Histoire. Quand lEurope laissait la Turquie entrer chez elle Marianne - 01/02/2005 Jacques Heers retrace dans un livre passionnant* la chute de Constantinople en 1453. Au début du XXI° siècle, les opinions publiques occidentales sont divisées quant à lhypothétique entrée, dans quelques années, de la Turquie au sein de lUnion européenne. Ces polémiques assez vives sont un legs de notre histoire complexe et, parfois, refoulée. Au XIX° siècle, les chancelleries nhésitaient pas à qualifier lempire ottoman de vieil homme malade de lEurope. Car cet empire sétendait des sables dArabie jusquà lactuelle Yougoslavie. Il avait constitué pour la chrétienté, du moins jusquau siège de Vienne en 1683, une menace redoutable. Cest dailleurs en fonction de cette menace que nous avions pris le soin détablir notre propre chronologie. Dans nos vieux manuels dhistoire, 1453 marquait la chute de Constantinople et la fin du Moyen Âge. Cest à lécroulement de lempire romain dOrient que Jacques Heers consacre son nouveau livre. Il montre fort bien que cet événement fut largement facilité par labsence de mobilisation de lEurope chrétienne. Après tout, les Ottomans ne faisaient quimiter les Croisés qui, en 1204, en route vers la Terre sainte, avaient pillé Constantinople. Comme lécrivait un témoin de ces rapines: Jamais, depuis que le monde fut créé, on ne vit ni conquit un butin aussi grand, aussi noble, aussi riche, ni au temps dAlexandre, ni au temps de Charlemagne, ni avant, ni après. De 1204 à 1261, les Latins imposèrent aux Grecs un empire en lair, sans bases ethniques, ni naturelles, ni historiques, ni religieuses, improvisé au sein dun monde grec alors absolument hostile et morcelé en un damier féodal. Le souvenir de cette occupation était si fort que le grand-duc Lucas Notaras pouvait dire quil aimerait mieux cent fois voir à Constantinople le turban du Turc que la tiare du Pape. Les Turcs, qui avaient pris position dès 1341 à Gallipoli, tardèrent longtemps à porter lestocade finale à Byzance. Mehmet II sy résolut en 1452. Au terme dun long siège, Constantinople tomba le 29 juin 1453. Lévénement eut un écho formidable: Ce nétait pas seulement pleurer des malheurs, frémir dhorreur et craindre pour la chrétienté tout entière. La chute de lempire byzantin marquait la fin dun monde et jetait à bas lhéritage de la Rome antique. Quand il apprit lévénement, le duc de Bourgogne convoqua le célèbre Banquet du Faisan dont les convives promirent de se croiser pour délivrer la deuxième Rome. Cette belle promesse ne fut jamais suivie deffet. Le temps des croisades était révolu. Certains mêmes songeaient à sallier avec le Grand Turc. Ce fut le cas de François Ier, soixante dix ans à peine après la chute de Constantinople * Jacques Heers, Chute et mort de Constantinople, 1204-1453, Perrin, 360 p., 22, 50 . |