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Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

  

   

Hommage à Baris MANCO

"BARIS MANCO"

Entretien réalisé par
Murat V. ERPUYAN

Extrait du N°54 de la revue
Olusum/Genese

Olusum/Genese N°54

   
Monsieur Manço, vous êtes un phénomène rare en Turquie et vous avez une place à part dans l’art turc. Et là, on se retrouve à Monaco à l’occasion du Pilav des Anciens de Galatasaray. En effet, vous êtes diplômé du Lycée de Galatasaray. C’est une immense joie pour moi de trouver l’occasion de discuter avec vous. Je souhaiterais parler de la culture turque, de vos projets, notamment à l’attention de nos lecteurs francophones. Pourriez-vous faire vous même votre présentation ?

Oui... Il est évident que ça ne va pas être une tâche facile. Je ne peux pas résumer en quelques paragraphes une vie culturelle et artistique qui touche bientôt à sa quarantième année. Ma vie artistique commence en 1958, j’avais alors 15 ans, j’étais en troisième année au Lycée de Galatasaray - cela équivaut en France à la quatrième -. Depuis je chante évidemment d’abord pour le public turc, mais aussi celui des pays européens où il y a une forte concentration de Turcs : d’abord l’Allemagne, la Belgique, la Hollande. Ces dernières années, il y a aussi le public japonais. J’y ai débuté en 1990, puis en 1991 j’ai donné quelques concerts assez importants et en 1995 j’ai fait une tournée dans 17 villes, qui a duré environ 45 jours. J’ai réalisé 3 CD et le quatrième est en préparation. En 1999 il y aura une tournée en Inde et en Chine Populaire. Je passe rapidement sur les concerts que j’ai donnés dans les pays de l’ex-Union soviétique, d’Asie Centrale, pays turcophones comme le Turkménistan, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, ajoutons aussi le Tataristan. Pendant ces quarante années, j’ai dû toucher quelques centaines de millions de personnes avec mes chansons. En Europe, j’ai uniquement chanté, comme je viens de dire, dans les pays à forte concentration de Turcs et malheureusement je n’ai encore rien fait en France. En 1964, Monsieur Henri Salvador m’a remarqué, m’a pris dans son équipe et début 1965, j’avais sorti deux 45 tours et fait l’Olympia avec Adamo, France Gall, Romuald... J’ai même fait quelques radios avec Monsieur Francis Blanche. J'ai eu un début de carrière en France en 1965-1966, mais cela ne m'a pas tellement plu. J'ai donc laissé tomber la France.

Mais, vous êtes un parfait francophone ?
Non, francophile plutôt, je ne suis pas un francophone, car la Turquie n'est pas un pays francophone. On y enseigne d'ailleurs le français comme toute autre langue étrangère et j'ai eu la chance de l'étudier. J'ai appris d'autres langues par la suite...

En effet, on dit que vous parlez dix-sept langues ?
Non, il ne faut pas exagérer ! Je parle le français et l'anglais au même niveau que le turc. Je parle assez bien le japonais grâce à ma carrière parallèle au Japon qui m'y oblige un peu ; cela dit, j'aime beaucoup parler japonais et comme j'ai fait une partie de mes études en Belgique, j'ai fatalement appris à parler le néerlandais, donc l'allemand. Puis je me débrouille en arabe, en persan, en espagnol et en italien ; je les lis et je comprends très bien... Les parler, c'est une autre chose mais lire, ça va encore. Je peux par exemple lire un journal en espagnol comme en français. Donc, en gros, je peux me débrouiller en dix-sept langues dont les quatre dialectes majeurs de l'Asie. Mais de là, à les parler couramment ! Il ne faut pas insister là-dessus. Quelqu'un qui peut parler autant de langues ! Passons. Depuis ces dix dernières années, je fais mes propres émissions à la télévision turque tous les dimanches. Là, je me suis forgé une autre carrière de producteur et de réalisateur et animateur de T. V. et c'est un exemple unique. Cette émission s'apparente à 50 % à "L'école des fans" de Jacques Martin et à 50 % à "Ushuaïa" de Nicolas Hulot. Ceci évidemment dans toutes proportions gardées. C'est une émission destinée à la famille entière, avec une première partie pour les enfants de moins de six ans. J'accueille les petits enfants, on bavarde un peu, je les fais chanter, avec un orchestre complet et le public qui les soutient, ceci pendant les vingt premières minutes. Puis la demi-heure qui suit, je montre une partie du monde : ça peut être la Patagonie, l'Himalaya, le Pôle Nord, l'Equateur et que sais-je encore. L'émission qui dure depuis 370 semaines (je viens de m'arrêter pour l'été) et c'est l'émission la plus longue de toute l'histoire de la télévision turque. Voilà. Vous avez en face de vous le chanteur qui continue toujours sa carrière de chanteur, le programmateur, réalisateur et animateur de l’émission familiale, hebdomadaire et dominicale de télé. J’ai pas mal de cordes à mon arc.

