Monsieur Manço, vous êtes un phénomène rare en Turquie et vous avez une place à part
dans lart turc. Et là, on se retrouve à Monaco à loccasion du Pilav des
Anciens de Galatasaray. En effet, vous êtes diplômé du Lycée de Galatasaray.
Cest une immense joie pour moi de trouver loccasion de discuter avec vous. Je
souhaiterais parler de la culture turque, de vos projets, notamment à lattention de
nos lecteurs francophones. Pourriez-vous faire vous même votre présentation ?
Oui... Il est évident que ça ne va pas être une tâche facile. Je ne peux pas résumer
en quelques paragraphes une vie culturelle et artistique qui touche bientôt à sa
quarantième année. Ma vie artistique commence en 1958, javais alors 15 ans,
jétais en troisième année au Lycée de Galatasaray - cela équivaut en France à
la quatrième -. Depuis je chante évidemment dabord pour le public turc, mais aussi
celui des pays européens où il y a une forte concentration de Turcs : dabord
lAllemagne, la Belgique, la Hollande. Ces dernières années, il y a aussi le public
japonais. Jy ai débuté en 1990, puis en 1991 jai donné quelques concerts
assez importants et en 1995 jai fait une tournée dans 17 villes, qui a duré
environ 45 jours. Jai réalisé 3 CD et le quatrième est en préparation. En 1999
il y aura une tournée en Inde et en Chine Populaire. Je passe rapidement sur les concerts
que jai donnés dans les pays de lex-Union soviétique, dAsie Centrale,
pays turcophones comme le Turkménistan, lAzerbaïdjan, le Kazakhstan, ajoutons
aussi le Tataristan. Pendant ces quarante années, jai dû toucher quelques
centaines de millions de personnes avec mes chansons. En Europe, jai uniquement
chanté, comme je viens de dire, dans les pays à forte concentration de Turcs et
malheureusement je nai encore rien fait en France. En 1964, Monsieur Henri Salvador
ma remarqué, ma pris dans son équipe et début 1965, javais sorti deux
45 tours et fait lOlympia avec Adamo, France Gall, Romuald... Jai même fait
quelques radios avec Monsieur Francis Blanche. J'ai eu un début de carrière en France en
1965-1966, mais cela ne m'a pas tellement plu. J'ai donc laissé tomber la France.
Mais, vous êtes un parfait francophone ?
Non, francophile plutôt, je ne suis pas un francophone, car la Turquie n'est pas un pays
francophone. On y enseigne d'ailleurs le français comme toute autre langue étrangère et
j'ai eu la chance de l'étudier. J'ai appris d'autres langues par la suite...
En effet, on dit que vous parlez dix-sept langues ?
Non, il ne faut pas exagérer ! Je parle le français et l'anglais au même niveau que le
turc. Je parle assez bien le japonais grâce à ma carrière parallèle au Japon qui m'y
oblige un peu ; cela dit, j'aime beaucoup parler japonais et comme j'ai fait une partie de
mes études en Belgique, j'ai fatalement appris à parler le néerlandais, donc
l'allemand. Puis je me débrouille en arabe, en persan, en espagnol et en italien ; je les
lis et je comprends très bien... Les parler, c'est une autre chose mais lire, ça va
encore. Je peux par exemple lire un journal en espagnol comme en français. Donc, en gros,
je peux me débrouiller en dix-sept langues dont les quatre dialectes majeurs de l'Asie.
Mais de là, à les parler couramment ! Il ne faut pas insister là-dessus. Quelqu'un qui
peut parler autant de langues ! Passons. Depuis ces dix dernières années, je fais mes
propres émissions à la télévision turque tous les dimanches. Là, je me suis forgé
une autre carrière de producteur et de réalisateur et animateur de T. V. et c'est un
exemple unique. Cette émission s'apparente à 50 % à "L'école des fans" de
Jacques Martin et à 50 % à "Ushuaïa" de Nicolas Hulot. Ceci évidemment dans
toutes proportions gardées. C'est une émission destinée à la famille entière, avec
une première partie pour les enfants de moins de six ans. J'accueille les petits enfants,
on bavarde un peu, je les fais chanter, avec un orchestre complet et le public qui les
soutient, ceci pendant les vingt premières minutes. Puis la demi-heure qui suit, je
montre une partie du monde : ça peut être la Patagonie, l'Himalaya, le Pôle Nord,
l'Equateur et que sais-je encore. L'émission qui dure depuis 370 semaines (je viens de
m'arrêter pour l'été) et c'est l'émission la plus longue de toute l'histoire de la
télévision turque. Voilà. Vous avez en face de vous le chanteur qui continue toujours
sa carrière de chanteur, le programmateur, réalisateur et animateur de lémission
familiale, hebdomadaire et dominicale de télé. Jai pas mal de cordes à mon arc.
