L'Europe prépare sa décision sur la Turquie Luxembourg : de notre envoyée spéciale Alexandrine Bouilhet Le Figaro - 12/10/2004 Loin de l'agitation parisienne, les diplomates de l'Union européenne se sont emparés, hier, à Luxembourg, du dossier turc, en vue de la décision du 17 décembre prochain. Les ministres des Affaires étrangères ont écouté, sans ciller, l'exposé du commissaire à l'Élargissement, Günter Verheugen, l'un des partisans les plus fervents de la Turquie. «Dans cette affaire, c'est la crédibilité de l'Union qui est en jeu», a-t-il insisté, passant en revue les progrès réalisés par la Turquie depuis 1999. «L'objectif des négociations ne doit pas changer en cours de route», a-t-il prévenu. «En bout de course, c'est bien la signature d'un traité d'adhésion que l'on doit viser, même si personne ne peut garantir que cela aboutira.»
Son auditoire, reflet de l'humeur des capitales, ne l'a pas contredit. «Le rapport de la Commission est complet et précis», s'est félicitée Claudie Haigneré, ministre français des Affaires européennes. «Le dialogue politique se met en place. Le Conseil décidera du calendrier et des modalités...». Pour des raisons de politique intérieure, Paris se montre très discret sur ses intentions, mais, pour les diplomates européens, cela ne fait aucun doute, «Chirac reste le plus fidèle et le plus proche allié d'Ankara». Parmi les États membres, seuls l'Autriche et Chypre ont manifesté leurs réticences à ouvrir «sans délai» les négociations d'adhésion. Évoquant la longue liste des contentieux entre Nicosie et Ankara, le chef de la diplomatie chypriote estime la «situation difficile» pour son pays. Il souhaiterait que la Turquie prenne des «mesures concrètes», d'ici au 17 décembre, une exigence passée sous silence par son homologue grec. La Grèce, comme la majorité des Etats membres, s'est dite «satisfaite» des recommandations de la Commission. La Suède a même plaidé pour une ouverture des négociations «le plus vite possible» après le sommet de décembre. Dans les couloirs, les Britanniques s'affairaient, dès hier, à convaincre leurs collègues. «Il faut ouvrir les négociations très vite en 2005. On aura bien le temps de voir ce qui se passe après...» Pour la plupart des capitales, les négociations doivent démarrer en juillet 2005 «au plus tard». |