Je vais continuer dans le même registre, sur votre côté polyvalent. Vous êtes aussi un homme de coeur et vous êtes en train de préparer un grand projet : c’est, si j’ai bien compris, une émission-documentaire sur le 700ème anniversaire de la fondation de l’Etat ottoman ?
En effet, l’Etat Ottoman qui est devenu l’Empire Ottoman a été fondé en 1299. Comme j’ai assez d’expérience en matière de documentaire, j’ai pris la décision d’arrêter mon émission hebdomadaire pour me lancer dans ce projet. Ce 700ème anniversaire est une formidable occasion pour moi ; je ne vais pas parler seulement des 700 ans de l’Empire mais de 2000 ans de l’histoire des Turcs. Je pars avec mon équipe en Mongolie d’abord puis en Asie Centrale pour commencer le tournage.

En France, Jean-Paul Roux a publié «Deux mille ans de l’Histoire Turque» et nous étions un peu fâchés de ce chiffre de 2000 ans...
A mon avis c’est un chiffre qui est exact. Il ne faut pas avancer n’importe quoi car on vous demanderait de le prouver, de le justifier. Dans les archives chinoises, vous pouvez voir que les Turcs existaient déjà au début de notre ère. L’Antiquité est un peu plus floue car il me semble que les choses se soient un peu mélangées avec les mythologies de Ergenekon, sumérienne, hittite et encore d’autres ayant existé dans le même berceau géographique de l’Asie Centrale. Je vais essayer de raconter un petit peu le début de notre histoire. Par ailleurs, on parle de l’existence des Turcs dans les archives arabes aux alentours de 900.

Votre projet montre bien combien vous êtes un homme «touche à tout», un homme plein de curiosité, mais déjà dans la chanson vous êtes inclassable en Turquie.
Je suis unique, je suis UNIQUE (rires). Cela va vous paraître exagéré que je puisse parler de moi de cette manière mais...

C’est alors quoi exactement ?
Eh bien, comme la phrase en ancien turc le dit si bien : "nev’i sahsina münhasir" (je me ressemble à moi-même), j’ai un style qui est propre à moi.

Vous avez inventé votre propre style, avec les longs cheveux, les bagues !
Ah, ça c’est simplement l’aspect extérieur mais il est vrai que je ne passe pas inaperçu avec ma tête ! Les cheveux, les bagues, le style vestimentaire, tout ceci c’est une parade, c’est la façade mais... enfin ça colle ! Ca fait partie d’un ensemble, c’est comme la bouteille Coca-Cola :mettez son contenu dans une autre bouteille et vous n’avez pas du tout le même goût. Il s’agit bien d’un ensemble. Mais, ce qui compte, j’ai à mon actif, 185 compositions et tout ce qui s’ensuit (orchestration, paroles, etc...). Il y a l’histoire d’amour entre deux boutons de manchette, celle de l’âne qui écrit à son copain, celle de Keloglan qui est un personnage légendaire de chez nous ou alors une simple histoire d’amour et je puise mes éléments vraiment partout.

Je crois quand même qu’il y a une ligne conductrice issue des motifs turcs ?
Si vous pensez qu’il y en a une, si on y trouve des motifs turcs, c’est normal et je dois bien reconnaître que mon origine turque y est pour quelque chose. On n’écrit que ce qu’on détient en soi.

Vous êtes quelqu’un de grand talent, mais pourquoi n’êtes-vous pas connu en Europe ? Quels sont les obstacles pour un artiste turc qui veut se diriger vers le mondialisme ? Comment voyez-vous la chose ?
Disons que je ne considère pas ce problème sous l’angle racial ou tout autre aspect discriminatoire.

