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Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

QUESTION ARMENIENNE

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LA QUESTION ARMENIENNE
Conflit, Traumatisme et Objectivité

TÜRKKAYA ATAÖV


Traduit de l'anglais par G.D.

Préface

SAM PAPERS est une série de publications en anglais issue du Centre de Recherches Stratégiques, affilié au Ministère des Affaires Etrangères Turc. Il est publié de façon sporadique à partir de faits composés de monogrammes, de critiques, de minutes, de colloques et du genre de données qui suit.

Reconnu non-seulement pour ses nombreux travaux donnant matière à réflexion sur la question de l’Arménie mais aussi sur les aspects divers de conflits anciens ou contemporains, le Professeur Türkkaya Ataöv, spécialiste en Relations Internationales, réagit cette fois à un ensemble d’articles parus dans une édition de l’été 1994 du Journal de Sociologie Militaire et Politique. On peut dire, en citant James Russell Lowell, qu’" un scepticisme éclairé est le premier atout d’un bon critique " quand on considère les points de critiques et les nouveaux éléments que le Professeur apporte.

Le traité du Professeur Ataöv, intitulé La question arménienne : Conflit, Traumatisme et Objectivité comme le monogramme précédent, doit être considéré comme une contribution à l’appréhension du sujet.

Le Journal de Sociologie Militaire et Politique (Illinois, USA) a publié dans un de ses numéros récents (n° 22/1, été 1994) cinq articles sur la " question arménienne " écrits par le Professeur Vahakn N. Dadrian, un chercheur américano-arménien. Il déclarait que 4 des essais ont été adaptés d’autres publications. Le Dr. Richard Falk, Professeur de Droit International à l’Université Princeton et Dr. Roger Smith, Professeur d’Education Civique à la Faculté William and Mary et l’éditeur invité de cette publication présentent le sujet en accord parfait avec Dadrian apparemment.

Aucun de ces 3 écrivains n’emploie une perspective historique suffisamment ouverte. Il semblerait qu’ils aient évincé mille ans de relations turco-arméniennes, lesquelles étaient amicales, même si elles étaient connues ou pas de ces messieurs, voire fraternelles. Les textes sur les " années paisibles ", c’est-à-dire du début du XXème siècle, sont déjà considérables en volume bien que comprenant peu de données fiables. Comparativement, il existe très peu de choses imprimées sur les siècles de coexistence et de coopération. Les Turcs qui ont affronté Byzance et non pas les Arméniens à la Bataille de Malazgirt (Manzikerd, 1071) reconnurent en 1461 l’Eglise Arménienne (Grégorienne) quand elle a été rejetée par des centres chrétiens connus.

Aucun de ces 3 auteurs ne présente une combinaison de facteurs étroitement liés. Les universitaires ne sont pas seulement supposés considérer des points de vue opposés mais aussi d’utiliser des approches interdisciplinaires. Le jugement final en histoire, surtout dans un cas aussi controversé que le conflit turco-arménien, ne peut être rendu en faveur que d’un protagoniste ethnique dans une dispute. Dans la plupart des cas, un camp sera décrit comme étant   " idéalement blanc " et l’autre, " sinistrement noir ".

Dans toutes ses présentations, le Professeur Dadrian dépeint les Turcs comme des sauvages cruels, féroces, grossiers et barbares et les Arméniens comme des victimes, des proies abandonnées aux mains de leurs terribles ennemis. Dans les publications de plusieurs auteurs occidentaux tels que Dadrian, les Turcs ne sont jamais les victimes. Cette approximation est une simplification exagérée et infondée sans cohérence avec le phénomène historique. Après des siècles de coexistence pacifique, ce dont Dadrian ne traite dans aucun de ses écrits, les Arméniens, épaulés par des cercles étrangers, considéraient leurs voisins musulmans comme des rivaux en Anatolie Orientale et dans le Caucase dont la majorité n’était composée que de ces derniers. Les Arméniens qui n’avaient aucune prépondérance en Anatolie Orientale, ont coopéré lors de la Première Guerre Mondiale, avec les Russes, agressifs et envahissants, sans l’aide de qui, ils n’auraient eu aucune chance d’avoir une patrie. Le territoire, soit en Anatolie Orientale, soit dans la quasi-totalité du Caucase - que les Arméniens revendiquaient comme étant le leur - était largement peuplé par des non-Arméniens. La réalité démographique désapprouvant les desseins arméniens, risquerait d’être changée par des appuis extérieurs et par l’épuration ethnique.

Une bonne partie de l’histoire de l’Anatolie, du Caucase, des Balkans et de la Russie Méridionale ne peut être comprise sans une juste appréhension des morts et des réfugiés musulmans. Seulement à peu près 2 siècles auparavant, les Musulmans, pour la plupart des Turcs, constituèrent des majorités écrasantes, ou des pluralités, ou encore des minorités chiffrables dans ces territoires. Le déclin ottoman au XIXème siècle, particulièrement après la guerre russo-turque de 1877 à 1878, a encouragé néanmoins le terrorisme séparatiste arménien ainsi que l’expansion de quelques voisins, essentiellement la Russie et les peuples chrétiens des Balkans. Les Turcs étaient, alors soit massacrés, soit contraints de migrer. Des millions furent exterminés et des millions ont fui. La population de la République Turque contemporaine est essentiellement constituée des descendants des immigrants qui ont survécu. Un grand lot d’écrivains occidentaux, y compris Dadrian, Smith et Falk, ignorent le massacre et l’exil forcé des Musulmans, essentiellement Turcs, depuis les Balkans, la Crimée et le Caucase.

Chaque fois qu’il y a une tentative de défier cette approche partiale et erronée, il y a aussitôt une levée de boucliers, une accusation unanime de " révisionnisme " comme si réviser une interprétation acquise serait universitairement impossible et déplacé. La falsifiabilité est un critère dans les normes universitaires. Toute théorie avancée devrait faire l’objet d’une vérification. Toute littérature existant sur un problème donné, doit être localisée et analysée et quand des indices nouveaux sont obtenus de façon suffisante, la validité des anciennes généralisations doit être re-contrôlée. Il est inutile de s’accrocher à l’hypothèse de départ qui est souvent incomplète. L’Université et ses normes sont comme un bâtiment en réfection constante. Perpétuer les ensembles de croyances existants n’est pas nécessairement une approche scientifique. Non pas seulement un ensemble de faits mais aussi savoir comment un problème a été formulé au départ est très important. De nouvelles dimensions, telles que celles qu’ont introduit quelques universitaires turcs, peuvent changer l’approche et les paramètres. Contrairement à ce que le Professeur Falk a écrit, certains points de vue turcs ne sont pas juste " une propagande douteuse " et " une méthode universitaire dénuée de sens ". J’ai prouvé par exemple, au delà de tout doute, qu’une photo à priori représentant une montagne de crânes humains " d’Arméniens massacrés " en 1915, était en fait une peinture à l’huile d’un artiste russe (L’Apothéose de la Guerre par Vassili Vereshchagin) décédé en 1904.