Je vais continuer dans le même registre, sur votre côté polyvalent. Vous êtes
aussi un homme de coeur et vous êtes en train de préparer un grand projet : cest,
si jai bien compris, une émission-documentaire sur le 700ème anniversaire de la
fondation de lEtat ottoman ?
En effet, lEtat Ottoman qui est devenu lEmpire Ottoman a été fondé en 1299.
Comme jai assez dexpérience en matière de documentaire, jai pris la
décision darrêter mon émission hebdomadaire pour me lancer dans ce projet. Ce
700ème anniversaire est une formidable occasion pour moi ; je ne vais pas parler
seulement des 700 ans de lEmpire mais de 2000 ans de lhistoire des Turcs. Je
pars avec mon équipe en Mongolie dabord puis en Asie Centrale pour commencer le
tournage.
En France, Jean-Paul Roux a publié «Deux mille ans de lHistoire Turque»
et nous étions un peu fâchés de ce chiffre de 2000 ans...
A mon avis cest un chiffre qui est exact. Il ne faut pas avancer nimporte quoi
car on vous demanderait de le prouver, de le justifier. Dans les archives chinoises, vous
pouvez voir que les Turcs existaient déjà au début de notre ère. LAntiquité est
un peu plus floue car il me semble que les choses se soient un peu mélangées avec les
mythologies de Ergenekon, sumérienne, hittite et encore dautres ayant existé dans
le même berceau géographique de lAsie Centrale. Je vais essayer de raconter un
petit peu le début de notre histoire. Par ailleurs, on parle de lexistence des
Turcs dans les archives arabes aux alentours de 900.Votre projet montre bien combien vous êtes un homme «touche à
tout», un homme plein de curiosité, mais déjà dans la chanson vous êtes inclassable
en Turquie.
Je suis unique, je suis UNIQUE (rires). Cela va vous paraître exagéré que je puisse
parler de moi de cette manière mais...
Cest alors quoi exactement ?
Eh bien, comme la phrase en ancien turc le dit si bien : "nevi sahsina
münhasir" (je me ressemble à moi-même), jai un style qui est propre à moi.
Vous avez inventé votre propre style, avec les longs cheveux, les bagues !
Ah, ça cest simplement laspect extérieur mais il est vrai que je ne passe
pas inaperçu avec ma tête ! Les cheveux, les bagues, le style vestimentaire, tout ceci
cest une parade, cest la façade mais... enfin ça colle ! Ca fait partie
dun ensemble, cest comme la bouteille Coca-Cola :mettez son contenu dans une
autre bouteille et vous navez pas du tout le même goût. Il sagit bien
dun ensemble. Mais, ce qui compte, jai à mon actif, 185 compositions et tout
ce qui sensuit (orchestration, paroles, etc...). Il y a lhistoire damour
entre deux boutons de manchette, celle de lâne qui écrit à son copain, celle de
Keloglan qui est un personnage légendaire de chez nous ou alors une simple histoire
damour et je puise mes éléments vraiment partout.
Je crois quand même quil y a une ligne conductrice issue des motifs turcs ?
Si vous pensez quil y en a une, si on y trouve des motifs turcs, cest normal
et je dois bien reconnaître que mon origine turque y est pour quelque chose. On
nécrit que ce quon détient en soi.
Vous êtes quelquun de grand talent, mais pourquoi nêtes-vous pas
connu en Europe ? Quels sont les obstacles pour un artiste turc qui veut se diriger vers
le mondialisme ? Comment voyez-vous la chose ?
Disons que je ne considère pas ce problème sous langle racial ou tout autre aspect
discriminatoire.