En parlant de l’Afrique, les artistes de ce continent sont connus, pourquoi pas vous ?
C’est un piège, c’est un piège ! Ne me citez pas les exemples africains. Les Africains sont des Européens avec une couleur plus foncée ! Donnez-moi plutôt un nom d’artiste suédois connu en France, ou celui d’un Autrichien...

Ou un Grec ?
Non, c'est encore un piège ! Un Grec, comme l'Italien est un européen originel, il a sa place partout !

Vos réponses sont très intéressantes !
Vos questions aussi, mais ça fait quarante ans que j'ai l'habitude qu'on me les pose et aujourd'hui vous ne pouvez pas me citer un chanteur (ou une chanteuse) brésilien, chilien, suédois, turc, pakistanais ou japonais connu dans le monde entier : ça n'existe pas ! Vous ne rencontrerez jamais un artiste japonais mondialement connu, aussi bon soit-il. Maintenant, vous avez envie d'entendre parler d'un artiste turc en France et ça n'existe pas, ça n'existera jamais ! J'irai même plus loin : je dirai que vous ne pourrez pas me donner le nom d'un artiste français connu aux Etats-Unis -à part, peut-être Line Renaud-.

Mais en France, par exemple on commence à écouter le Raï.
Evidemment le Raï est la musique de certains Français.

Mais Khaled alors ?
Oui, mais la majorité de ceux qui écoutent Khaled sont des Français au teint basané. Regardez aussi l'équipe nationale de France. La France a le luxe d'ouvrir ses portes à qui elle veut. Ceux qui étaient français à l'époque et qui ne le sont plus maintenant pour des raisons que l'on connaît, peuvent se considérer français, être présents en France, s'exprimer en français ou dans leur langue d'origine parce qu'ils faisaient partie de l'histoire de la France et aujourd'hui il y a un prix à payer pour la rançon de la gloire. Vous ne me donnerez jamais le nom d'un artiste allemand connu en France parce que l'artiste allemand ne représente rien pour un Français et aussi bon cet artiste puisse-t-il être. Dans mon cas, je ne représente rien pour un Français et je ne cherche pas à l'intéresser non plus.

 
 
Baris MANCO
Baris MANCO

Vous êtes quand même connu au Japon ! Expliquez-nous alors ça .
Ah ça ! C'est autre chose ! Le Japonais, ce n'est pas le Français. Si vous voulez, le Français est fermé, le Japonais lui, est ouvert.

Pourtant, en France on dirait le contraire !
Non, en France on vit un peu dans une boule de cristal et on croit qu’on est au centre du monde. On rencontre ce phénomène en Turquie aussi où le monde est divisé en deux ensembles : les amis et les ennemis des Turcs. En France, c’est un peu différent. On pense qu’il y a la France et le reste du monde. Au Japon, je dois vous dire que je chante uniquement en turc sauf quand je raconte l’histoire de ma chanson entre deux morceaux et le Japonais est très friand de tout ce qui est original. En France les gens se moquent de l’originalité. Du moment que le produit colle à l’identité française, tout va bien. S’il s’agit de l’Algérie, du Cameroun ou du Sénégal, il n’y a aucun problème, c’est la France, ce fut la France ! Ils n’ont pas tellement de problèmes pour franchir les barrières. Moi je suis un peu le dernier représentant de l’héritage culturel turco-ottoman qui n’était pas en très bonnes relations avec la France dans l’Histoire. On ne peut pas dire que la France et la Turquie se sont jetées des fleurs durant toute leur existence. Sans faire aucun reproche, je vous redonne un résumé de la situation : le Français ne s’intéresse pas à ce qui ne correspond pas à ses goûts.

Vous avez dit que vous étiez un représentant de l’Empire ottoman et pourtant je vous considère très républicain ! Comment réalisez-vous cette continuité ?
Cette continuité, comme vous dites, et d’abord, cette discontinuité ne devrait pas exister ! Vous ne pouvez pas dire que les Turcs sont nés en 1923 et que rien n’existait auparavant. Avant, l’Etat Ottoman puis l’Empire Ottoman ont donné la République de Turquie. La voilà la continuité. Le passé est très important et il ne faut jamais l’oublier.

