt est qu'une Turquie intégrée soit, le jour venu, notre frontière définitive au sud-est de l'Europe", a ajouté le ministre. "Jacques Chirac a exprimé cette conviction avec force", a-t-il dit. Mais "le moment venu, le peuple français tranchera par référendum", a conclu M. Barnier, conformément à l'engagement du président de la République de modifier la Constitution pour rendre cette consultation obligatoire. Une majorité de Français (67 %) et d'Allemands (55 %) se déclare opposée à une entrée de la Turquie dans l'Union tandis qu'Espagnols, Italiens et Britanniques y sont favorables, selon un sondage publié lundi dans Le Figaro (enquête Ifop réalisée auprès de 4 813 Européens du 25 novembre au 3 décembre). Parmi les principales raisons de leur opposition, 39 % des Français et 43 % des Allemands estiment que les droits de l'homme n'y sont pas toujours respectés. Ils invoquent également (34 % en France, 43 % en Allemagne) les différences culturelles et religieuses. Le premier ministre a pour sa part exclu une nouvelle fois, dimanche 12 décembre, que le Parlement français soit amené à se prononcer sur l'ouverture des négociations avec la Turquie. "Dans la Constitution, le chef de l'Etat négocie les traités, ensuite le Parlement ratifie ou le peuple ratifie les traités. Donc pour le moment (...), c'est le chef de l'Etat qui négocie au Conseil européen", a affirmé Jean-Pierre Raffarin. Il a promis que M. Barnier, qui participe lundi à une réunion des ministres des affaires étrangères à Bruxelles, "pourra informer le Parlement de cette situation étape par étape". Mais lundi, sur RTL, Edouard Balladur, député (UMP) président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, réclamait encore que "le Parlement, une fois la décision acquise à la fin de la semaine, soit en mesure de délibérer et de voter une résolution". |