Les argumentaires des partisans et des opposants à l'intégration Daniel Vernet Le Monde - 14/10/2004 Voici une liste non exhaustive des arguments des partisans comme des adversaires de négociations avec la Turquie. Géographie. Pour : la Turquie a un pied sur le continent européen. Contre : 95 % de son territoire se trouve en Asie. Histoire.
Pour : l'ancêtre de la Turquie moderne était une puissance européenne qui s'est étendue jusqu'à Vienne (Autriche). Contre : des Européens se sont battus jusqu'au début du XXe siècle pour se libérer du joug ottoman. Démographie. Pour : la Turquie apportera à l'Europe le dynamisme de sa population, déjà présente dans de nombreux pays européens. Contre : avec 100 millions d'habitants, elle sera, en 2020, le pays le plus peuplé de l'Union.
Religion. Pour : l'adhésion d'un pays à majorité musulmane montrera la capacité de l'Union à intégrer les communautés musulmanes qui s'y trouvent déjà. Contre : sans être un "club chrétien", l'UE fonde son identité sur les valeurs judéo-chrétiennes ; en outre, des menaces pèsent sur le caractère laïque de l'Etat turc. Economie. Pour : la Turquie a déjà une union douanière avec l'Europe des vingt-cinq. Contre : le PIB par habitant représente 10 % du niveau moyen de l'Union à vingt-cinq. Social. Pour : la Turquie est une société jeune qui compensera le vieillissement des membres actuels de l'Union. Contre : le déséquilibre entre la partie occidentale du pays, au niveau de vie européen, et la partie orientale, sous-développée, est une source de troubles potentiels. Valeurs éthiques. Pour : la perspective de l'adhésion incitera les Turcs à assumer leur histoire, y compris la reconnaissance du génocide des Arméniens en 1915. Contre : le refus persistant de reconnaître ce fait historique disqualifie la Turquie comme membre de l'Union. Droits de l'homme. Pour : les réformes déjà engagées par Ankara pour mettre sa législation aux normes européennes doivent être reconnues. Contre : sans nier les efforts accomplis ces dernières années, beaucoup reste à faire pour les droits des minorités et pour l'égalité hommes-femmes. Régime politique. Pour : la suprématie du pouvoir civil sur les militaires a été assurée par les récentes réformes. Contre : ces réformes ne sont pas complètes et de toute façon, les militaires étaient les garants du caractère séculier de la Turquie contre les menaces islamistes.
Stratégie. Pour : par sa situation géographique et son poids politique, la Turquie, qui a une des armées les plus fortes de l'OTAN, sera un atout pour une politique étrangère et de sécurité commune. Contre : en s'élargissant à la Turquie, l'Union aura des frontières communes avec l'Irak, la Syrie, l'Iran, etc., multipliant ainsi les risques d'instabilité dans son voisinage. Conflit régional. Pour : grâce à l'UE, Ankara a amélioré ses relations avec Athènes et assoupli sa position sur la réunification de Chypre. Contre : l'Union ne peut ouvrir des négociations d'adhésion avec un pays dont les troupes occupent toujours une partie du territoire européen (le nord de Chypre).
Institutions. Pour : la vocation européenne de la Turquie a été affirmée par les Européens dès 1963 et le statut de candidat lui a été accordé en 1999. Contre : ces engagements n'ont jamais fait l'objet d'un accord en bonne et due forme et il est temps de refuser l'engrenage.
Argument tactique. Pour : l'ouverture de négociations n'est pas synonyme d'adhésion et il sera toujours possible d'interrompre le processus à tout moment, en proposant une autre forme de coopération, par exemple un partenariat privilégié. Contre : l'histoire de l'Europe montre que toutes les négociations d'adhésion se sont soldées par une entrée des candidats dans l'Union.
Europe. Pour : l'UE sortira renforcée d'un élargissement à un grand pays comme la Turquie. Contre : l'Union se diluera dans des élargissements sans fin, mettant ainsi un terme, comme le veulent les eurosceptiques et les Américains, à toute possibilité de jouer un jour un rôle dans les affaires internationales. |