Dadrian n’accorde aucune crédibilité aux points de vues qui ne servent pas son but bien précis. Par exemple, les Ottomans, à travers le système Millet, tolérèrent une autonomie considérable à toutes les communautés religieuses. Les Turcs n’ont pas mené une politique de conversion religieuse sauf pour le cas spécifique des Janissaires. Dadrian ne considère absolument pas cette longue tradition ottomane de tolérance, pas plus qu’il ne reconnaît le lourd tribut que les Turcs ont payé pour celle-ci. Il ne mentionne pas non plus l’intervention de puissances étrangères dans les affaires intérieures ottomanes, sous prétexte de protéger les minorités, essentiellement les Arméniens. Les missionnaires étrangers ont établi un sens de la communauté parmi les membres des minorités chrétiennes de l’Empire Ottoman au nom des pouvoirs impérialistes chrétiens. Ils ont même procuré aux minorités chrétiennes un statut supérieur.

Les affirmations de Dadrian traitent des périodes 1909 et 1894-96 pendant lesquelles il déclare que " plus d’un million d’Arméniens a été mis à mort ". Il qualifie les procès et les sentences du Sultan Abdülhamid comme " burlesques ", et persiste à dire que les Turcs ont subi de " bien doux châtiments ". Il ne fait aucune référence au rapport d’un capitaine anglais, Charles Boswell Norman, disant que les Osmanli (les Ottomans) devraient être entendus au plus vite. Norman cite des faits qui rejettent le blâme sur " les réels instigateurs de la rébellion en Anatolie ". Envoyé en Turquie en tant qu’officier de l’Artillerie Royale, le Capitaine Norman déclare que jusqu’à présent les Anglais n’ont eu que " la version arménienne des turbulences, embellies par les plaintes hystériques de leurs confrères anglais ". Il maintient que l’Angleterre a encore à apprendre que " les remous en Asie Mineure sont un produit direct d’un mouvement anarchiste répandu duquel elle a été le soutien inconscient ". Prenant en compte qu’il y a eu tellement d’écrits " dans le but secret de montrer les Arméniens sous un meilleur jour, comme un modèle de douceur et les Turcs comme le summum de la cruauté, le capitaine Norman a jugé nécessaire, " dans l’intérêt de la paix, la vérité et la justice, de souligner les projets et les objectifs des révolutionnaires arméniens ". Il note que le Comité Hunchack était " directement responsable pour toutes les effusions de sang en Anatolie dans les cinq dernières années ". Il souligne : " prétendre que ces événements regrettables qui ont noyé l’Anatolie dans le sang étaient des assauts injustifiés de Mahométants sur des Chrétiens est faux... Les hostilités ont été ouvertes par les Arméniens ". Il fait référence à un Manifeste daté de novembre 1895 et adressé aux Arméniens de la région de l’Adana : " Aux armes ! ... Prenons nos sabres et fondons sur l’ennemi ". Se référant à un autre Manifeste de la part des Arméniens Zeitoun, il dit que " ceci prouve parfaitement que les hostilités ont été lancées par les Arméniens. " Il ajoute que les correspondants britanniques, commentant " les soi-disantes atrocités de Sassoun, étaient largement dupées par des Arméniens manipulateurs. " Notant que l’émouvante histoire des " matrones arméniennes jetant leur progéniture depuis la falaise sur l’Antokh Dagh pour s’y jeter elles-mêmes ensuite afin de ne pas être déshonorées est un pur mythe ", il écrit que, non seulement les chiffres des populations arméniennes étaient largement gonflés mais aussi ceux des victimes. Par exemple, à Berecik, là où 2000 Arméniens étaient supposés avoir trouvé la mort, assassinés, le Capitaine Norman dit que " 5 vies furent perdues. "

Les troubles arméniens et là où se trouve la responsabilité est le titre d’un livre écrit par un correspondant d’un journal new-yorkais qui a apparemment reproduit sous forme de pamphlet, les 5 lettres qu’il a écrites et envoyées d’Istanbul. Pensant que toute l’atmosphère autour des événements de Sassoun en 1894 a été " polluée par des erreurs et des exagérations ", il déclare que les troubles ont été " amenés par des comités révolutionnaires arméniens ". Il cite l’article du Révèrent Cyrus Hamlin dans Le Congrégationiste du 23 déc. 1893 : " Un parti révolutionnaire arménien (...) une organisation secrète (...) menée par une volonté de tromper... (détient) les plus grands espoirs de mettre en place l’entrée de la Russie dans l’Asie Mineure pour prendre possession (...). Ces bandes Huntchaguistes (...) guetteront l’opportunité de tuer (...) incendier leurs villages et ainsi programmer leur fuite dans les montagnes. Les Musulmans pris de rage s’insurgeraient pour tomber sur des Arméniens sous défense (...) (et) la Russie entrerait ainsi au nom de l’Humanité (...). Ce parti révolutionnaire (...) est d’origine russe ; le pouvoir et l’or russes le gouverne. " L’auteur cite le correspondant AP qui dit que les conspirateurs arméniens assassinèrent le révérend Edward Riggs et 2 autres missionnaires américains et firent porter le chapeau aux Turcs. Comme pour l’anecdote des femmes arméniennes qui, au lieu de " subir le déshonneur, livrées aux moins de (leurs) persécuteurs Turcs ", se jetaient dans une abîme jusqu’à ce que ce ravin fut rempli de corps, le correspondant américain dit que " cette horrible péripétie est une reproduction, embellie de rajouts pour servir l’occasion, d’un vieux comte mis en poésie des années auparavant par Madame Hemans sous le titre de " La Mère Suliote. " Il écrit : " La provocation et l’intimidation semblent être le programme des révolutionnaires arméniens. "

Les groupes terroristes arméniens continuèrent à attaquer, assassiner et détruire. Mais chacun de ces faits était présenté à l’opinion publique du monde comme " extermination " unilatérale, les chiffres divulgués grossissent par milliers. Par exemple, l’auteur arménien H. Pastermadjian écrivit que 3500 Arméniens furent tués lors de la rébellion de Sassoun en 1894. La Révolution A. W. William, marchant avec un auteur arménien, cite un plus grand chiffre : 6000. La mission noire protestant Edwin Bliss dit que les pertes arméniennes étaient " au moins de 6000. " Cependant, le premier rapport des consuls étrangers divulguent un chiffre bien moins important : 265 et sans précision sur les pertes côté turc.

Les autorités ottomanes condamnèrent les Arméniens aussi bien que les Turcs pour avoir défié, bafoué la loi. Souvent, le sultan pardonnait les Arméniens condamnés. C’était le cas même quand un groupe d’Arméniens tentèrent de le supprimer le 21 juillet 1905.

