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Ankara pourrait assouplir son nouveau Code pénal

Le Figaro - 30/12/2005

 

La justice turque renonce à juger l'écrivain Orhan Pamuk pour dénigrement de l'armée.

UN PROCUREUR d'Istanbul a classé sans suite, hier, la plainte déposée, fin octobre, contre l'écrivain turc Orhan Pamuk pour «atteinte ouverte à l'image de l'armée». Une association de juristes nationalistes n'avait pas supporté que l'écrivain le plus célèbre de Turquie ait pu dire dans le quotidien allemand Die Welt : «Je ne vois pas l'AKP (parti au pouvoir) comme une menace pour la démocratie turque. Malheureusement, la principale menace est l'armée qui nuit parfois au développement de la démocratie.»

Orhan Pamuk est, en revanche, toujours poursuivi pour «insulte délibérée à l'identité turque» après avoir affirmé dans un magazine suisse : «Un million d'Arméniens et 30 000 Kurdes ont été tués sur ces terres, mais personne d'autre que moi n'ose le dire.» De tels propos peuvent valoir à son auteur entre six mois et trois ans de prison. Mais la justice hésite. Le tribunal chargé de l'affaire a reporté le procès au 7 février et s'en remet au ministère de la Justice pour décider s'il y a lieu ou non de poursuivre l'écrivain.

L'article 301 du nouveau Code pénal turc, qui réprime les insultes aux institutions et à l'identité turques, sert de base aux poursuites engagées contre plusieurs intellectuels : Orhan Pamuk, mais aussi l'eurodéputé néerlandais Joost Lagendijk ou encore le journaliste arménien Hrant Dink.

Dénoncé par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) qui reproche à ce texte de sanctionner l'expression «d'opinions critiques non violentes», et d'installer un «schéma durable d'atteintes à la liberté d'expression en violation flagrante des normes internationales», sévèrement critiqué par l'Union européenne, cet article du nouveau Code pénal pourrait être révisé. C'est en tout cas ce qu'a laissé entendre le chef de la diplomatie turque Abdullah Gül en critiquant l'ouverture d'une enquête judiciaire contre l'eurodéputé Joost Lagendijk pour des propos sur l'armée et la justice turques.

«Provoquer le chaos»

Derrière ces plaintes «systématiques» déposées en Turquie contre des personnalités proeuropéennes et des intellectuels, Abdullah Gül décèle une volonté «très délibérée de provoquer le chaos». «Ce genre de choses n'apporte rien de bon pour la Turquie», qui s'attire de nombreuses critiques à l'étranger, a souligné, mercredi, le ministre sur la chaîne privée NTV. Il n'a pas exclu que des amendements soient apportés à cet article très controversé du nouveau Code pénal turc. «L'article 301 et d'autres dispositions ne sont pas intouchables, si nécessaire les lois peuvent aussi changer», a-t-il affirmé.

Le 26 décembre dernier, cent soixante-neuf intellectuels, artistes et journalistes turcs avaient signé une pétition pour demander au gouvernement d'abroger cet article du nouveau Code pénal limitant la liberté d'expression. La multiplication des procès contre des intellectuels relance le débat sur le respect par la Turquie des critères européens, alors que les négociations d'adhésion à l'UE ont été officiellement ouvertes en octobre.

    

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