Le "oui" sous condition de Bruxelles à Ankara Le Monde - 06/10/2004 L'exécutif communautaire assortira sa recommandation de garde-fous inédits. Il suggère notamment que les dirigeants européens se réservent la possibilité de "suspendre ou arrêter" ces négociations, en cas de dérapage turc. La Commission européenne va recommander, mercredi 6 octobre, aux dirigeants de l'UE de dire "oui" à l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie, mais ce feu vert de Bruxelles comporte des conditions strictes, et Ankara devra patienter longtemps avant toute entrée effective. La décision finale sur le lancement des pourparlers sera prise au sommet par les chefs d'Etat et de gouvernement des 25 le 17 décembre prochain. La Commission estime que "la Turquie remplit suffisamment les critères politiques de Copenhague pour commencer les négociations d'adhésion", selon ses conclusions, largement dévoilées avant l'heure. L'exécutif communautaire assortira toutefois sa recommandation de garde-fous inédits. UN MÉCANISME DE SURVEILLANCE Il suggère notamment que les dirigeants européens se réservent la possibilité de "suspendre ou d'arrêter" ces négociations, en cas de dérapage turc. Bruxelles n'entend pas non plus se contenter de simples engagements d'Ankara à se conformer aux règles communautaires, pendant les longues années que dureront immanquablement les pourparlers. La Commission préconise un mécanisme de surveillance de l'application de ces règles. C'est leur mise en œuvre effective qui permettrait alors à la Turquie de boucler un à un les multiples "chapitres" de négociation. Autant de conditions qui ne sont guère du goût d'Ankara, dont le ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, avait récusé lundi toute "condition spéciale". La Commission devrait contourner l'obstacle en suggérant aussi une clause de suspension pour les négociations avec un autre candidat à l'UE, la Croatie. L'adhésion de la Turquie musulmane constituerait une révolution pour l'UE, mais elle reste une perspective lointaine, que Bruxelles n'envisage pas avant 2015. Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui sera mercredi à Strasbourg, n'exclut pas lui-même des négociations jusqu'en 2019. La date d'ouverture des pourparlers reste à trancher. Les Européens promettent depuis deux ans un démarrage "sans délai". Mais l'hostilité des opinions publiques les incite aujourd'hui à la prudence, de peur de compromettre les ratifications par référendum de la Constitution européenne. |