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Aucun rapport équilibré, pondéré ne peut être rendu sur les relations Turco-Arméniennes sans passer par une présentation générale de la destinée des Turcs. La révolte grecque des Grecs en 1829 illustre d’autres insurrections contre le régime ottoman. Les Grecs auraient éliminé apparemment chaque Turc qu’ils rencontraient. Des populations turques entières de villages, de villes, de métropoles ont été expulsées et massacrées. Les Turcs ont " résisté " comme toutes les minorités qui voulaient établir leur propre état sur des territoires où les Musulmans étaient majoritaires. La campagne d’éradication des Turcs, soit par meurtre, soit par épuration ethnique a été conduite à maintes reprises pendant et après plusieurs autres conflits armés, menés sous la bannière de l’indépendance nationale. Les peuples musulmans, essentiellement des Turcs, des Balkans, du Caucase et de Russie Méridionale étaient soit tués, soit contraints d’émigrer d’Anatolie. Les Turcs d’Anatolie ont également souffert d’innombrables pertes. Cela ne veut pas dire, cependant, que les Musulmans étaient les seuls à souffrir mais cette interprétation unilatérale de l’histoire ottomane doit être corrigée.

Il est aussi non-scientifique que partial de taxer de " révisionnistes " tous ceux qui remettent en cause le point de vue unilatéral qui considère les non-Musulmans comme victimes et les Turcs comme des bourreaux. Il existe également une histoire des Turcs en tant que victimes, rôle dans lequel on ne les voit pas d’habitude. Même si les Turcs ont rendu la pareille aux minorités chrétiennes quand ils les ont rencontrés en premier, celles-ci auraient pu survivre sur des terres sur lesquelles elles ont vécu depuis des temps immémoriaux comme majorités. Le système ottoman Millet permettait à chaque communauté religieuse en auto-gestion sous l’autorité de ses dirigeants propres. Chaque Millet qui jouissait de liberté religieuse, établissait et maintenait ses propres institutions, y compris les tribunaux, les écoles et des systèmes d’action sociale.

Pendant et après chaque guerre que menaient les armées ottomanes au 19ème siècle et au début du 20ème, des groupes minoritaires appuyés par les grandes puissances de l’époque, se révoltaient. Les Ottomans, qui avaient peu de reconnaissance extérieure pour leur tolérance religieuse traditionnelle, ont payé un lourd tribu pour cela. Plusieurs puissances étrangères sont intervenues dans les affaires extérieures ottomanes, pour protéger ostensiblement les minorités chrétiennes. Les missionnaires leur avaient procuré le sens de l’entraide avec les puissances impériales.

Une vaste région des environs de la Bosnie en Asie Centrale en passant par la Russie Méridionale et la région du Caucase, était non pas seulement un territoire où les Musulmans régnaient mais un monde où ceux-ci constituaient aussi bien la majorité, la pluralité qu’une minorité quantifiable. L’Empire Ottoman, luttant pour survivre, essayait de défendre ses citoyens musulmans pour les sauver du massacre et de procurer refuge à tous ceux qui tentaient d’échapper cette perpétuelle boucherie. Ceci est la raison pour laquelle tant de citoyens de la République Turque contemporaine sont les fils et les filles d’immigrants de Yougoslavie vers l’Arménie. Les publications occidentales comptabilisent, de façon exagérée, uniquement les souffrances des Arméniens, des Bulgares, des Grecs et d’autres peuples chrétiens.

Pendant un siècle à peu près (1821-1922), ce furent les Turcs qui étaient les principales victimes. Les pertes turques commencèrent lors de la révolte, l’insurrection des Grecs qui procure au reste des Chrétiens de l’Empire Ottoman, un mode d’emploi. La révolution des Grecs commença par l’assassinat des personnalités ottomanes et a perduré avec le meurtre à grande échelle des habitants musulmans de plusieurs villes, villages tels que Kalavryta, Kalamata, Missolonghi et Krachori. Même ces Turcs à qui on avait garanti la sécurité, furent massacrés dans des secteurs paisibles. Les Turcs de Grèce étaient sur le chemin d’une Grèce indépendante. Quand le royaume Grec dans le Morea a été instauré en 1830, " un état grec venait d’exister mais une nation grecque était encore à élaborer. "

Arméniens et autres suivirent l’exemple grec de création d’une Nation-Etat en massacrant et expulsant les Turcs et les autres musulmans. Les Tatars de Crimée, un peuple turc, furent les premiers à souffrir d’une expansion russe. La seule exception à cette boucherie générale et cette émigration forcée de musulmans fut la Guerre Turque pour la Libération Nationale (1919-22). Mais même à cette période initiale les Grecs ont tenté l’épuration ethnique des Turcs en Anatolie Occidentale. Très peu de sources occidentales prennent en compte des attaques arméniennes envers des musulmans. Ce fut l’expansion et l’assistance russe envers les Arméniens principalement qui instaurèrent une domination politique et démographique sur les Chrétiens du Caucase. Comme ce fut le cas dans les Balkans et en Crimée, les Musulmans furent repoussés et les Chrétiens pénétrèrent de nouvelles régions. Comme pour le cas de Sofia dans les Balkans, Erevan était jusqu’en 1827 une province à majorité musulmane. La brochure intitulée Eliminer la Turquie et signée par Vahan Cardashian, un Arménien vivant à New-York en 1918, est un autre exemple de cette même attitude " traditionnelle ".

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Dadrian prend seulement en compte le fait crucial qu’un nombre substantiel d’Arméniens, sympathisant avec les objectifs du gouvernement russe, ont combattu les Ottomans (et les Perses depuis le siècle dernier). Les partis politiques arméniens travaillèrent comme des organisations terroristes ayant recours à la violence et au meurtre en masse. Ils agirent en espions, furent armés par des puissances étrangères et accueillirent éventuellement des forces armées d’envahisseurs. Les Arméniens programmèrent avec les Russes environnants, le massacre des Turcs et l’émigration forcée de ceux qui étaient restés jusqu’à ce que de vastes contrées se fussent libérées pour accueillir la souveraineté du peuple arménien. Des vagues de Musulmans comme les Abkhaz, les Tchétchènes, les Circassiens, les Daghestanais, les Ingush et d’autres encore n’auront pas d’autre alternative que de fuir vers l’Anatolie.

