M. Sarkozy : "Il faudrait un référendum sur l'adhésion de la Turquie" Propos recueillis par Gérard Courtois, Ruth Elkrief et Pierre-Luc Séguillon Le Monde - 27/09/2004 Nicolas Sarkozy, ministre de l'économie et des finances, au "Grand Jury-RTL- "Le Monde"-LCI". Faut-il différer la question de l'adhésion de la Turquie ? Tout le monde connaît mes réserves. Elles ne tiennent pas au fait que l'on renonce à mettre deux ans de prison à une femme adultère. C'est un peu plus sérieux que cela. Je suis d'accord avec Jacques Chirac sur le fait qu'il ne faut en aucun cas donner à la Turquie le sentiment qu'on la rejette ! Il y a deux façons de l'associer : soit un statut de partenaire associé à l'Europe, qui est plutôt ce que je pense ; soit l'intégrer, ce qui est plutôt ce que je ne souhaite pas. Il y a deux choses qu'il faut dire, et elles sont capitales. La première, c'est que l'adhésion de la Turquie, dans le meilleur des cas, ce n'est pas avant quinze ans si ça se passe bien. La seconde, et je veux vous dire cela solennellement, c'est qu'une décision aussi importante ne pourrait être prise qu'après qu'il y ait eu un référendum en France pour connaître l'opinion des Français. Cela permet que ne soit pas fait d'amalgame entre la ratification d'une Constitution qui améliore les choses et, il faut enfin le dire, le problème de l'adhésion de la Turquie. Jacques Chirac a eu à votre égard une expression très sèche en disant : "Je décide, il exécute." Jacques Chirac et moi, on s'est expliqué sur cette affaire du 14 Juillet et nous avons décidé, d'un commun accord, de tourner la page. Nous avons beaucoup parlé et nous avons compris ensemble qu'il y avait mieux à faire que cela. Cela signifie que le budget que j'ai présenté, je l'ai présenté en accord avec lui. Cela ne veut pas dire qu'on était d'accord sur tout, mais c'est la démocratie. Il faut que je vous fasse un aveu, j'ai du tempérament et quand je crois dans quelque chose, je n'y renonce pas facilement. C'est vrai, et il a fallu qu'on discute. C'est normal parce que les ministres, et notamment le ministre des finances, ne sont pas des gens qui sont simplement là pour être des béni-oui-oui. J'ai des convictions, je me suis battu pour un certain nombre d'entre elles mais c'est un budget dont, je crois, le président de la République peut être satisfait. Et votre tempérament vous a conduit, contre tous ceux qui ne le souhaitaient pas, à postuler pour la présidence de l'UMP ? Je suis candidat parce que j'estime que c'est mon devoir et qu'il y a un travail immense à faire, parce nous n'avons pas encore réussi à concrétiser l'idée originelle de l'UMP. Entre vous et Jacques Chirac, c'est un armistice ou la paix ? Honnêtement, ce n'est ni l'un ni l'autre. Je pense que notre devoir, c'était de travailler ensemble dans une répartition des responsabilités qui ne sont pas les mêmes. Qui pourrait comprendre qu'on passe son temps à s'opposer l'un à l'autre ? Ça n'aurait pas de sens. Une fois élu président de l'UMP, serez-vous le candidat à la présidentielle de 2007 ? Il n'y a pas un candidat qui s'impose comme cela. Je ne changerai pas, je suis un homme libre et je le resterai. Qu'est-ce que ça veut dire d'être libre ? Ça veut dire créer un climat de confiance qui permette d'assumer un désaccord sur un certain nombre de sujets. La majorité, ce n'est pas une caserne. Mais je ne suis pas favorable aux courants parce qu'on n'est pas obligé de faire ce qui a si mal réussi à nos adversaires. Vous avez décidé en juin de lutter contre la hausse des prix, mais les Français ne s'en rendent pas suffisamment compte. Oui, les prix ont augmenté depuis l'avènement de l'euro et ils ont davantage augmenté en France que partout ailleurs. Pourquoi cet écart entre les indicateurs officiels et la perception par les consommateurs ? Parce que les consommateurs sont beaucoup plus lucides que les indicateurs officiels. La négociation avec la grande distribution n'a-t-elle pas été un coup d'épée dans l'eau ? Pas tout à fait. J'ai obtenu l'accord du 17 juin qui prévoyait 2 % de baisse sur les prix de grande consommation et encore 1 % au début de 2005. Les 2 %, je les obtiendrai. Vous pouvez dire à juste titre : "Mais 2 %, c'est pas assez." Vous avez raison, mais c'était une façon d'engager le processus. Je ferai le point au début du mois d'octobre pour voir si, par la conviction et l'accord mutuel, on peut arriver à cette baisse des prix. Et j'annoncerai, avant la fin d'octobre, ce que nous ferons, et notamment si nous avons besoin de passer par la loi. Ce que je souhaite, c'est qu'on rende du pouvoir d'achat aux consommateurs. Il ne s'agit pas de revenir au contrôle des prix. Mais moi, je ne crois pas à la fatalité. |