Nous sommes très sensibles à ce que vous dites là parce que notre revue OLUSUM/GENESE gravite autour de l’immigration. Le passé devient donc un élément essentiel pour construire l’avenir dans ce processus. D’où la nécessité de créer des synthèses. Je pense que vous êtes un de ceux qui ont réalisé cette synthèse entre le présent et le passé.
Je voudrais encore rappeler quelque chose : les Ottomans étaient une famille, une dynastie comme les Bourbon, les Habsbourg, les Tudor ou les Hohenzollern qui ne représentaient pas forcément un peuple et un passé. Comme on en avait parlé au début, de ce sentiment universel de l’Etat Ottoman, je voulais juste remettre les choses dans leur contexte : à l’époque de François Ier et de Charles Quint, Soliman le Magnifique régnait sur les Turcs et j’utilise le mot «Ottoman» pour un certain prestige qui a existé durant sept siècles. Pendant ces sept siècles, la France avait en face d’elle une force de frappe non négligeable qui était les Turcs qui se battaient pour la dynastie. Quand j’entends des expressions telles que «tête de Turc», «fort comme un Turc», je pense qu’ils donnaient du fil à retordre aux Français et je pense que ces derniers en ont toujours eu des craintes. A l’époque, les Français ont toujours négligé cette identité ottomane et ils n’ont jamais vu en face d’eux un empire. Dans le passé, les Turcs se battaient contre eux et aujourd’hui, ce sont ces mêmes Turcs et leurs jeunes générations qui viennent travailler en Europe. De ce fait, aujourd’hui, ils négligent l’Etat turc, la République turque comme ils ont négligé autrefois l’Empire Ottoman. Enfin...

Je vais maintenant faire l’avocat du diable ! Je pense que la Turquie donne des occasions aux pays européens pour se faire battre ! Que faire pour qu’on ne parle pas de la Turquie quand il s’agit des droits de l’homme ou de la torture ?
Si vous voulez mon point de vue, la Turquie ne devrait jamais aborder ce problème là...

Vous voulez parler des droits de l’homme... ?
Oui mais attention ! Voilà encore quelque chose à prendre avec des pincettes ! Je me demande s’ils existent vraiment en France ou ailleurs ! Qu’on ne me raconte pas de bêtises là-dessus car selon le passage des différents gouvernements à gauche et à droite, ces droits ont plus ou moins d’importance dans le monde. Qu’on ne me dise pas que les droits de l’homme existent en France quand on voit ce qu’a fait la police aux hooligans, de même que ce qu’a fait la police turque avec les hooligans à Istanbul. L’acte est le même ! Encore un exemple plus drôle : je suis arrivé à Monaco avant hier et j’ai eu à attendre un quart d’heure de plus parce que j’avais à remplir une fiche jaune à l’aéroport de Nice. ça fait des centaines de fois que je suis venu dans ce pays et je n’ai jamais eu à remplir quoi que ce soit à un poste-frontière si j’avais un passeport et un visa valables ! Ici il y a déjà une discrimination, car un Français peut entrer dans mon pays sans aucun visa ! Par contre, je suis indigné quand je vois ce qui se passe dans les prisons turques ou ailleurs, comme tout le monde. Mais qu’on ne vienne surtout pas me parler des droits de l’homme quand la libre circulation des personnes et des biens n’est pas réalisée entre les pays de la communauté européenne ! Je suis outré de voir que des intellos danois, français ou autres viennent en Turquie et se mêlent du fonctionnement interne de la loi alors que des problèmes similaires existent aussi chez eux ! Je pense aussi que la Turquie ne devrait jamais soulever l’idée d’alignement auprès des pays de l’Europe.

Que faire alors de ces sept cents ans d’histoire commune ? Pourquoi alors la Turquie a tellement insisté pour entrer dans cette Europe ?
Je ne sais pas ! D’ailleurs je ne suis absolument pas d’accord. La Turquie n’est surtout pas un pays européen. Atatürk disait qu’on allait vers l’occidentalisme mais en aucun cas vers l’européanisme. Il ne faut pas mélanger «Occident» et «Europe» qui sont deux notions bien distinctes l’une de l’autre. L’Occident représentait un mode de vie meilleur, si l’on peut dire, mais en aucun cas il fut question de rejoindre l’Europe qui est un club privé. Il était question de se développer, de vivre autrement, de vivre mieux, décemment et on peut ajouter d’autres détails encore. Hier matin, on m’a bien fait comprendre à l’aéroport de Nice que la Turquie ne fera jamais partie du club européen, voilà tout !