Le conflit turco-Arménien connut une montée en puissance à la veille de la 1ère Guerre Mondiale et atteignit son paroxysme durant l’extrême tension du début de la Guerre. Il serait opportun de se référer ici à deux sources arméniennes importantes. Hovhannes Kachaznouni, un des leaders de tête du parti Deshnak et le Premier Ministre de la République Indépendante d’Arménie, écrivirent : " Alors que la Turquie n’était pas encore entrée en guerre... des groupes de volontaires arméniens commencèrent à s’organiser avec grand zèle et fracas en Transcaucasie. Malgré la décision prise quelques semaines auparavant au Comité Général à Erzurum, le Dashnagtzoutune aide activement l’organisation desdits groupes et plus particulièrement en les armant contre la Turquie. Lors de la Chute de 1914, des groupes de volontaires arméniens furent formés et combattirent les Turcs... " Un autre Arménien écrivit : " ... les leaders de la section Turco-Arménienne du Dashnagtzoutune n’ont pas tenu leur promesse de loyauté envers la cause turque quand les Turcs entrèrent dans le conflit... Ils furent évincés dans leurs actions par les intérêts du gouvernement russe... Un appel fut envoyé aux volontaires arméniens pour combattre les Turcs sur le Front Caucasien. "

Quand le Catholicos d’Etchmiadzin écrivit au Comte Illarion Ivanovich Vorontsov-Dashkov, le Gouverneur Général du Caucase, en lui offrant en plus de sa congrégation en Russie, " la sincère dévotion des Arméniens de Turquie ", l’officiel russe voulut que les actions menées par les Arméniens de part et d’autre de la frontière soient conformes à ses " instructions ". Il avait ajouté : " J’aimerais vous demander, grâce à l’exercice de votre influence sur votre congrégation, dans le cas où une guerre Turco-Russe viendrait à éclater, de vous assurer que nos propres Arméniens, avec ceux habitant les régions frontalières, accomplissent les tâches qui leur seront confiées, aussi bien avec les circonstances présentes valables en Turquie que dans l’avenir. "

Dadrian cite l’Ambassadeur américain Henry Morgenthau qui écrivit que " les Arméniens dans toute la Turquie sympathisèrent avec la Triple Entente. " Ce n’est pas toute la vérité. Cette " entente " arménienne entreprit, selon des sources arméniennes en plus de documents ottomans, des vagues de sabotage et de révoltes armées de façon systématique et pas seulement sporadique. Les Arméniens désertèrent en masse l’armée ottomane. Ils se sont révoltés dans beaucoup d’endroits, détruisant les lignes télégraphiques, tuant personnalités officielles, soldats et civils et pillant les arsenaux. Ils constituèrent des troupes sous le commandement de leurs propres hommes et aussi sous celui des officiers russes. Ils facilitèrent l’avancée des armées russes et empêchèrent la retraite des troupes turques. Ils attaquèrent les quartiers et villages musulmans, brûlant les maisons et détruisant tout ce qui était musulman.

L’assertion totalement trompeuse de Dadrian certifiant que quand les Turcs commencèrent à " violer les jeunes filles et les femmes arméniennes ", ces recours furent rapportés aux autorités ottomanes comme étant " des rébellions arméniennes ", a été détrompée par une mine de documents arméniens. Il y a d’amples publications arméniennes pour venir prouver leur large implication dans la guerre aux côtés des ennemis de la Turquie. Par exemple, Garo Pasdermadjian, ancien député arménien au Parlement Ottoman, qui échoue à la candidature de général commandant les innombrables troupes arméniennes, argumentera plus tard que la participation arménienne aux hostilités était le facteur prépondérant pour gagner la guerre. Dans un autre ouvrage, il défendait le point stipulant qu’il était nécessaire de disposer d’une Arménie indépendante à cause de son rôle à jouer dans cette guerre. Le livre de Pasdermadjian relate, de première expérience, la belliquosité arménienne en contradiction avec les assertions minimisantes à outrance de Dadrian. Le général arménien Gabriel Gorgarian publie également une série d’articles sur le sujet. Plusieurs régiments et bataillons furent formés sous le commandement de Garo, Antranik, Kari, Vartan, Hamazasp, Dro, Khatcho, Mourat et d’autres encore.

Plusieurs civils arméniens exposent ce même fait indéniable. Par exemple, Bogos Nubar, le porte-parole de la délégation arménienne à la Conférence pour la Paix à Paris, déclare dans une lettre officielle datée du 30 Nov. 1918 et adressée au Ministre des Affaires Etrangères, S. Pichon, que " les Arméniens, depuis le début de la guerre, ont été des belligérants de Facto. " La lettre distincte de Bogos Nubar, sur ce même sujet a été imprimée dans le Times of London. A. P. Hacobian, un autre écrivain arménien, admet que les Arméniens court-circuitèrent les lignes turques et appuyèrent la " cause russe ". Il ajoute que " l’appui arménien a contribué de façon matérielle au succès des armées russes sur le champ de bataille caucasien. " Il y a également suffisamment de publications occidentales, de livres français et anglais et des articles par exemple, prouvant la belligérance arménienne et non pas seulement d’ostensibles événements isolés et incompris d’importance insignifiante.

Dadrian écrit que la Turquie est entrée dans la 1ère Guerre Mondiale " par une attaque préméditée des ports russes ", appuyant sur le fait que son gouvernement était prêt à participer au conflit armé pour relocaliser ses citoyens arméniens. En fait, ce fut l’Amiral Souchon, l’officier commandant allemand de la marine Goeben (rebaptisée Yavuz) qui fit ouvrir le feu sur les positions russes dans la Mer Noire, sombrant plusieurs bâtiments et entraînant la Turquie dans la guerre. Plusieurs membres du Cabinet Ottoman " furent furieux et obtinrent d’Enver Pacha d’envoyer un cessez-le-feu à Souchon ainsi que des excuses aux puissances de l’Entente. Mais il était trop tard. "

En citant Kemal Pacha, ayant dit dans ses Mémoires que leur objectif était de libérer la Turquie de mesures entravant l’indépendance internationale, Dadrian réfute le fait qu’elle puisse vouloir être libre de traiter avec la minorité arménienne. C’était en fait, le remboursement de la Dette Publique (Duyun-u Umumiye), ayant un monopole sur les revenus du pays que les leaders turcs avaient en tête. Les revenus étaient reversés à cette commission pour aider à payer les détenteurs de titres étrangers. Les représentants des leaders financiers et politiques ont été dotés de la possibilité de contrôler les ressources ottomanes, qu’ils collecteraient et administreraient. Le 1er accord à cet effet a été signé avec le Sultan Abdülhamid II en 1879 et entérinés par une série de décrets entre cette date-ci et 1882. Quand le fameux décret de " Muharrem " (1881) a été annoncé, la Commission de la Dette Publique fut établie en dehors du Ministère des Finances avec un délégué pour chacun des 6 Etats étrangers et un pour l’Empire Ottoman, et également un représentant spécial des banquiers de Galata. Aussi, une commission étrangère fut créée en tant que Trésor Ottoman pour collecter les impôts. Cette mesure, pour les leaders du mouvement jeune Turquie et plus tard pour le gouvernement kémaliste, était un privilège pour des sphères étrangères qui réduisaient le revenu du gouvernement et mettait en cause le principe de souveraineté.

