Adhésion de la Turquie : M. Chirac pour un référendum, l'UDF pour un vote au Parlement Le Monde - 11/10/2004 Lundi 11 octobre sur Europe 1, François Bayrou, président de l'UDF, a estimé que "lorsque le Parlement se voit refuser la parole", il doit "imposer son autorité", y compris éventuellement en déposant une motion de censure. Le président Jacques Chirac a déclaré, dimanche soir, que la France resterait "totalement libre" de se retirer ou d'utiliser son droit de veto lors des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Interrogé par France 2 en direct de Pékin, où il se trouve en visite d'Etat, il a également déclaré que le Parlement serait "informé, écouté, consulté" sur le problème de l'entrée de la Turquie dans l'UE "avant et après" le sommet européen du 17 décembre. Le président de la République, qui n'a pas parlé d'un vote à l'Assemblée et au Sénat avant le Conseil européen, a pour sa part rappelé que la question de l'entrée de la Turquie ne se poserait vraiment qu'au terme de ces négociations, c'est-à-dire "pas avant dix ou quinze ans, au plus tôt". "Pendant toute la période de la construction de l'Europe, le Parlement, à juste titre, (...) a été informé, écouté, consulté, et bien entendu le Parlement sera informé, écouté, consulté tout au long de cette période et bien au-delà, naturellement, du 17 décembre", a-t-il ajouté. "Avant et après. Cela dans des conditions (...) qui soient conformes, naturellement, à l'esprit et à la lettre de notre Constitution, et qui seront déterminées entre le gouvernement et les deux assemblées." En mentionnant "l'esprit" et "la lettre" de la Constitution, comme l'avait fait le premier ministre, Jacques Chirac semble avoir exclu un vote au Parlement avant le 17 décembre - vote demandé avec insistance par l'UDF, une partie de l'UMP et de l'opposition. Auparavant, le porte-parole du gouvernement avait déclaré dans le cadre du "Grand Jury RTL-Le Monde-LCI" qu'il n'y avait "aucune raison particulière" d'organiser un vote au Parlement avant le Conseil européen du 17 décembre. "Dans une démocratie comme la nôtre, le chef de l'Etat n'a pas vocation à aller négocier pour le compte de notre pays sur la base d'un mandat impératif de qui que ce soit, sur la base d'une obligation, d'une injonction de qui que ce soit", avait ajouté Jean-François Copé. Favorable à l'adhésion de la Turquie à l'UE, Jacques Chirac s'est voulu rassurant, vis-à-vis d'une opinion et d'une classe politiques françaises plus que réticentes. Il a rappelé que les recommandations de la Commission européenne sur l'ouverture de négociations avec Ankara stipulaient "clairement" que la règle de l'unanimité et non de la majorité s'appliquerait, dans la mesure où l'entrée éventuelle de la Turquie dans l'UE devra faire l'objet d'un traité. "Nous avons bien fait de préciser qu'à tout moment la France peut se retirer ou peut mettre un droit de veto ou peut refuser, et à ce moment-là la négociation s'arrête, a-t-il assuré. Nous sommes donc totalement libres. En toute hypothèse, ce sont les Français qui auront le dernier mot par la voie du référendum, le cas échéant." Le problème est de savoir si l'UE a intérêt à avoir à sa porte "une grande puissance contestatrice ou au contraire une grande puissance qui aurait accepté de faire tous les efforts pour adhérer à l'ensemble de nos idées", a souligné le président de la République. FRANÇOIS BAYROU VEUT UN DÉBAT ET UN VOTE Lundi 11 octobre sur Europe 1, François Bayrou, président de l'UDF, a estimé que "lorsque le Parlement se voit refuser la parole", il doit "imposer son autorité", y compris éventuellement en déposant une motion de censure. Interrogé sur cette hypothèse destinée à obtenir un débat avec vote avant la décision européenne d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Turquie, François Bayrou a indiqué qu'"aucune solution n'était à exclure". "Mais je suis absolument persuadé qu'on peut trouver d'autres moyens d'obtenir un vote", a-t-il affirmé. Pour sa part, le premier secrétaire du PS, François Hollande, a demandé, dimanche à Egletons (Corrèze), qu'une "déclaration gouvernementale" soit discutée au Parlement avant le 17 décembre. "Il y a eu suffisamment d'hésitations, suffisamment de tergiversations. Maintenant, il faut donner une date et une position", a ajouté le député, maire de Tulle. L'ambassadeur de Turquie en France, Uluç Ozülker, juge que "le vrai motif des réticences" françaises à l'égard de l'adhésion de la Turquie repose sur "la religion", car il s'agit d'"un pays musulman", dans un entretien au Parisien-Aujourd'hui daté du lundi 11 octobre. L'AMBASSADEUR TURC "DÉÇU" DES RÉTICENCES FRANÇAISES "Si la Turquie était chrétienne, il n'y aurait aucun problème. Mais voilà, nous sommes un pays musulman. Cela ne dénaturera pas pour autant l'Europe : elle n'est pas une enclave chrétienne. Nous partageons les mêmes valeurs démocratiques que les 25. Nos relations avec l'Europe datent de 1959, et nous faisons déjà partie de l'union douanière. Notre association est très ancienne", défend M. Ozülker. Se disant "déçu", l'ambassadeur estime que "le débat franco-français l'emporte dans tous les domaines. Dans ce contexte, ce n'est plus la Turquie qui est en discussion. Les Français parlent de leur identité", mais la France "ne peut pas nous retirer notre européanité. Nous siégeons dans toutes les institutions européennes. Nous appartenons à ce continent. Nous aspirons aux valeurs républicaines universelles". "Je rappelle que la Turquie est un Etat laïque. Notre pays est à l'image de la France : les réformes d'Atatürk ne sont pas autre chose que les répliques adaptées des principes de la Révolution française et du siècle des Lumières", ajoute M. Ozülker. |