hautdroite2.gif (179 octets)

Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

EUROPE - TURQUIE

--- Retour ---

Turquie : l'hypocrisie française

Alain DUHAMEL
Libération - 13/10/2004

 

La question turque envahit la scène politique française et embarrasse nombre de dirigeants. On ne va pas les plaindre, car c'est leur constante hypocrisie sur le sujet qui fait aujourd'hui leur malheur. La Turquie est un boomerang. Tous ceux qui se sont succédé au pouvoir depuis le début de la Ve République l'ont jeté le plus loin possible d'eux : il leur revient aujourd'hui à grande vitesse sur la figure. A tout seigneur tout honneur : les présidents de la République successifs, le général de Gaulle en tête, ont fait miroiter à la Turquie des perspectives d'adhésion d'autant plus chaleureuses qu'elles semblaient éloignées. Leur signification n'était certes pas la même lorsqu'il s'agissait du marché commun en 1963 ou de l'Union européenne aujourd'hui mais, d'un chef d'Etat l'autre (à la seule exception de Valéry Giscard d'Estaing, constamment réfractaire à l'intégration de la Turquie), chacun bénissait des étapes à venir qui n'avaient aucune chance de se réaliser sous leur mandat. Jacques Chirac est en ce sens exemplaire. Il n'a cessé de proclamer sa sympathie pour d'adhésion turque, alors même qu'il s'était montré auparavant plus que réticent vis-à-vis de l'entrée de l'Espagne et du Portugal au sein de l'Union. Simultanément, il était en réalité le plus réservé des quinze chefs d'Etat et de gouvernement à tout nouvel élargissement. En théorie, il soutient l'adhésion d'Ankara, en pratique, il a souhaité que la Commission de Bruxelles s'engage le moins possible et laisse ouvertes toutes les hypothèses, y compris celle de l'interruption des négociations. Il préférerait de beaucoup que les pourparlers officiels ne commencent qu'après la ratification du traité constitutionnel. Il annonce l'organisation d'un référendum de ratification à l'issue des négociations avec la Turquie et s'engage à le rendre automatique par le truchement d'une révision constitutionnelle. Il prend, en ce qui concerne les budgets européens à venir, des positions radicalement incompatibles avec l'adhésion turque. En somme, Jacques Chirac ouvre les bras à la Turquie mais la repousse de toute la force de ses longues jambes.

Le président de la République n'est cependant pas le seul à pratiquer un double langage, tant s'en faut. Ses ministres des Affaires étrangères successifs (Alain Juppé, Dominique de Villepin, Michel Barnier) ont en commun de se montrer favorables à l'entrée de la Turquie tant qu'ils se trouvent au Quai d'Orsay mais de s'avouer beaucoup plus réservés, voire franchement hostiles, lorsqu'ils n'y sont pas. Autre cas de figure, celui des partisans les plus farouches du oui à la Constitution européenne, l'UDF par exemple et singulièrement François Bayrou qui prennent au même moment la tête du camp du non à l'adhésion turque. Outre qu'ils savent parfaitement que l'instrumentalisation de la question turque constitue actuellement l'argument le plus populaire en faveur du non à la Constitution européenne, ils mettent en avant l'objectif d'une Europe politique et fédérale pour justifier leur position. Ils omettent pieusement de dire que, ce faisant, ils jouent consciemment avec le rejet instinctif d'un grand Etat musulman qui est le ressort profond de cette forte majorité de Français. Les électeurs ne se cachent pas d'être allergiques à l'intégration de plus de 70 millions de musulmans supplémentaires au sein de l'Union européenne. Les dirigeants, eux, se défendent noblement de pareils réflexes tout en en escomptant un profit politique imprudent. Au sein de la droite parlementaire, personne ne joue franc-jeu ou chacun se trouve au minimum en contradiction avec soi-même.

A gauche, ceux des partisans du non à la Constitution européenne qui enfourchent également le non à l'adhésion de la Turquie n'ont pas davantage les mains pures. François Mitterrand a, comme les présidents gaullistes, feint d'encourager l'adhésion turque. Durant la cohabitation Chirac-Jospin, une étape significative a été franchie vers l'adhésion de la Turquie : à l'époque, dans aucune des deux circonstances, Laurent Fabius n'a exprimé publiquement son trouble. Cela ne l'empêche pas de s'opposer aujourd'hui à la perspective d'une adhésion. Le fait que la polémique sur l'entrée de la Turquie renforce les chances d'un non à la Constitution européenne ne lui a pas échappé. La dramatisation subite à laquelle elle donne lieu apparaît donc au moins ambiguë. Officiellement, le PS se dit, sous condition du respect strict des critères de Copenhague, favorable à l'adhésion turque. Touché par la grâce du non, Laurent Fabius ne s'en estime pas moins libre d'agiter le spectre turc. En somme, les seuls à se montrer en France réellement sincères et francs sur la question turque sont d'un côté les adversaires de gauche de la Constitution européenne qui prônent le oui à l'adhésion de la Turquie (le PC) ou de l'autre côté les adversaires souverainistes et d'extrême droite de la Constitution qui revendiquent le non à la Turquie (villiéristes, Front national). Au moins sont-ils constants dans leurs choix et clairs en ce qui concerne leurs motivations. A cette réserve près qu'ils se trompent sûrement d'Europe et peut-être de Turquie.

     

 

[Présentation] [Press-Book] [Album] [Activités] [Actualités] [Nous Contacter] [Olusum/Genese]
[Dossier O/G] [Editions A TA TURQUIE] [Bibliographie] [Bibliothèque] [Poésies] [Hommage] [Galeries]
[Exposition] [Manifestations] [Annuaire] [Annonces] [Informations] [Liens] [Carnet Rose] [Quoi de Neuf]

Copyright 1999-2000 © Site créé par ATATURQUIE
Tel : 03 83 37 92 28 / Fax : 03 83 37 83 30 / poste@ataturquie.asso.fr
Webmaster :
Dominique SOUTREL
Site optimisé en 1024 x 768 pour Microsoft Internet Explorer 5

basdroite.gif (174 octets)