Quel que puisse être le sujet, c’est une prérogative pour n’importe quel gouvernement que de pouvoir empêcher aux puissances étrangères d’interférer dans les affaires intérieures qui est aujourd’hui un principe de Droit International, implicite dans l’article 2/7 de la Charte des Nations Unies. Des exemples innombrables peuvent être tirés de l’histoire contemporaine de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique Latine prouvant une telle ingérence. Le XIXème siècle en est particulièrement riche, la Russie poursuivant ses propres objectifs dans les Balkans et dans le Caucase, la France en Orient, l’Allemagne et sa politique Drang Nach Osten et l’Angleterre en Outremer.

Dadrian élimine allègrement de sa thèse, la très importante Révolte Arménienne à Van, le massacre des Turcs dans cette lointaine cité orientale et la coopération arménienne avec l’avancée de l’armée russe. De telles actions, à part le fait d’être hors la loi, au niveau national ou international, ont provoqué celle de relocaliser les Arméniens.

Les Arméniens de Zeitun se sont immédiatement rebellés après le décret de mobilisation (3 août 1914) du Gouvernement Ottoman. Pendant que les Russes commencèrent à armer les déserteurs arméniens, le premier rapport ottoman s’est concentré sur la rébellion planifiée de Van. Le gouverneur turc en poste là-bas suggère d’évacuer les Musulmans (pas les Arméniens) dans des zones plus sûres en Anatolie Occidentale pour les protéger des assauts arméniens. Des hommes turcs étaient au front face à l’ennemi. La rébellion de Van éclata le 17 avril 1915. Les rebelles ouvrirent le feu sur les commissariats de police turcs et sur les quartiers. Le gouverneur turc ordonne l’évacuation de Van. Après que les Russes aient investi Van, la rébellion s’est étendue à Mus. Les Russes qui avaient néanmoins exploité la violence arménienne et le séparatisme avançaient vers des régions sous souveraineté ottomane mais avec une population arménienne.

Il est important de rappeler maintenant que les Anglais lancèrent l’offensive navale contre les Dardanelles le 19 fév. 1915 et occupèrent l’île de Lemnos comme base quatre jours plus tard. C’était le 18 mars que l’Amiral de Robeck et 18 bâtiments de guerre tentèrent de forcer le passage du Détroit Turc. Presque un mois plus tard, 75000 hommes, sous le commandement de Sir Ian Hamilton, réussirent à se poser à plusieurs endroits à l’extrémité de la péninsule de Gelibolu (Gallipoli) pendant que des troupes australiennes firent une étape plus au Nord et qu’une unité française atterrit du côté asiatique. Il y a eu un atterrissage à Suvla après que plusieurs divisions supplémentaires aient été dépêchées de Grande Bretagne.

Les forces anglo-indiennes prirent Qurna aux Turcs sur le théâtre de guerre mésopotamien (9 déc. 1914). Sir John Nixon repoussa les offensives turques sur des positions anglaises, près de Basra (11-13 avril 1915). Le Général Charles V. F. Townshend prit la ville d’Amara sur le Tigre (3 juin 1915) puis Nasiriya sur l’Euphrate (25 juillet 1915). Une avancée générale britannique vers Bagdad commença et la retraite turque jusque Aziziya se mit en place après la bataille de Kut-al Amara (28 sept. 1914). Les forces turques à proximité du Canal de Suez, la péninsule du Sinai et la Palestine battirent en retraite pendant les campagnes de 1915 et 1916.

Ce fut pendant le summum de la coopération Russo-Arménienne contre les Turcs que les navires de guerre Anglais et Français essayèrent de passer à travers les Dardanelles. L’opération du Canal de Suez progressait sur le front palestinien et les Anglais commencèrent à progresser vers le Nord depuis Basra et Bagdad, toutes deux, provinces ottomanes. Ce que Dadrian ne mentionne jamais est que chaque parcelle d’Anatolie Orientale était sujette aux attaques de brigands arméniens pendant que les hommes turcs capables de porter arme, se battaient à Gelibolu, le Front Caucasien, la Palestine et la Mésopotamie.

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Il y a beaucoup de sources occidentales prouvant des désertions arméniennes dans l’Armée russe, des séries de révoltes localisées et la coopération arménienne avec les ennemis de la Turquie durant le temps des hostilités. Clair Price écrit que des bandes arméniennes " capturèrent Van... et ayant massacré la population turque, ils revendirent ce qui restait de la cité, aux armées russes. " Il ajoute : " Les nouvelles de Van affectèrent les Turcs comme quand les nouvelles de Smyrne les touchèrent, quand les Grecs y débarquèrent en mai 1919. " Dans ses mots " des flots de réfugiés turcs dévalaient vers l’ouest en Asie Mineure Centrale. Les Anglais ont lancé leur campagne des Dardanelles presque aux portes de Constantinople. " Ils firent appel " à des fonds pour équiper ces arméniens volontaires.

Rafael de Nogales stipule que Garo Pasdermadjian, le député arménien au Parlement Ottoman " est passé le gros des troupes arméniennes et des officiers de la troisième armée russe, en pillant et en passant à la lame tous les petits villages musulmans bien paisibles, qui leur tombaient sous la main. " Il ajoute : " l’injustifiable désertion des troupes arméniennes ajoutée aux outrages qu’elles ont commis sur le chemin du retour... ont fini par alarmer les Turcs et amplifier leurs craintes à moins que le reste de la population arménienne des provinces frontalières de Van et d’Erzurum se révoltent de la même manière et les attaquent au sabre. C’est que qui est arrivé précisément. "

Déclarant que " des milliers de bombes russes et de mousquets furent trouvés " entre les mains des membres du Dashnag, Felix Valyi a ajouté que des Arméniens " se sont emparés de la ville de Van, y ont établi un Quartier Général arménien sous le commandement d’Aram et de Vardan et ont livré la ville aux troupes russes. " M. Philips Price dit aussi : " Quand la guerre a éclaté, les Arméniens de ces régions avaient des contacts secrets avec les autorités russes dans le Caucase. " Philips de Zara s’interroge alors : " Qui pourrait nier, que dans l’opinion des Turcs, selon toutes lois, la conduite des Arméniens facilitant l’oeuvre de l’adversaire, peut être qualifiée de rien d’autre qu’un crime de haute trahison ? " Le général français M. Larcher a observé que " les populations arméniennes dans les zones d’opérations manifesteraient ouvertement une cause commune avec les Russes... Certains migrants vers la Transcaucasie... [et] attaquant fréquemment les convois turcs. " Il a noté que " la loyauté des Arméniens recrutés dans les troupes turques semblait douteuse. "

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Les articles dans le Journal de Sociologie politique et Militaire font régulièrement référence à un nombre de sources dites très usitées telles que Morgenthau, Bryce, Lepsius et Werfel. Ils traitent de telles sources, et d’autres encore s’en inspirant, comme étant directes et fiables.