En parlant de lAfrique, les artistes de ce continent sont connus, pourquoi
pas vous ?
Cest un piège, cest un piège ! Ne me citez pas les exemples africains. Les
Africains sont des Européens avec une couleur plus foncée ! Donnez-moi plutôt un nom
dartiste suédois connu en France, ou celui dun Autrichien...
Ou un Grec ?
Non, c'est encore un piège ! Un Grec, comme l'Italien est un européen originel, il a sa
place partout !
Vos réponses sont très intéressantes !
Vos questions aussi, mais ça fait quarante ans que j'ai l'habitude qu'on me les pose et
aujourd'hui vous ne pouvez pas me citer un chanteur (ou une chanteuse) brésilien,
chilien, suédois, turc, pakistanais ou japonais connu dans le monde entier : ça n'existe
pas ! Vous ne rencontrerez jamais un artiste japonais mondialement connu, aussi bon
soit-il. Maintenant, vous avez envie d'entendre parler d'un artiste turc en France et ça
n'existe pas, ça n'existera jamais ! J'irai même plus loin : je dirai que vous ne
pourrez pas me donner le nom d'un artiste français connu aux Etats-Unis -à part,
peut-être Line Renaud-.
Mais en France, par exemple on commence à écouter le Raï.
Evidemment le Raï est la musique de certains Français.
Mais Khaled alors ?
Oui, mais la majorité de ceux qui écoutent Khaled sont des Français au teint basané.
Regardez aussi l'équipe nationale de France. La France a le luxe d'ouvrir ses portes à
qui elle veut. Ceux qui étaient français à l'époque et qui ne le sont plus maintenant
pour des raisons que l'on connaît, peuvent se considérer français, être présents en
France, s'exprimer en français ou dans leur langue d'origine parce qu'ils faisaient
partie de l'histoire de la France et aujourd'hui il y a un prix à payer pour la rançon
de la gloire. Vous ne me donnerez jamais le nom d'un artiste allemand connu en France
parce que l'artiste allemand ne représente rien pour un Français et aussi bon cet
artiste puisse-t-il être. Dans mon cas, je ne représente rien pour un Français et je ne
cherche pas à l'intéresser non plus.
Vous êtes quand
même connu au Japon ! Expliquez-nous alors ça .
Ah ça ! C'est autre chose ! Le Japonais, ce n'est pas le Français. Si vous voulez, le
Français est fermé, le Japonais lui, est ouvert.
Pourtant, en France on dirait le contraire !
Non, en France on vit un peu dans une boule de cristal et on croit quon est au
centre du monde. On rencontre ce phénomène en Turquie aussi où le monde est divisé en
deux ensembles : les amis et les ennemis des Turcs. En France, cest un peu
différent. On pense quil y a la France et le reste du monde. Au Japon, je dois vous
dire que je chante uniquement en turc sauf quand je raconte lhistoire de ma chanson
entre deux morceaux et le Japonais est très friand de tout ce qui est original. En France
les gens se moquent de loriginalité. Du moment que le produit colle à
lidentité française, tout va bien. Sil sagit de lAlgérie, du
Cameroun ou du Sénégal, il ny a aucun problème, cest la France, ce fut la
France ! Ils nont pas tellement de problèmes pour franchir les barrières. Moi je
suis un peu le dernier représentant de lhéritage culturel turco-ottoman qui
nétait pas en très bonnes relations avec la France dans lHistoire. On ne
peut pas dire que la France et la Turquie se sont jetées des fleurs durant toute leur
existence. Sans faire aucun reproche, je vous redonne un résumé de la situation : le
Français ne sintéresse pas à ce qui ne correspond pas à ses goûts.
Vous avez dit que vous étiez un représentant de lEmpire ottoman et
pourtant je vous considère très républicain ! Comment réalisez-vous cette continuité
?
Cette continuité, comme vous dites, et dabord, cette discontinuité ne devrait pas
exister ! Vous ne pouvez pas dire que les Turcs sont nés en 1923 et que rien
nexistait auparavant. Avant, lEtat Ottoman puis lEmpire Ottoman ont
donné la République de Turquie. La voilà la continuité. Le passé est très important
et il ne faut jamais loublier.
