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EUROPE - TURQUIE

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Le processus d'adhésion de la Turquie
à l'UE avive les tensions au PS et à droite

Le Monde - 08/10/2004

 

Fracture à gauche, fracture à droite. L'ouverture des négociations en vue de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne dessine de nouveaux clivages.

La dispute s'amplifie au PS. Dans un parti déjà divisé sur le projet de Constitution européenne, la question turque suscite une nouvelle dispute entre François Hollande et Laurent Fabius.

Mardi 5 octobre, le climat de la réunion hebdomadaire des secrétaires nationaux - la direction du PS -, s'est alourdi après que M. Fabius eut, le premier, abordé le thème et revendiqué une prise de position "claire". Entre les deux hommes, assis côte à côte, des témoins ont perçu "une rapide montée d'adrénaline".

La question turque n'est pas directement liée au projet de Constitution, a lancé M. Fabius, mais "ça a quand même un peu à voir". "On va dire les choses très clairement : c'est totalement déconnecté", a protesté M. Hollande. D'un geste de la main, il empêche alors M. Fabius de reprendre la parole : "Tu me laisses finir." Un participant raconte avoir "sursauté" quand l'ancien premier ministre a dit : "Pour moi, c'est non", dans une allusion évidente au texte de Lionel Jospin dans Le Nouvel Observateur sur la Constitution européenne, qui s'intitulait : "Pour moi, c'est oui". Agacé, M. Hollande a conclu en inscrivant la question à l'ordre du jour du bureau national du 12 octobre.

En prônant un référendum pour tout nouvel élargissement dès le 29 septembre, aux journées parlementaires du PS à Lorient (Morbihan), le premier secrétaire a ouvert un autre front avec Dominique Strauss-Kahn et ses partisans. "Mettre le référendum à toutes les sauces ne nous paraît pas une bonne chose", juge M. Moscovici.

L'UDF écrit à M. Raffarin. Après François Bayrou, la veille, Hervé Morin, le président du groupe UDF de l'Assemblée nationale, a à son tour interpellé le premier ministre, lors de la séance des questions au gouvernement, mercredi 6 octobre, pour demander l'organisation d'un débat suivi d'un vote au Parlement avant le Conseil européen du 17 décembre.

Le président du groupe UDF a aussi écrit à Jean-Pierre Raffarin, avec copie au président de l'Assemblée nationale, pour lui "demander la transmission au Parlement de la recommandation de la Commission sur l'adhésion de la Turquie". Il invoque l'article 88-4 de la Constitution, qui prévoit, depuis la révision constitutionnelle de 1999, que le gouvernement "peut soumettre aux assemblées tout projet ou proposition d'acte, même dépourvu de caractère législatif, émanant d'une institution de l'Union européenne". Pour l'UDF, "la question de l'adhésion de la Turquie paraît suffisamment essentielle pour justifier un débat en séance publique sanctionné par un vote qui engage chaque élu de la nation".

Cinquante députés de l'UMP et de l'UDF en appellent à M. Chirac. L'exigence d'une consultation des parlementaires fait tache d'huile à droite. Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, s'est efforcé de la circonscrire en se disant ouvert à l'organisation d'un débat à l'Assemblée. Mais sans vote, a-t-il ajouté, mercredi matin sur LCI, estimant que "la diplomatie ne se fait pas à l'Assemblée, elle se fait au gouvernement" et que le président de la République dispose de la "légitimité du peuple" pour mener ces discussions.

La réponse n'a pas satisfait ceux qui, à droite, voient dans l'entrée de la Turquie dans l'Europe "une erreur historique". Cinquante députés de l'UMP et de l'UDF, réunis en "groupe de réflexion", ont cosigné, mercredi, un texte dans lequel ils demandent à être reçus par Jacques Chirac. "C'est un débat trop important pour que la représentation nationale ne soit pas consultée", écrivent-ils.

Jacques Barrot commente la décision de la Commission. En fin d'après-midi, mercredi, le commissaire européen, invité par la Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale, a estimé que la Commission était "placée devant un devoir" et qu'un refus d'ouvrir des négociations aurait été perçu comme "un signal négatif". Il ne s'est pas interdit de regretter "que n'aient pas été ouvertes des alternatives" : "N'eût-il pas été préférable de signifier que nous voulions un ancrage de la Turquie dans l'Europe mais qu'il pouvait prendre une autre forme ?", s'est interrogé l'ex-président du groupe UMP de l'Assemblée.

     

 

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