Il est cependant possible de les réfuter. L’histoire de l’Ambassadeur Morgenthau, par exemple, est un livre écrit par un ancien colon de New-York, décoré par le Président Woodrow Wilson, un an après son élection avec un rendez-vous politique à Istanbul. Son livre, écrit en 1918 et traitant de l’épisode arménien a eu un grand impact. Réédité plusieurs fois, il est encore imprimé et est référencé sur le parquet du Congrès US. De nombreuses citations le reprennent, y compris des passages qui apparaissent même dans des textes au programme de l’Ecole Secondaire américaine.

Le Docteur Heath W. Lowry est un universitaire américain et un turcologue de renommée qui a publié un monogramme académique brillant intitulé Les coulisses de l’histoire de l’Ambassadeur Morgenthau. Utilisant la collection publique d’articles concernant Morgenthau, il a habilement réuni en question la crédibilité du livre de Morgenthau en tant que référence pour expliquer les événements de 1915. Ils figurent dans la Division des Manuscrits à la bibliothèque du Congrès et représentent 30000 éléments regroupés dans 41 microfilms. Il a consulté les articles de Morgenthau à la bibliothèque présidentielle F. D. Roosevelt à New-York et a analysé les articles personnels de feu Burton J. Hendrick qui a vampirisé le livre de Morgenthau. Il a recherché la trace de ses fils, ses cousins et autres membres de sa famille pour vérifier toutes les informations mais il s’est appuyé des premières données telles que " L’agenda " de Morgenthau, les lettres de sa famille (sa correspondance familiale), ses messages câblés et des rapports. Ces données représentent une autre histoire, beaucoup plus crédible que cette pièce de propagande imprimée durant la guerre.

Le livre de l’Ambassadeur Morgenthau était aussi une source de référence pour trois livres anti-turcs influents durant la guerre : les publications par Lord Bryce, le pasteur allemand Dr. Johannes Lepsius et Arnold J. Toynbee junior. Le soi-disant " Livre bleu " était un important livre anglais de propagande pour la guerre. Toynbee, plus tard célèbre historien mais encore un tout jeune homme à l’époque, travaillait à la préparation de cette oeuvre biaisée. Dans son dernier livre, La question occidentale en Grèce et en Turquie, il a confessé que le " livre bleu " était un élément de propagande pour la guerre. Plusieurs des histoires publiées par Toynbee en période de guerre étaient fournies par le biais de l’Ambassadeur Morgenthau. Des fois, la signature du Secrétaire des Affaires Etrangères Sir Edward Grey lui a été ajoutée pour lui donner une apparence officielle. Grey était un illustre inconnu en ce qui concerne les relations Turco-Arméniennes.

A propos des Arméniens, Lord Bryce était aussi un propagandiste. Morgenthau l’a connu pendant un voyage en Palestine (1914). Dans une lettre à Morgenthau (7 août 1915), Bryce demandait à l’Ambassadeur américain de lui fournir toutes les données dont il pourrait faire usage pour les schémas de propagande à Wellington House. Cette " maison " était en fait un bureau secret pour un comité, dirigé par C.F.G. Masterman pour servir la propagande de guerre. Il a divulgué 17 millions d’exemplaires de telles copies rien qu’au Royaume Uni.

Morgenthau était également la source principale pour l’Allemand Lepsius. Qui était le Dr. Johannes Lepsius ? Ayant décidé d’une stratégie pour une influence allemande future sur les Arméniens du Caucase, les Allemands était à l’affût de moyens, pendant la guerre, pour gagner en popularité dans certains cercles arméniens. Ils furent en train de prévoir un " livre bleu " pour impressionner, non seulement les Arméniens mais aussi les Allemands et l’opinion publique des alliés. Personne d’autre ne pouvait être le meilleur instrument que Lepsius qui, dans les travaux de Frank G. Weber, n’était pas objectif, ses sources étant les Arméniens à Istanbul et l’Ambassadeur Morgenthau. Ayant dîné avec Lepsius (3 août 1915), ayant eu plusieurs autres discussions et ayant reçu l’autorisation de Washington DC de lui passer des matériaux, Morgenthau était certainement une source majeure pour les travaux de Lepsius.

Morgenthau était également influent en créant des opinions pro-Américaines et anti-Turques aux Etats-Unis. Il a atteint ses buts au départ par son rôle de fournisseur d’informations unilatérales à Toynbee, Bryce et Lepsius et par la suite en publiant un livre portant son nom. Il est retourné aux USA début 1916. Dans une lettre au Président Wilson (26 nov. 1917), il exprima le désir d’écrire un livre anti-Allemand et anti-Turc pour argumenter l’appui à (l’effort de) la politique de guerre de Wilson. Il était supposé être une propagande durant la guerre. Quand il fut sur le point d’abandonner l’idée, il reçut les bonnes faveurs du Président, et engagea alors de sérieuses négociations avec les imprimeurs. Le livre fut acheté avant un an à partir de la date d’émission du courrier de Morgenthau à Wilson. Il a été imprimé en série dans The World’s Work (120000 exemplaires) puis parut dans les plus grands quotidiens (tirage groupé : 2.630.256) et fut enfin publié au format livre de poche par Doubleday, Page et Cie (22234 ex.). Morgenthau reçut également une offre d’Hollywood pour des droits de tournage. Mais Wilson désapprouva l’idée, déclarant qu’ils avaient déjà été bien loin.

C’est le devoir des universitaires de prouver le niveau de crédibilité de ce livre comme source de renseignement historique. Il reste cependant une base de données primaire. Selon " un observateur extérieur " qui confirme l’idée " d’un massacre prémédité ou d’un génocide. " Ce livre a servi à conditionner l’opinion publique mondiale. Après des décennies suivant sa première parution, il est encore réimprimé et référencé dans des discours et des écrits. Non seulement il a servi de référence aux politiciens et écrivains, il a certainement influencé beaucoup de jeunes Arméniens ayant assassiné des diplomates turcs et autres.

Le monogramme du Dr. Lowry est un bon exemple de l’investigation académique et du désir de déceler la vérité. Après le livre de Lowry, la propagande de Morgenthau devrait être laissée de côté dans le monde des universitaires. Lowry expose des indices concrets directement des premières sources comme qui aurait écrit le livre de Morgenthau et comment il aurait été écrit.

Parmi les collections d’articles de Morgenthau, il y a une transcription appelée " agenda " qui a apparemment été stéréotypée par Hagop S. Andonian, un Arménien Turc. Morgenthau a également écrit de longues lettres chaque semaine à des membres de sa famille. Ils semblaient apparemment conditionnés par ce même Andonian. L’Ambassadeur Américain écrit que ceci l’a " libéré de toute responsabilité pour quelles que soient les erreurs. " Ces écrits ont été le matériau de base pour le livre futur qui a fait sensation et qui est encore considéré dans certaines sphères comme source historique crédible.