Nous sommes très sensibles à ce que vous dites là parce que notre revue
OLUSUM/GENESE gravite autour de limmigration. Le passé devient donc un élément
essentiel pour construire lavenir dans ce processus. Doù la nécessité de
créer des synthèses. Je pense que vous êtes un de ceux qui ont réalisé cette
synthèse entre le présent et le passé.
Je voudrais encore rappeler quelque chose : les Ottomans étaient une famille, une
dynastie comme les Bourbon, les Habsbourg, les Tudor ou les Hohenzollern qui ne
représentaient pas forcément un peuple et un passé. Comme on en avait parlé au début,
de ce sentiment universel de lEtat Ottoman, je voulais juste remettre les choses
dans leur contexte : à lépoque de François Ier et de Charles Quint, Soliman le
Magnifique régnait sur les Turcs et jutilise le mot «Ottoman» pour un certain
prestige qui a existé durant sept siècles. Pendant ces sept siècles, la France avait en
face delle une force de frappe non négligeable qui était les Turcs qui se
battaient pour la dynastie. Quand jentends des expressions telles que «tête de
Turc», «fort comme un Turc», je pense quils donnaient du fil à retordre aux
Français et je pense que ces derniers en ont toujours eu des craintes. A lépoque,
les Français ont toujours négligé cette identité ottomane et ils nont jamais vu
en face deux un empire. Dans le passé, les Turcs se battaient contre eux et
aujourdhui, ce sont ces mêmes Turcs et leurs jeunes générations qui viennent
travailler en Europe. De ce fait, aujourdhui, ils négligent lEtat turc, la
République turque comme ils ont négligé autrefois lEmpire Ottoman. Enfin...
Je vais maintenant faire lavocat du diable ! Je pense que la Turquie donne
des occasions aux pays européens pour se faire battre ! Que faire pour quon ne
parle pas de la Turquie quand il sagit des droits de lhomme ou de la torture ?
Si vous voulez mon point de vue, la Turquie ne devrait jamais aborder ce problème là...
Vous voulez parler des droits de lhomme... ?
Oui mais attention ! Voilà encore quelque chose à prendre avec des pincettes ! Je me
demande sils existent vraiment en France ou ailleurs ! Quon ne me raconte pas
de bêtises là-dessus car selon le passage des différents gouvernements à gauche et à
droite, ces droits ont plus ou moins dimportance dans le monde. Quon ne me
dise pas que les droits de lhomme existent en France quand on voit ce qua fait
la police aux hooligans, de même que ce qua fait la police turque avec les
hooligans à Istanbul. Lacte est le même ! Encore un exemple plus drôle : je suis
arrivé à Monaco avant hier et jai eu à attendre un quart dheure de plus
parce que javais à remplir une fiche jaune à laéroport de Nice. ça fait
des centaines de fois que je suis venu dans ce pays et je nai jamais eu à remplir
quoi que ce soit à un poste-frontière si javais un passeport et un visa valables !
Ici il y a déjà une discrimination, car un Français peut entrer dans mon pays sans
aucun visa ! Par contre, je suis indigné quand je vois ce qui se passe dans les prisons
turques ou ailleurs, comme tout le monde. Mais quon ne vienne surtout pas me parler
des droits de lhomme quand la libre circulation des personnes et des biens
nest pas réalisée entre les pays de la communauté européenne ! Je suis outré de
voir que des intellos danois, français ou autres viennent en Turquie et se mêlent du
fonctionnement interne de la loi alors que des problèmes similaires existent aussi chez
eux ! Je pense aussi que la Turquie ne devrait jamais soulever lidée
dalignement auprès des pays de lEurope.
Que faire alors de ces sept cents ans dhistoire commune ? Pourquoi alors la
Turquie a tellement insisté pour entrer dans cette Europe ?
Je ne sais pas ! Dailleurs je ne suis absolument pas daccord. La Turquie
nest surtout pas un pays européen. Atatürk disait quon allait vers
loccidentalisme mais en aucun cas vers leuropéanisme. Il ne faut pas
mélanger «Occident» et «Europe» qui sont deux notions bien distinctes lune de
lautre. LOccident représentait un mode de vie meilleur, si lon peut
dire, mais en aucun cas il fut question de rejoindre lEurope qui est un club privé.
