Claude Goasguen : «Nous ne voulons pas gêner le président de la République» Propos recueillis par S. H. Le Figaro - 08/10/2004 Claude Goasguen, député UMP de Paris, estime que «la demande d'un vote du Parlement est une manoeuvre politicienne dirigée contre Jacques Chirac». LE FIGARO. – D'où vient, selon vous, le malaise du groupe UMP sur le dossier turc ?
Claude GOASGUEN. – L'immense majorité du groupe UMP à l'Assemblée est hostile à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, comme l'est aussi le parti, derrière son ancien président Alain Juppé. Mais nous ne voulons pas gêner le président de la République, qui doit honorer les promesses faites par ses prédécesseurs, au-delà même du souhaitable, et pouvoir négocier dans les meilleures conditions possibles.
Faut-il un débat avec ou sans vote au Parlement ?
D'abord, ce serait la première fois que le Parlement se prononcerait en préalable sur une question de politique étrangère. La Constitution de 1958 n'est pas claire sur le rôle du Parlement à l'égard de ce qu'il est convenu d'appeler le domaine réservé du président de la République. Je ne suis pas hostile à un vote sur la Turquie, pour manifester la position des représentants de la nation sur une question cruciale pour l'avenir de l'Europe. Mais le fondement sur l'article 88-4 de la Constitution ne me paraît pas solide concernant un avis de la Commission. Et, à l'évidence, l'UDF et le PS réclament des votes quand cela les arrange. Sous le gouvernement Jospin, ni le PS ni l'UDF n'ont réclamé de vote au Parlement avant l'envoi de troupes françaises au Kosovo. Je pense donc qu'en ce qui concerne la Turquie, la demande d'un vote n'est qu'une manoeuvre politicienne dirigée contre Jacques Chirac.
Qu'est-ce qui motive votre opposition à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ?
Le sujet n'est pas bien perçu par l'opinion publique. Ce n'est pas seulement une affaire de géopolitique. Je crois que les Français reportent sur la Turquie toutes les questions que nous n'avons pas osé poser depuis trente ans sur l'immigration. Ils ne veulent pas que l'Europe soit aux quatre vents de l'immigration, et la Turquie est en train de pâtir malgré elle du non-règlement des problèmes de flux migratoires sur le continent européen. Le contexte international tendu à l'égard du monde musulman ne facilite pas les choses. |