Ancien étudiant à la faculté Robert (américaine), Andonian est devenu le secrétaire personnel de Morgenthau. Il porte le même patronyme que Aram Andonian qui publia les soi-disant " documents officiels " que les universitaires turcs ont déclaré comme étant fondés. Hagop Andonian quitta la Turquie avec l’Ambassadeur pour l’assister à l’élaboration du livre. Morgenthau a écrit que ses services furent " indispensables ".

Un autre Américain de poids était Arshag K. Schmavonian, interprète et conseiller. Morgenthau ne connaissait aucune des langues parlées à Istanbul. Il accompagnait l’Ambassadeur quasiment à chaque visite officielle et aussi à tous les rendez-vous avec les hommes d’affaires américains et les missionnaires. Il assistait l’Ambassadeur dans l’écriture de ses dépêches. Il a également été transféré à Washington où il est resté " Conseiller Spécial " de l’US State Department.

Encore un autre participant-clé était le Secrétaire d’Etat américain Robert Lansing, qui lut et commenta chaque page du manuscrit avant qu’il ait été publié sous forme de minutes ou de livre. Il émit des notes suggérant des altérations ou des oublis. Lansing demanda à Morgenthau dans un courrier daté du 2 octobre 1918 de ne pas mentionner son nom dans le livre. Celui-ci fut issu des mains expertes du journaliste Burton J. Hendrick’s, lauréat du Prix Pulitzer, pour qui le concept actuel du livre semblait lui revenir de droit, selon un courrier d’Hendrick à Morgenthau daté du 7 avril 1916. Comme peut le prouver un autre courrier daté du 5 juillet 1918, Hendrick avait la garantie d’obtenir 40 % des bénéfices durant toute la pérennité du livre. Quelques mois avant sa mort (1949) Hendrick déclare qu’il avait pour tâche de " vampiriser " le livre de Morgenthau.

A ce moment, ce qui pourrait être appelé un " comité ", composé de 2 Arméniens, les yeux et les oreilles de Morgenthau, le Secrétaire d’Etat Lansing et le journaliste Hendrick, a sorti une publication qui comprend également des " opinions " des Ministres Ottomans Talât et Enver, citées entre guillemets. Ces derniers semblent se condamner eux-mêmes, ce qui plaît sans aucun doute à Andonian, Schnavonian, Lansing et Hendrick mais qui n’a aucune valeur car sans trace dans aucune source de données sûre. Hendrick dépeignit les leaders turcs comme étant des personnages inhumains. L’auteur Dadrian a également ce point de vue. Des conversations à caractère officiel n’ont aucun fondement dans " L’agenda " de Morgenthau ni dans ses " lettres ". Dr. Lowry, qui a examiné de très près tous les écrits de Morgenthau, n’a même pas réussi à déceler une seule référence de ces conversations dites officielles. A part quelques inventions directes, les " auteurs " prennent les rumeurs pour les mettre à la bouche des leaders turcs d’autant plus qu’elles sont sous forme de citations. Les auteurs turcs, tous ligués dans une propagande anti-turcs et dans " la victoire pour les politiques de guerre ", tentent de représenter les ministres ottomans comme des criminels se vantant publiquement de leurs crimes. Ils utilisent des rumeurs par le biais d’interprètes arméniens et les attribuent aux leaders turcs. Ils n’ont aucun scrupule à manipuler, changer, ajouter, modifier, soustraire et citer. Voici un exemple d’une des contributions du coup de crayon de Lansing : " ... avec l’habituelle politesse orientale hypocrite. " Par conséquent, il existe également des contradictions frappantes entre deux assertions signées de la main de Morgenthau. Dans l’une d’elle (Ambassador Morgenthau’s Story, p. 20). Talât Pacha se fait prêter les propos suivants : " qu’il se moquait de toutes les religions et haïssait tous les prêtres rabbins, et hodjas ", mais dans une autre (Agenda, 10 juillet 1914) il est " le plus religieux " des membres du Cabinet Ottoman.

Il y a au moins un autre livre de George A. Schreiner, qui était également en Turquie en tant que contemporain de Morgenthau et qui trouve le livre de l’Ambassadeur américain " remarquablement peu fiable ". Il ajoute que Talât Pacha était " dans les meilleurs termes " avec Morgenthau.

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Il existe des références similaires et fréquentes aux événements à Musa Dagh et à un certain Franz Werfel qui a écrit un roman à ce propos. Le roman de Werfel, renommé aujourd’hui, Die Vierzig Tage des Musa Dagh est supposé être une saga moderne d’une minorité persécutée et déterminée à se défendre. Roger W. Smith écrit : " L’évidence que Dadrian présente atteste le fait que les Arméniens se défendaient contre des assauts d’extermination " (p.III). L’édition américaine de Werfel a procuré à son roman une renommée mondiale. Son livre n’est pas un documentaire, n’a pas la vocation d’un travail universitaire. C’est un conte dans lequel il fait converser Enver et Talât Pacha, selon sa propre perception des choses et sa fantaisie, en train de préparer " le génocide ". Werfel écrit que " les gros doigts de Talât... donnèrent... l’ordre, à tous les Valis (gouverneurs) et les mutasarrifs : le but de cette déportation est l’annihilation. " Il n’existe pas un seul document d’origine portant le paraphe de Talât Pacha ou celui de n’importe quel autre dignitaire ottoman à cet effet. L’affirmation de n’importe qui que ceci était dans les pensées de Talât Pacha n’est pas un argument acceptable.

Les gens " apprennent ", néanmoins, non pas à partir d’études en dehors de toute passion et non-partisanes mais à partir d’oeuvres fantaisistes à sensations. Par exemple, bien que le film hollywoodien (Amadeus) sur le compositeur Mozart, agrémenté d’une pièce de théâtre réussie, dépeint Salieri comme un homme médiocre mais ambitieux dans le monde de la musique, ce dernier, loin d’être un sombre personnage, était un être de première importance dans ce domaine artistique qui avait donné les cours à Schubert. Très peu de gens intéressés feront l’effort de se documenter en histoire de la musique pour resituer Mozart et Salieri dans une meilleure perspective.

Werfel prend en compte les Arméniens se rebellant à Van après l’ordre de relocalisation. La vérité est juste le contraire. La rébellion n’était pas une tentative désespérée d’auto-défense. Elle a eu lieu à peu près 2 mois avant la relocalisation, ce qui prouve qu’elle est une conséquence de cette révolte. Ce fait historique crucial est présenté sens dessus-dessous par Werfel qui s’est appuyé sur des sources arméniennes et Deutschland und Armenien, livre de Johannes Lepsius. Bien qu’outrageusement déformé, Lepsius présente néanmoins Cemâl Pacha, un des dirigeant Ottoman du Triumvirat, sous un meilleur jour, comparativement. Ce que fait Werfel dans son livre original allemand. Mais la " censure " américaine a passé outre même ce minuscule détail lors de la traduction du document en anglais, apparemment. Après tout, il ne devrait pas y avoir de référence favorable à quelqu’un (Cemâl Pacha) assassiné par les Arméniens.

