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A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

EUROPE - TURQUIE

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Le mirage turc

Pierre Rousselin
Le Figaro - 06/10/2004

 

Peu à peu, c'est comme si l'on s'apercevait de l'énormité du projet : la Turquie pourrait bien devenir un jour membre de l'Union européenne. L'avis favorable de la Commission fait que les dirigeants des Vingt-Cinq approuveront sans doute, à leur sommet du 17 décembre, l'ouverture «sans délais» de négociations d'adhésion avec Ankara.

Tout le monde sait que l'opinion publique européenne y est défavorable. Qu'un pays musulman, très largement au-delà des limites géographiques de l'Europe, devienne l'un des Etats les plus peuplés de l'Union est un contresens pour la plupart des Européens.

Les dirigeants y voient un moyen de contrer le fameux «choc des civilisations». Accueillir 70 à 80 millions de musulmans serait la preuve que l'Europe peut servir de pont avec cet Orient si compliqué, devenu si dangereux.

Les citoyens, eux, sont plus terre à terre. Ils y voient inévitablement une dilution de leur Europe en un grand marché ou en une succursale régionale des Nations unies.

La polémique monte, les partis politiques s'en mêlent et tout le monde s'agite. Comme personne ne veut se dédire, après quarante ans de promesses faites aux Turcs, l'on invente des faux-semblants qui serviront, espère-t-on, de sortie de secours. En France, le référendum est un outil bien pratique : il permet de dire oui à la Turquie, tout en tablant sur le suffrage universel pour rectifier, le moment venu.

La Commission sait que cette affaire tourmente les gouvernements. Pour les aider à faire passer une décision impopulaire, elle a inventé un habillage savant qui noie les négociations prévues dans un magma de procédures. A chaque étape, les chefs d'Etat et de gouvernement auront la possibilité – si jamais le courage leur en venait – d'arrêter le processus. A la différence des six élargissements qui auront précédé celui-ci, rien ne garantit qu'il aboutisse.

Jamais l'on n'avait imposé de telles conditions à un pays candidat. Le cas de la Turquie est donc bien à part. Il est bon que cette évidence soit enfin reconnue. C'est un premier pas.

Mais, quoi qu'en pensent la Commission et les dirigeants européens, les astuces de procédure ne régleront pas la question de fond : faut-il vraiment que la Turquie adhère à l'Union européenne pour qu'une démocratie stable et prospère s'installe durablement dans ce pays si crucial pour notre sécurité ? L'Europe est-elle à ce point privée d'imagination qu'elle ne peut encourager les réformes indispensables en Turquie sans continuellement brandir le mirage d'une adhésion inaccessible ?

Le monde a bien changé depuis qu'en pleine guerre froide les promesses initiales avaient été faites à notre allié contre le communisme. Aujourd'hui, il doit bien y avoir un autre moyen de dire oui à Ankara, sans réduire à néant la construction européenne. Si les moyens de ce oui-là ne sont pas vite trouvés, la partie de dupes entre l'Europe et la Turquie risque de mal finir.

     

 

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