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QUESTION ARMENIENNE

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Turquie : des historiens brisent le tabou sur la question arménienne

Le Monde - 26/09/2005

 

C'est peut-être le quotidien Radikal (gauche libérale) qui a le mieux cerné l'événement marquant de l'actualité en Turquie, huit jours avant le début prévu des négociations d'adhésion à l'Union européenne : la tenue de la conférence ­ deux fois reportée ­ prudemment intitulée "Les Arméniens ottomans au temps du déclin de l'empire". Radikal a titré : "La Conférence a eu lieu. Le mot "génocide" y a été prononcé. Le monde continue à tourner. La Turquie est toujours là."

L'ironie se veut à la mesure de la force du tabou qui frappe encore, en Turquie, toute discussion sur ce que divers autres pays qualifient de génocide des Arméniens d'Anatolie, en 1915-1916. L'évoquer peut entraîner des menaces de mort ou des poursuites judiciaires pour "dénigrement public de l'identité turque" , comme l'a appris à ses dépens l'écrivain Orhan Pamuk.

Bravant cet interdit, des historiens turcs avaient prévu d'organiser, en mai, une conférence de collègues "non orthodoxes", c'est-à-dire qui ne se contentent pas de répéter la version officielle turque, qui reconnaît la réalité de massacres d'Arméniens mais assure que ces derniers, aidés par les armées qui dépeçaient alors l'Empire ottoman, ont tué un plus grand nombre encore de Turcs. La conférence avait été annulée au dernier moment, le ministre de la justice ayant qualifié ses organisateurs de "traîtres" .

La conférence avait été reprogrammée le 23 septembre, avec l'accord du gouvernement, soucieux de son image en Europe. Mais le 22 au soir, un tribunal administratif, saisi par des avocats nationalistes, s'est opposé une nouvelle fois à sa tenue, réclamant au préalable des renseignements sur son financement. L'UE a dénoncé cette "tentative d'empêcher la société turque de débattre de son histoire". Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a condamné l'arrêt du tribunal au nom de la liberté d'expression. Et le ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, a estimé que "les Turcs sont imbattables dans l'art de se faire du mal" ...

Le salut est venu de l'université privée Bilgi qui, non visée par l'arrêt administratif, a accueilli la conférence samedi 24 et dimanche 25 septembre... pendant que les policiers laissaient 200 nationalistes, de droite et de gauche, manifester devant l'université et lancer des oeufs sur les "traîtres" qui y entraient.

La plupart des journaux, plutôt hostiles à la conférence en mai, ont salué, dimanche, sa tenue. Les organisateurs s'en sont réjouis, estimant que l'opinion en sera influencée et que les historiens turcs "orthodoxes", même s'ils restent majoritaires, ne pourront plus s'imposer comme avant. "Cette conférence pourrait aussi ouvrir la porte aux débats sur toutes sortes de problèmes, au-delà de celui de l'Arménie" , a estimé l'un des participants, Etyem Mahcupyan.

  

 

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