Aujourd’hui, la Turquie est dans une passe difficile. A-t-on touché le fond, y a-t-il une amélioration, quels sont les atouts dont dispose ce pays ? Vous aviez eu un moment donné un idéal politique, qu’en est-il ?
En effet, j’ai commis une grande erreur ! Des gens influents m’ont dit que j’étais de ceux qui pouvaient faire évoluer les choses et j’y ai cru un certain temps, douze jours, et j’ai cru qu’ils avaient décelé en moi des potentiels cachés, des possibilités que j’ignorais et pendant douze jours je me suis trompé sur ma future mission en tant que maire de Kadiköy (la mairie la plus grande de Turquie), la circonscription la plus importante d’Istanbul. Les sondages m’étaient favorables mais ils m’ont également montré avec qui j’allais faire équipe. Si je vous dis que j’ai failli travailler avec quelqu’un du genre de Bernard Tapie, vous me suivez n’est-ce-pas ?!

Vous êtes un intellectuel turc. Quelle est la mission d’un intellectuel turc ?
Pour être sincère, tout le monde ne peut pas agir sinon on va vers une véritable compote ! Cependant je pense que, pour cela, si chacun accomplissait sa tâche de façon intègre, sincère et efficace, les choses évolueraient autrement. Moi, j’y contribue par mon art et je pense qu’une citoyenneté se mérite. Sans patriotisme aucun, je dois être fier de ce que je porte. Les artistes ne sont pas nécessairement un bon exemple. Pour s’exprimer, un artiste doit être libre et s’il commence à réfléchir quant à son intégrité, il ne pourra pas être et vivre ce qu’il est vraiment.

Des mauvaises langues disent qu’en ce moment, pour une reconnaissance mondiale, un artiste de Turquie doit être prêt à «cracher dans la soupe» ! Qu’en pensez-vous ?
Mais c’est évident ! Combien de fois et je peux même citer des pays, en commençant par la Suède... En France, il faut être honnête, je n’y ai pas été confronté ; mais, je répète, qu’en Suède, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, à la RTBF, à la WDR... Il était clair que si je voulais que mes chansons passent sur les ondes, je devais dire des méchancetés sur mon pays et sur ceux qui le dirigent. J’ai évidemment refusé et même dénoncé ces gens-là, qui m’en ont d’ailleurs voulu pendant des années. J’ai été taxé de nationaliste, alors que je ne le suis pas. Patriote, oui, certainement, mais pas nationaliste. Il ne faut surtout pas mélanger ; “vatansever” c’est une chose et “milliyetçi” en est une autre ! Pendant dix-quinze ans, on m’a pris pour un personnage nationaliste, parce que je dénonçais le comportement de certains programmateurs européens qui m’indignaient.

Nous approchons d’un nouveau millénaire et comment voyez-vous les choses pour la Turquie d’une part et pour vous d’autre part ?
Pour commencer, je ne suis pas de caractère optimiste. Par contre, je ne suis pas du tout pessimiste pour la Turquie, car je ne connais pas beaucoup de pays qui, avec plus de 150 % d’inflation, soient encore debout. Et puis, prenez une carte, regardez ; on est vraiment entouré par des amis : Iran, Irak, Syrie...! Il est vrai que beaucoup de gens souffrent d’énormes disparités de revenu mais la situation d’ensemble n’est pas si mauvaise : on voit de moins en moins de problèmes liés à l’argent sale, à la drogue etc... Je pense que l’on va s’en sortir dans un proche avenir.

Est-ce que vous suivez de près la gestation socio-culturelle que connaît l’immigration turque en Europe ?
De très près, non. Je suis parti avec nombre de mes compatriotes vers l’Europe, je n’étais pas ouvrier mais simplement immigré et j’ai vécu presque trente ans avec les immigrés de Belgique et d’Allemagne. Je les ai vus lors de mes concerts et représentations et je ne connais pas leur mode de vie à l’usine, sur les chantiers. Moi, je connais comme tout le monde, le fond du problème. Mais c’est une vaste question. Simplement je me contenterais de faire remarquer que la troisième, voire la quatrième, sont trop coupés de la Turquie.

Baris MANCO Baris MANCO
    

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