M. Barnier a cependant insisté sur le fait qu’à partir du moment où une négociation était ouverte, elle pouvait «durer un certain temps». Façon de rappeler que personne n’envisage sérieusement une adhésion turque avant dix ans au plus tôt
La plupart des pays européens se disent officiellement favorables à une entrée de la Turquie dans l’UE et l’appel du parti du président Jacques Chirac en France à ne pas ouvrir de négociations d’adhésion avec Ankara reste relativement isolé.
Mais les réticences des opinions publiques incitent aussi nombre d’Etats membres à se réfugier derrière le rapport de la Commission européenne, qui recommandera ou non à l’automne aux dirigeants de l’Union élargie d’entamer les pourparlers.
Bruxelles évaluera dans ce document l’état d’avancement et d’application des réformes engagées par la Turquie pour répondre aux critères d’adhésion à l’UE, notamment le respect des principes fondamentaux de la démocratie. Les chefs d’Etat et de gouvernement des 25 rendront leur verdict en décembre. Au lendemain de l’opposition marquée par l’Union pour un mouvement populaire (UMP) de M. Chirac à l’entrée d’Ankara, le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier a affirmé jeudi que la «ligne» de son pays «restait la même».
Soulignant que le dialogue entre l’UE et la Turquie avait «été noué en 1963», il a observé de manière ambiguë que «depuis cette première promesse, aucun gouvernement, aucun ministre n’a, en France, proposé d’interrompre ce dialogue».
M. Barnier a cependant insisté sur le fait qu’à partir du moment où une négociation était ouverte, elle pouvait «durer un certain temps». Façon de rappeler que personne n’envisage sérieusement une adhésion turque avant dix ans au plus tôt. La décision d’accorder à la Turquie le statut de candidat à l’UE remonte au sommet européen d’Helsinki, en décembre 1999. Ankara attend depuis d’entamer les pourparlers d’adhésion.
En Allemagne, où réside une importante communauté turque, le chancelier Gerhard Schroeder a salué les réformes engagées par Ankara, estimant qu’il y avait de «bonnes chances» que ces négociations débutent fin 2004.
La dirigeante de l’opposition conservatrice démocrate-chrétienne (CDU-CSU), Angela Merkel, préfèrerait un «partenariat privilégié» avec la Turquie. Le Parlement européen a rejeté au début du mois un amendement qui proposait un tel partenariat comme «alternative à une adhésion» à l’UE. Selon un sondage publié en février, 57 pc des Allemands sont opposés à une adhésion de la Turquie.
Le Premier ministre britannique est résolument favorable aux aspirations d’Ankara. Pour Tony Blair, l’UE doit montrer qu’elle est «engagée non seulement en paroles mais dans les faits en faveur d’une Europe de la diversité des races, des cultures et des religions».
L’adhésion de la Turquie constituerait «une bonne réponse à tous ceux qui veulent diviser le monde en termes de religions», renchérit son homologue portugais, José Manuel Durao Barroso.
L’Italien, Silvio Berlusconi, est partisan d’une intégration rapide d’Ankara. Le chef du gouvernement espagnol sortant, José Maria Aznar, aussi, mais son successeur désigné, José Luis Rodriguez Zapatero, n’a pas encore abordé le dossier.
L’Irlande, actuelle présidente de l’UE, ne souhaite pas prendre position, mais son Premier ministre Bertie Ahern s’était engagé en juillet dernier à soutenir la candidature turque. In fine, les pays nordiques et les nouveaux Etats membres d’Europe centrale semblent les plus réservés.
La République tchèque et la Finlande sont favorables à l’entrée de la Turquie quand elle aura satisfait à tous les critères de l’UE. A cet égard, le Danemark a mis en garde Ankara contre tout recours à la torture, qui lui barrerait le chemin de l’Union.
En Suède, le Premier ministre Goeran Persson, tout en saluant les réformes turques, a averti qu’une ouverture des négociations d’adhésion n’était pas encore acquise.
Son homologue hongrois Peter Medgyessy a émis des doutes similaires. «Je ne vois pas personnellement une solution très rapide», a-t-il affirmé jeudi à Paris.