Adhésion de la Turquie à l'UE : les pays européens saluent timidement la décision de Bruxelles Le Monde - 07/10/2004 Si la Grande-Bretagne salue le "oui" de Bruxelles et enjoint ses partenaires européens à "tenir leurs engagements" à l'égard d'Ankara, d'autres pays, la France en tête, insistent sur les conditions que la Turquie doit encore respecter. France. Le président Jacques Chirac, confronté à des résistances dans son propre camp politique, a réaffirmé, mercredi 6 octobre, que les éventuelles négociations sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne seraient longues, "au minimum dix ou quinze ans". "La question aujourd'hui n'est pas l'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne. La question c'est l'ouverture des négociations entre la Turquie et l'Union européenne", a déclaré le chef de l'Etat lors d'un point de presse à Hanoï, où il vient d'entamer une visite d'Etat. "Si le Conseil européen, en décembre, décide l'ouverture de ces négociations, chacun est bien conscient qu'elles dureront au minimum dix ou quinze ans", a-t-il ajouté. Italie. Le gouvernement italien a salué l'accord conditionnel de la Commission européenne à l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie. Le chef de la diplomatie, Franco Frattini, a annoncé dans un communiqué que le gouvernement italien "s'engagerait dans les prochaines semaines" pour qu'une décision positive concernant les négociations avec la Turquie soit prise au Conseil européen du 17 décembre. "Je suis convaincu que nous contribuerons ainsi à maintenir solidement ancré à l'Europe un partenaire stratégique comme la Turquie", a-t-il déclaré. Allemagne. Le vice-chancelier et ministre des affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, s'est félicité de la décision de Bruxelles. "Le gouvernement allemand salue expressément la décision de la commission", a-t-il déclaré à la presse, en soulignant que le rapport du commissaire européen à l'élargissement, Günter Verheugen, "était très intelligent" et que la décision était "très orientée sur les faits". "Les risques politiques qui existent dans le cadre de ce processus demeurent mesurables", a-t-il ajouté. Le chancelier Gerhard Schröder s'est aussi montré confiant de voir la majorité nécessaire atteinte au sommet les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, le 17 décembre, pour qu'un feu vert soit donné au lancement de négociations d'adhésion. Grande-Bretagne. Commentant le "oui" conditionnel de Bruxelles, le secrétaire au Foreign Office, Jack Straw, a enjoint ses partenaires européens à "tenir leurs engagements" à l'égard d'Ankara. "La Turquie a procédé à des changements remarquables ces dernières années, en lançant le très large programme de réformes que demandait l'Union européenne", a déclaré le ministre britannique dans un communiqué. "L'Union européenne doit maintenant tenir ses engagements", a insisté le chef de la diplomatie. Grèce. Athènes, qui a connu de fortes tensions avec son voisin turc dans le passé, a affirmé soutenir la "perspective européenne de la Turquie", tout en prenant en compte que "le rythme de la marche européenne de la Turquie dépend avant tout de ce pays", selon les termes employés par un porte-parole du gouvernement. Suède. Se disant "satisfaite" des recommandations de Bruxelles, la ministre des affaires étrangères suédoise, Laila Freivalds, en visite en Turquie, a déclaré que "la Turquie devrait désormais continuer sur la voie (des réformes) et montrer qu'elle peut changer". Danemark. Le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, s'est montré plus réservé. Il a "pris acte" du rapport de la Commission, tout en affirmant qu'il ne s'agissait pas d'un "chèque en blanc" donné à Ankara. "Je suis d'accord sur la nécessité d'y placer des garde-fous nous permettant de suspendre les pourparlers si le développement de ce pays allait dans le mauvais sens", a-t-il ajouté. Pologne. Varsovie soutiendra les aspirations européennes de la Turquie, a déclaré mercredi le chef de la diplomatie polonaise, Wlodzimierz Cimoszewicz. "Bien entendu, les négociations d'adhésion doivent comporter toute une série d'engagements à tenir par la Turquie, comme cela avait été le cas pour nous." Pays baltes. La Lettonie, l'Estonie et la Lituanie ont apporté mercredi leur soutien à la décision de la Commission européenne. "Le 17 décembre prochain, la Lettonie votera en faveur de l'ouverture des négociations avec la Turquie", a notamment déclaré le ministre des affaires étrangères letton, Artis Pabriks. "Nous pensons que la Turquie a fait un très gros effort pour préparer son adhésion à l'UE, mais un effort aussi important l'attend encore" avant d'atteindre cet objectif, a souligné M. Pabriks. "Notre position n'a pas changé. Nous maintenons un optimisme prudent". |