Il était question de se développer, de vivre autrement, de vivre mieux, décemment et on
peut ajouter dautres détails encore. Hier matin, on ma bien fait comprendre
à laéroport de Nice que la Turquie ne fera jamais partie du club européen, voilà
tout !
Aujourdhui, la Turquie est dans une passe difficile. A-t-on touché le fond,
y a-t-il une amélioration, quels sont les atouts dont dispose ce pays ? Vous aviez eu un
moment donné un idéal politique, quen est-il ?
En effet, jai commis une grande erreur ! Des gens influents mont dit que
jétais de ceux qui pouvaient faire évoluer les choses et jy ai cru un
certain temps, douze jours, et jai cru quils avaient décelé en moi des
potentiels cachés, des possibilités que jignorais et pendant douze jours je me
suis trompé sur ma future mission en tant que maire de Kadiköy (la mairie la plus grande
de Turquie), la circonscription la plus importante dIstanbul. Les sondages
métaient favorables mais ils mont également montré avec qui jallais
faire équipe. Si je vous dis que jai failli travailler avec quelquun du genre
de Bernard Tapie, vous me suivez nest-ce-pas ?!
Vous êtes un intellectuel turc. Quelle est la mission dun intellectuel turc
?
Pour être sincère, tout le monde ne peut pas agir sinon on va vers une véritable
compote ! Cependant je pense que, pour cela, si chacun accomplissait sa tâche de façon
intègre, sincère et efficace, les choses évolueraient autrement. Moi, jy
contribue par mon art et je pense quune citoyenneté se mérite. Sans patriotisme
aucun, je dois être fier de ce que je porte. Les artistes ne sont pas nécessairement un
bon exemple. Pour sexprimer, un artiste doit être libre et sil commence à
réfléchir quant à son intégrité, il ne pourra pas être et vivre ce quil est
vraiment.
Des mauvaises langues disent quen ce moment, pour une reconnaissance
mondiale, un artiste de Turquie doit être prêt à «cracher dans la soupe» ! Quen
pensez-vous ?
Mais cest évident ! Combien de fois et je peux même citer des pays, en commençant
par la Suède... En France, il faut être honnête, je ny ai pas été confronté ;
mais, je répète, quen Suède, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, à la RTBF,
à la WDR... Il était clair que si je voulais que mes chansons passent sur les ondes, je
devais dire des méchancetés sur mon pays et sur ceux qui le dirigent. Jai
évidemment refusé et même dénoncé ces gens-là, qui men ont dailleurs
voulu pendant des années. Jai été taxé de nationaliste, alors que je ne le suis
pas. Patriote, oui, certainement, mais pas nationaliste. Il ne faut surtout pas mélanger
; vatansever cest une chose et milliyetçi en est une autre
! Pendant dix-quinze ans, on ma pris pour un personnage nationaliste, parce que je
dénonçais le comportement de certains programmateurs européens qui mindignaient.
Nous approchons dun nouveau millénaire et comment voyez-vous les choses
pour la Turquie dune part et pour vous dautre part ?
Pour commencer, je ne suis pas de caractère optimiste. Par contre, je ne suis pas du tout
pessimiste pour la Turquie, car je ne connais pas beaucoup de pays qui, avec plus de 150 %
dinflation, soient encore debout. Et puis, prenez une carte, regardez ; on est
vraiment entouré par des amis : Iran, Irak, Syrie...! Il est vrai que beaucoup de gens
souffrent dénormes disparités de revenu mais la situation densemble
nest pas si mauvaise : on voit de moins en moins de problèmes liés à
largent sale, à la drogue etc... Je pense que lon va sen sortir dans un
proche avenir.
Est-ce que vous suivez de près la gestation socio-culturelle que connaît
limmigration turque en Europe ?
De très près, non. Je suis parti avec nombre de mes compatriotes vers lEurope, je
nétais pas ouvrier mais simplement immigré et jai vécu presque trente ans
avec les immigrés de Belgique et dAllemagne. Je les ai vus lors de mes concerts et
représentations et je ne connais pas leur mode de vie à lusine, sur les chantiers.
Moi, je connais comme tout le monde, le fond du problème. Mais cest une vaste
question. Simplement je me contenterais de faire remarquer que la troisième, voire la
quatrième, sont trop coupés de la Turquie.
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