Les députés vont débattre de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne Le Monde - 14/10/2004 Alors qu'un consensus s'est dessiné au sein du PS pour la poursuite des négociations, les orateurs de l'UMP, très divisée, défendront des positions opposées les unes aux autres, tandis que l'UDF veut contourner l'absence de vote. Le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, doit ouvrir, jeudi 14 octobre après-midi à l'Assemblée nationale, le débat sans vote sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE), au cours duquel plusieurs ténors du Palais-Bourbon prendront la parole. Le débat doit débuter à 15 heures par une intervention d'une vingtaine de minutes du chef du gouvernement. Jean-Pierre Raffarin laissera ensuite la place au président de la commission des affaires étrangères, Edouard Balladur, puis à son homologue de la délégation de l'Assemblée pour l'Union européenne, Pierre Lequiller, tous deux UMP. Interviendront ensuite à la tribune le président du groupe socialiste, Jean-Marc Ayrault, le président de l'UDF, François Bayrou, le président du groupe communiste et républicain, Alain Bocquet, et son homologue de l'UMP, Bernard Accoyer. PLUSIEURS ORATEURS UMP ET PS Le groupe UMP disposera d'un temps de parole d'une heure et cinq minutes, les socialistes de 45 minutes, les groupes UDF et communiste de 30 minutes chacun. Les non-inscrits auront 10 minutes. Les groupes UDF et communiste ont décidé de désigner un seul orateur. Pour le groupe UMP interviendront, outre son président, dix autres élus dont Dominique Paillé, chef de file des députés UMP hostiles à l'adhésion de la Turquie et favorables à un vote à l'issue du débat. Pour le groupe socialiste, huit députés, dont Jack Lang et Manuel Valls, prendront la parole en plus du président. Noël Mamère (Verts) prendra la parole au nom des non-inscrits. Le débat sans vote devrait s'achever vers 19 heures. DIVISIONS À DROITE A l'image de cette complexe organisation, la droite et la gauche abordent divisées ce débat sans vote, ce qui traduit la difficulté des partis politiques à dégager un consensus en leur sein sur les sujets européens. Longtemps, le gouvernement a essayé de repousser l'idée d'un tel débat, mais sous la pression de l'UDF, du PS et d'une partie de l'UMP, le premier ministre a finalement décidé de l'inscrire à l'ordre du jour de l'Assemblée. Il n'est cependant pas question d'organiser un vote, risqué pour le gouvernement et le président, Jacques Chirac. Au regard des positions des uns et des autres à l'UMP - le conseil national de l'UMP de mai s'est prononcé contre une entrée de la Turquie dans l'UE - et à l'UDF, en cas de vote, le non pourrait l'emporter. Ce qui apparaîtrait alors comme un désaveu du chef de l'Etat, favorable à une entrée de ce pays dans l'Union. CONSENSUS AU PS Pour des raisons différentes, la majorité des socialistes s'est retrouvée sur la ligne du gouvernement pour ne pas exiger un vote. Néanmoins, l'ancien premier ministre, Laurent Fabius, et certains de ses proches ont continué, mercredi, à réclamer un vote. Le fabiusien Didier Migaud s'est dit "très choqué qu'on fasse débattre l'Assemblée sans lui demander de voter". Un consensus s'est dégagé mardi soir lors du bureau national du PS et c'est unanimement que les socialistes interviendront jeudi en faveur de la poursuite des négociations avec Ankara, mais en fixant des conditions. "Il serait totalement indécent de claquer la porte au nez de la Turquie qui a fait beaucoup d'efforts ces dernières années, mais qui a encore beaucoup d'efforts à faire", a résumé le président du groupe socialiste à l'Assemblée, Jean-Marc Ayrault. L'OFFENSIVE DE L'UDF "Il y a une collusion UMP-PS pour ne pas aller jusqu'au vote et ne pas montrer leurs divisions", a jugé mercredi à l'Assemblée le porte-parole de l'UDF, François Sauvadet, après que son président de groupe, Hervé Morin, eut dénoncé la veille "un verrouillage de la démocratie" par ces deux partis. "Un débat sans vote, c'est du bavardage, c'est du bla-bla-bla", avait ajouté M. Morin. Bien décidés à obtenir coûte que coûte un vote sur la Turquie, les députés UDF et leur président, François Bayrou, ont traqué dans les recoins de la procédure parlementaire chaque possibilité de parvenir à leurs fins. Ils ont déposé, mercredi, un amendement dans le projet de budget 2005 supprimant la participation française (47 millions d'euros) aux crédits européens pour la préadhésion de la Turquie. François Bayrou devait défendre lui-même, mercredi soir, cet amendement devant la commission des finances. Autre démarche entreprise par l'UDF : le dépôt d'une proposition de résolution sur un texte communautaire visant à apporter un soutien à la minorité chypriote turque. Dans les deux cas, le but recherché est d'engager une discussion sur la Turquie et de voter. |