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EUROPE - TURQUIE

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Recep Tayyip Erdogan : la Turquie "n'acceptera pas"
un partenariat privilégié avec l'UE

Propos recueillis par Rafaële Rivais
Le Monde - 09/12/2004

 

"Nous voulons une date pour les négociations d'adhésion", déclare au "Monde" le chef du gouvernement d'Ankara.

Qu'attendez-vous du Conseil européen du 17 décembre ?

Nous voulons que les chefs d'Etat et de gouvernement fixent une date pour le début des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Nous n'accepterions pas qu'ils renvoient à un autre rendez-vous le soin de fixer cette date : ce serait manquer à la parole donnée en 2002, lorsque le Conseil européen de Copenhague a dit que, si la Turquie remplissait les critères politiques requis en décembre 2004, l'Union européenne ouvrirait "sans délai" les négociations d'adhésion avec ce pays.

Accepteriez-vous que le Conseil européen lance les négociations, tout en précisant que le processus est "ouvert" et qu'il ne garantit pas à l'avance une adhésion pleine et entière, comme l'a recommandé la Commission ?

Non. Nous ne concevons pas que les négociations aboutissent à autre chose qu'à l'adhésion. Nous attendons d'ailleurs, sur ce point, une formule nette et précise le 17 décembre.

Certains pays, comme la France ou l'Autriche, envisagent pourtant une "troisième voie" entre l'adhésion et la non-adhésion, telle qu'un "partenariat privilégié". Qu'en pensez-vous ?

Il est hors de question que nous acceptions un "partenariat privilégié". Cette formule n'a jamais été envisagée pour les 25 Etats membres de l'Union européenne, et notamment pour les dix derniers qui ont fait leur entrée en mai. Elle n'existe pas.

Pourquoi ne serait-elle pas inventée exprès pour la Turquie ?

On ne change pas les règles du jeu en cours de route ! En 1999, le Conseil européen d'Helsinki a reconnu que la Turquie était candidate à une adhésion, pas à un "partenariat privilégié" ! Les conditions qui nous ont été réclamées sont précises ; elles ont été formulées lors des sommets et écrites noir sur blanc : il s'agit des critères politiques de Copenhague. Nous les remplissons : alors nous ne voulons pas d'autres conditions.

Puisque vous voulez négocier avec les Vingt-Cinq, envisagez-vous, de facto, de reconnaître la République de Chypre ?

Non, et nous trouvons injuste que cette question nous soit posée alors que nous avons fait tout notre possible pour qu'une solution de paix puisse être trouvée, à Chypre, avec l'adoption du plan de Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU -qui proposait la création d'un Etat de type fédéral, censé réconcilier le nord de l'île, occupé par les Turcs, et le sud-. Lorsque ce plan a été soumis à référendum, le 24 avril, la population turque a dit "oui" à 65 %, tandis que la partie grecque l'a rejeté, par 75 % des voix ! Nous considérons que l'Union européenne a commis une faute en acceptant pourtant l'adhésion de Chypre, le 1er mai. Seule l'Organisation des Nations unies peut nous demander la reconnaissance de Chypre, qui n'a rien à voir avec l'Union européenne. Jusqu'au 17 décembre, nous ne voulons pas en parler. La question chypriote ne sera abordée qu'après le Conseil européen du 17, pas avant.

Que pensez-vous des réticences de certaines opinions publiques devant l'entrée d'un grand pays musulman, comme la Turquie, dans l'Union européenne ?

Si l'Union européenne n'est pas un "club chrétien", le caractère musulman de la population turque ne doit pas lui poser de problème. Nous n'en avons d'ailleurs aucun dans les organisations internationales où nous siégeons, l'OTAN, l'OCDE, l'OSCE ou le Conseil de l'Europe. En outre, la Turquie mêle démocratie et islam : elle jouera un rôle essentiel pour empêcher tout choc des civilisations et pour garantir leur rencontre.

Respecte-t-elle autant les droits de l'homme que les autres pays européens ?

Nous respectons les critères de Copenhague, la Commission l'a dit. Mais certaines opinions publiques ne connaissent pas la Turquie et croient des organisations terroristes qui prétendent qu'il y a encore de la torture systématique en Turquie.

Que pensez-vous du fait qu'en France le président Jacques Chirac préconise un référendum avant l'adhésion de la Turquie à l'UE ?

A Berlin, où nous nous sommes rencontrés - fin octobre -, Jacques Chirac, Gerhard Schröder, le chancelier allemand, et moi-même avons décidé de ne pas parler de cette question par l'intermédiaire de la presse. Il y a trop de virus, les ordinateurs ne sont pas fiables !

Si le Conseil européen vous réclame ces nouvelles conditions que vous jugez inacceptables, lui direz-vous "non"? Que ferez-vous après ?

Nous ne voyons pas sous quel prétexte l'Union européenne nous poserait de nouvelles conditions. Nous pensons que nos interlocuteurs seront honnêtes et objectifs.

     

 

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