hautdroite2.gif (179 octets)

Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

EUROPE - TURQUIE

--- Retour ---

Erdogan s'irrite du double langage de l'Union européenne

Charles Lambroschini
Le Figaro - 22/10/2004

 

Face à l'Union européenne, il y aurait donc des candidats moins égaux que d'autres ? Le sourire diplomatique de Recep Tayyip Erdogan cache mal son amertume. En visite cette semaine à Paris, le chef du gouvernement d'Ankara s'étonne de l'exception opposée à la Turquie : «La négociation avec l'Europe n'aboutira pas forcément à l'adhésion.»

Le premier ministre souligne que jamais dans le passé un pays-candidat n'a été soumis à pareille incertitude. D'ailleurs, insiste-t-il, la Bulgarie et la Roumanie, qui viennent d'entamer le processus, ne semblent pas craindre une éventuelle fin de non-recevoir. «Les tractations peuvent durer longtemps, admet Erdogan. Il a ainsi fallu près de douze ans avant que la Grande-Bretagne soit admise. Mais, quitte à ce que la discussion ait été prolongée parce que la négociation sur les critères traînait, il y a toujours eu une date d'aboutissement.»

Erdogan s'irrite surtout du double langage d'une Europe partagée entre des dirigeants politiques, qui affichent un oui officiel à la Turquie, et l'homme de la rue qui préfère le non. «La liste des arguments retenus contre nous est longue», reconnaît Erdogan. Mais, qu'il s'agisse du caractère musulman de la Turquie, susceptible de déstabiliser un club historiquement chrétien, ou de la masse démographique du plateau anatolien risquant de bousculer le centre de gravité des Vingt-Cinq, ses réponses se veulent aussi calmes que raisonnables.

«Avec la France, avec l'Europe, explique le premier ministre, nous sommes déjà ensemble à l'Otan, à l'OSCE, à l'OCDE. Sur tous les sujets militaires, culturels, économiques, la cohabitation avec la Turquie est parfaitement harmonieuse. Les Français, les Allemands, les Polonais, tout récemment entrés dans l'UE, n'ont aucune raison de craindre la diversité. Elle est source d'enrichissement. Les footballeurs français qui ont remporté le championnat du monde en 1998 n'étaient-ils pas issus de tous les horizons ?»

La Turquie a fait des efforts exemplaires, plaide encore le premier ministre. C'est une démocratie et un Etat de droit. C'est aussi un pays laïc dont le gouvernement islamiste se garde bien de rompre avec l'héritage de Mustapha Kemal, le père fondateur qui, dès les années vingt, s'acharna à séparer la société du Coran. La Turquie n'a pas non plus mendié l'indulgence des Européens. «Elle n'a compté que sur elle-même, affirme Erdogan, pour se hisser au niveau de modernité qu'exige l'entrée dans l'UE. Un exemple : en deux ans, la proportion de la population vivant de l'agriculture est tombée de 42% à 34%.»

Alors, au lieu de fantasmer sur le péril que pourrait représenter la Turquie, les Européens devraient réfléchir aux avantages que leur apporterait son adhésion. La vieille Europe a sûrement besoin du renfort de jeunes, nombreux et dynamiques. Pour autant, les cent millions d'habitants que le pays comptera sans doute à l'horizon 2020 ne menaceront pas de tous déferler chez leurs nouveaux partenaires. Erdogan remarque : «Après avoir pendant tant d'années exporté ses travailleurs, la Turquie, à son tour, devra peut-être en importer.» Il ajoute : «Mon pays n'est plus sous-développé. Il y a plus de Renault qui circulent en Turquie que sur le territoire français.»

Aux yeux du premier ministre, les interrogations que soulève la perspective pour l'Union européenne d'avoir soudain une frontière commune avec l'Irak, l'Iran et le Caucase doivent être inversées. «Plutôt que de s'inquiéter des violences qui, venues de ces zones instables, pourraient contaminer l'Europe, parions que l'Europe se révélera capable d'exercer une influence apaisante. Elle ne doit pas craindre d'assumer ses responsabilités. Elle doit agir pour exporter la paix.»

Erdogan s'attriste de constater que la «question turque» soit devenue une affaire de politique intérieure. «Avec la France, affirme-t-il, notre amitié est ancienne. Dans la langue turque, les mots d'origine française sont très nombreux et, à l'époque de l'Empire ottoman, le style français était partout visible dans notre architecture. Aujourd'hui, les entreprises françaises sont au premier rang des investisseurs étrangers.»

Exprimé de façon implicite, l'avertissement d'Erdogan est pourtant clair : «Je crains qu'une attitude trop réticente dans le public français et dans les opinions européennes ne finisse un jour par avoir un impact négatif en Turquie.»

     

 

[Présentation] [Press-Book] [Album] [Activités] [Actualités] [Nous Contacter] [Olusum/Genese]
[Dossier O/G] [Editions A TA TURQUIE] [Bibliographie] [Bibliothèque] [Poésies] [Hommage] [Galeries]
[Exposition] [Manifestations] [Annuaire] [Annonces] [Informations] [Liens] [Carnet Rose] [Quoi de Neuf]

Copyright 1999-2000 © Site créé par ATATURQUIE
Tel : 03 83 37 92 28 / Fax : 03 83 37 83 30 / poste@ataturquie.asso.fr
Webmaster :
Dominique SOUTREL
Site optimisé en 1024 x 768 pour Microsoft Internet Explorer 5

basdroite.gif (174 octets)