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A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

QUESTION ARMENIENNE

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Timide « première » à Ankara

Hassane Zerrouky
L'Humanité - 15/04/2005

 

Turquie. Le Parlement a entamé un débat sur les massacres de centaines de milliers d’Arméniens perpétrés entre 1915 et 1924 mais réfute le terme de génocide.

Pour la première fois dans l’histoire de la Turquie moderne, le Parlement turc a entamé un débat sur un sujet considéré jusque-là comme un tabou, le génocide arménien. Ankara refuse cependant de qualifier les tueries de masse d’Arméniens vivant sur le territoire turc qui avaient débuté le 15 avril 1915 pour ne prendre fin qu’en 1923 de génocide. Si la Turquie reconnaît que des massacres ont été perpétrés, elle conteste le chiffre de 1,2 million de morts avancé par l’Arménie et corroborés par les travaux de nombreux historiens. Pour elle, il s’agissait d’une répression dans un empire [l’Empire ottoman] en déclin, qui se serait traduit par la mort de 300 000 personnes, répression qui aurait été, selon Ankara, perpétrée par des bandes kurdes lors de leur déportation vers la Syrie. Une thèse que rejettent les organisations arméniennes.

Ce débat, premier du genre, a été convoqué par l’AK (Parti de la justice et du développement) majoritaire au Parlement et l’uni- que et principal parti d’opposition siégeant dans l’Assemblée nationale turque, le CHP (Parti républicain du peuple). Il doit se clore par l’adoption d’une déclaration commune qui sera envoyée aux Parlements de plusieurs pays européens et au Congrès américain.

Les pressions internationales et la perspective de l’adhésion à l’Union européenne ne sont pas étrangères au fait que la Turquie ait décidé d’ouvrir ce dossier et de tenter de tourner cette page sombre de l’histoire

du pays. D’autant que le 24 avril, l’Arménie et les communautés arméniennes à travers le monde s’apprêtent à commémorer le 90e anni versaire du génocide. Elle va donc tenter de contrer la campagne qui s’annonce pour la reconnaissance en tant que génocide des massacres d’Arméniens de 1915-1924. Pour ce faire, elle a sollicité la collaboration de l’Arménie, pays qu’elle a reconnu en 1990, mais avec qui elle n’entretient aucune relation diplomatique, pour mettre en place une commission mixte afin de faire la lumière sur cette tragédie. Pour l’heure, Erevan n’a pas donné suite à cette proposition.

Une chose est sûre, la Turquie se trouve bel et bien au pied du mur. Elle ne peut continuer à se dérober sur ce dossier sensible pour les millions d’Arméniens en exil. En plus de l’épineuse question de l’occupation militaire d’une partie de Chypre, plusieurs pays de l’Union européenne, dont la France, l’ont appelé à un « travail de mémoire » et affirmé que ce sujet devra être réglé avant le début de ses négociations d’adhésion à l’UE, programmé pour le 3 octobre. Pas question pour ces pays qu’Ankara solde à bon compte son passé. D’autant qu’ils sont nombreux en France et en Europe, ces hommes politiques à ne pas hésiter à se saisir de la tragédie arménienne de façon politicienne pour faire barrage à l’adhésion de la Turquie à l’UE alors que durant la guerre froide, ils avaient fait montre d’un silence assourdissant sur ce sujet, comme ils n’avaient que mollement protesté quand les troupes d’Ankara avaient envahi Chypre en 1974.

 

 

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