Jolie leçon d'Anatolie Didier PERON Libération - 31/08/2005 Dans la Turquie des années 60, deux ados cinéphiles tentent de fuir une vie étriquée. Des bateaux d'écorce de pastèque d'Ahmet Uluçay, avec Smail Hakki Taslak, Kadir Kaymaz, Gulayse Erkoc... 1 h 37. Recouvert de différents prix (Istanbul, Thessalonique), ce premier long métrage d'un cinéaste de 50 ans né en Anatolie est une autobiographie tournée avec les moyens du bord. Vidéos et acteurs non professionnels restituent l'ambiance d'un village turc des années 60 : vie confinée, culturellement vide, moeurs traditionnelles saupoudrées de dévergondages, violence des vieux contre les jeunes. Uluçay a connu ça de l'intérieur et il en a gardé un sentiment de revanche contre l'horizon bouché et la morale obtuse. C'est ce qui fait le prix de ce récit dont les héros, Recept et Mehmet, sont des adolescents villageois montés au bourg pour apprendre un métier d'«avenir», l'un coiffeur, l'autre vendeur de pastèques. Ces Doinel anatoliens, plutôt stylés, détestant leur entourage plouc, s'acharnent à construire un appareil de projection pour visionner des bouts de pellicules chinés au cinéma du coin. Cette trame cinéphile est classiquement assortie d'une historiette amoureuse contrariée. Il est difficile de ne pas trouver émouvant cet appétit de cinéma qui aboutit dans un fragile accomplissement : humour de comédie italienne, paysages brûlés, narration bancale, mélancolie des rêves à demi réalisés. Le titre dit cette embarcation bricolée, peu sûre de conduire les rameurs à bon port. Peut-être qu'avec d'avantage de moyens, plus d'assurance, Amhet Uluçay aurait-il fait un nouveau Cinema Paradiso nettement moins attachant. Et tel quel, avec ses trous d'air et ses impertinences, le film rend sensible une expérience locale et intime. Ce qui n'est pas rien. |