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La Turquie satisfaite du feu vert conditionnel de l'Union européenne

Le Monde - 06/10/2004

 

Les membres du gouvernement turc ont, dans leur ensemble, cherché à minimiser les nouvelles conditions imposées à la Turquie par la Commission européenne.
Les dirigeants turcs ont réagi favorablement, mercredi 6 octobre, au rapport de la Commission européenne recommandant l'ouverture de négociations d'adhésion à l'Union europénne (UE) avec la Turquie. Et ce, même si ce feu vert est assorti de conditions très sévères.

"C'est un pas historique pour l'UE et pour la Turquie", a déclaré le ministre des affaires étrangères turc, Abdullah Gül. Plus tard, au cours d'une conférence de presse, le ministre a minimisé les nouvelles conditions, très strictes, imposées par Bruxelles. "Des situations extraordinaires peuvent théoriquement survenir en Turquie. Mais je suis convaincu que cela ne sera jamais le cas", a-t-il dit.

L'exécutif européen a assorti sa recommandation de multiples garde-fous inédits, comme la possibilité de "suspendre" les pourparlers en cas de dérapage turc et celle, en cas d'adhésion, d'imposer des clauses de "sauvegarde permanente" limitant la libre circulation des travailleurs turcs dans l'UE. Les négociations avec Ankara, indique Bruxelles, constitueront un "processus ouvert dont le résultat ne peut être garanti à l'avance".

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a ensuite jugé "assez équilibrés" les rapports de la Commission européenne sur la Turquie, et il a minimisé les restrictions au feu vert européen. Il a jugé qu'une suspension ne pourrait intervenir que dans "des cas extrêmes (...) comme, par exemple, un coup d'Etat en Turquie". Commentant le texte qui sous-entend que l'adhésion n'est pas inéluctable, le ministre turc a voulu éliminer les ambiguïtés : "Il n'y pas de destination vague. La direction à prendre, la destination à atteindre est évidemment l'adhésion à part entière", a-t-il dit, insistant sur le fait que son pays entamera ces discussions dans le seul but d'intégrer le club européen.

Affichant assurance et satisfaction, le premier ministre turc n'en a pas moins estimé que l'organisation par la France d'un référendum sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne serait "très injuste". "Un référendum pour entériner l'adhésion d'un pays, cela ne s'est jamais fait jusqu'à maintenant. C'est une approche très injuste", a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d'une conférence de presse au Conseil de l'Europe, dont il était l'invité.

POURSUITE DES RÉFORMES

Quant au ministre de la justice, Cemil Cicek, très impliqué dans les dossiers européens, il a lui aussi réagi plutôt favorablement au rapport de l'exécutif européen. Interrogé par la chaîne de télévision d'information NTV, qui lui a demandé si le rapport de Bruxelles satisfaisait Ankara, M. Cicek, qui est également le porte-parole du gouvernement, a dit : "Le rapport comporte des évaluations que nous saluons, mais il y a aussi d'autres évaluations (...) Nous devons très bien les analyser pour savoir si elles sont contre la Turquie ou figurent dans le document pour équilibrer [les inquiétudes de] l'opinion publique" européenne.

M. Cicek a ajouté que certaines recommandations de Bruxelles pourraient être jugées "discriminatoires" envers son pays, tout en admettant que la Turquie était un pays très différent des autres candidats. Il a enfin souligné qu'Ankara devait poursuivre sans relâche jusqu'au sommet du 17 décembre son processus de réformes, "sans perdre de la vitesse" et avec "bon sens et patience".

Ces dernières années, la Turquie s'est engagée dans un vaste chantier de réformes. Elle a notamment aboli la peine de mort, octroyé des droits culturels à sa communauté kurde et adopté récemment un nouveau code pénal qui élargit le champ des libertés individuelles et réprime la torture.

Comme prévu, la Commission a laissé au sommet européen du 17 décembre la responsabilité de fixer une date pour le lancement effectif des négociations avec Ankara. Elle laisse ainsi la porte ouverte à un démarrage tardif, fin 2005, voire début 2006.

Les Turcs, quant à eux, réclament l'ouverture de ces pourparlers le plus tôt possible, de préférence dès "le premier quart de 2005", a réaffirmé M. Cicek. M. Erdogan a pour sa part évoqué le premier semestre de 2005.

     

 

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