Cri du coeur Gérard DUPUY Libération - 12/10/2004 L'Europe a le don d'introduire la zizanie dans les meilleures familles. Pendant que l'UMP se chamaille sur la Turquie, les socialistes se disputent sur la Constitution. La symétrie n'est toutefois pas complète car les premiers botteront en touche dès jeudi avec un débat parlementaire sans risque, alors que le PS est voué aux empoignades publiques jusqu'à son référendum privé. Mais à droite comme à gauche, ces querelles pèseront lourdement sur les prochaines échéances électorales. Notre sondage montre que les points de départ sont clairement établis : une aussi solide majorité existe contre la Turquie chez les sympathisants de l'UMP qu'en faveur de la Constitution de l'UE chez ceux du PS. Fabius et ses copains de «non» devront remonter un lourd handicap et, s'ils l'emportaient chez les militants, il leur restera à gérer leur divorce d'avec leurs sympathisants au sens large, voire à se mettre d'accord sur la Turquie. La candidature de celle-ci à l'UE provoque au demeurant un rare consensus national contre elle. Le caractère massif de ce rejet montre que les arguments rationnels, pour ou contre, de cet élargissement de l'UE jouent moins qu'une sorte de cri du coeur. Si dans tous les pays européens un débat existe, il n'est nulle part si virulent et aussi défavorable à l'ouverture. A propos de celle-ci, la solitude de Chirac dans son propre camp a quelque chose d'effrayant (même Juppé l'a lâché !) mais il a d'avance donné des armes contre sa position en promettant un référendum. Les Turcs se retrouvent ainsi pour longtemps prisonniers du malaise français. |