Un écrivain autrichien cite Abraham Sou Sever, un Juif Sephardic né à Izmir (Turquie) et immigré aux US plus tard : " Mon cher ami absent, Franz Werfel, qui a écrit ce livre, Les quarante jours de Musa Dagh, n’est jamais allé dans cette région pour rechercher ce qu’il écrivait. Il l’a écrit selon ce que ses amis arméniens de Vienne lui ont raconté. Avant sa mort, Werfel m’a dit qu’il se sentait douteux pour toutes les inexactitudes et les affabulations que les Arméniens lui ont fournies. Mais il n’a jamais osé le confesser en public par peur d’être éliminé par les terroristes du Dashnag. Sever a également ajouté que des milliers d’Arméniens, tous armés, ont gravi le sommet de cette montagne après l’avoir approvisionné pour y tenir un siège. Des bandes armées attaquaient journellement les positions arrières de l’armée ottomane depuis ce sommet et disparaissaient à nouveau dans cette montagne. Ils ont tenu ce siège pendant 40 jours, une indication des préparations que les Arméniens ont réalisées. Ils ont été formés, organisés, financés et armés par les Russes. Les milliers qui occupaient le sommet se sont échappés en dévalant la montagne et gagnant la côté méditerranéenne, où ils ont communiqué avec les navires de guerre français et britanniques. Ils furent récupérés à leurs bords et seul un petit contingent d’Arméniens restés en arrière position se sont rendus aux Turcs.

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Dadrian n’éclarait pas le fait que ce fut dans ces circonstances que les leaders arméniens de ces groupes furent arrêtés le 24 avril 1915 à Istanbul et celui de la décision de les relocaliser prise par la suite. Ils ne furent pas déportés ni expulsés vers un pays étranger. Où qu’ils puissent être envoyés, fut-ce à Aleppo, Damascus ou Musul, toutes ces cités étaient alors à l’intérieur des frontières ottomanes. Ils ne furent pas convoyés en prison ou dans des camps. Dans certaines régions, des individus qui n’avaient rien à voir dans ces activités terroristes ou de haute-trahison furent également transférés d’un endroit à un autre, et même arrêtés. Mais d’un autre côté, dans certaines circonstances, c’était la possibilité d’instruction pour le gouvernement ottoman afin qu’il évite la répétition de tels faits. Cependant, comme le communiqué d’Enver Pacha du 2 mai 1915 à Talât Pacha, l’avait indiqué, les Arméniens furent répartis de telle sorte qu’ils ne pouvaient reformer de grandes communautés, minimisant ainsi la possibilité d’une rébellion.

Le 24 avril fut le jour où 235 personnes ont été arrêtées dans la capitale ottomane. Le Conseil des Ministres a adopté la loi temporaire de " transférer et installer les Arméniens dans d’autres quartiers ", le 30 mai 1915. La loi fut temporaire car le Parlement Ottoman n’était pas en session. Il fut ouvert le 15 septembre et approuve la loi temporaire ayant des clauses supplémentaires au cas où les prisonniers fussent attaqués, les agresseurs seraient immédiatement traduits en cour-martiale. Les procédures très élaborées pour gouverner la délocalisation forcée n’ont pas pu être correctement appliquées. Quand des nouvelles à propos de certains convois attaqués sont parvenues aux autorités ottomanes, des dépêches furent envoyées stipulant que toute mesure d’urgence devait être prise pour protéger les Arméniens et ceux coupables de violences devraient être punis. Pas moins de 1397 individus ayant omis de respecter ces clauses, furent effectivement punis, y compris exécutés pour certains. Leur conviction prouve bien que les autorités ottomanes avaient le désir de faire appel à la justice pour punir les responsables et, au pire, à l’exécution capitale pour réparer toutes ces pertes. Ceux qui furent interpelés pouvaient ne pas être aussi nombreux que l’auraient désiré certains, ni les peines, aussi sévères que d’autres l’auraient préféré. C’est malheureux qu’il y en ait toujours quelques-unes qui échappent à la justice. Mais il y a eu des procès, des accusations et des sentences, tous ayant eu lieu dans des tribunaux ottomans.

Un tribunal national fut mis sur pied pour juger et condamner ses propres ressortissants. Une commission d’enquête a également été formée dans la Chambre des Députés Ottomans. Ceci eut lieu quand plusieurs régions du pays, y compris la capitale, furent sous occupation étrangère. Alors qu’il était vrai que certains individus, aussi bien des officiels que des citoyens quelconques étaient coupables de négligence, de mauvaise gestion ou de crime prémédité, il y avait également une tendance, plus particulièrement dans les sphères du gouvernement au niveau de la capitale, pour apaiser les puissances victorieuses. Ali Kemal, Behramzade Nusret et Abdullah Avni, les 2 premiers, lieutenants-gouverneurs et le 3ème commandant de la Gendarmerie, furent condamnés à mort et exécutés. Tous les hommes condamnés qui ont fui, excepté le Docteur Nazim, furent assassinés par les Arméniens. Talat Pacha et Bahaeddin Sakin à Berlin, Cemal Pacha à Tbilisi et Enver Pacha en Asie Centrale.

Peu importe quel genre de terminologie fut utilisé par certains auteurs, l’événement qu’ils eurent à relater fut le transfert ou la relocalisation de la totalité de la population arménienne dont la plupart, comme l’aura décrit Bogos Nubar dans ses assertions précitées auprès du Ministre français des Affaires Etrangères, ont atteint leur destination mais certains ont malheureusement péri par les conditions de conflit aussi bien par les assauts de criminels. Les Arméniens ont aussi participé à plus d’une dizaine de conflits armés entre 1914 et 1922, coûtant la vie à des Arméniens et à des non-Arméniens.

La relocalisation a été mise en place pour des raisons de sécurité. Elle a également concerné des Arméniens résidant à Bursa, Eskisehir ou Konya et même à Istanbul, villes qui ne sont pas du tout situées en Anatolie Orientale. Ceux-ci furent touchés non pas parce qu’ils furent Arméniens, mais parce qu’ils ont eu, ou ont supposé avoir eu des liens avec des actions terroristes ou des actes de trahison à l’est. Les forces de sécurité, généralement bien informées, peuvent s’être, dans certains cas, trompées. Certaines réactions auraient pu être confondues, certains actes, sur-zélés et certaines circonstances peuvent provoquer des gens ayant un penchant pour le crime ou en mal de vengeance à se complaire dans le meurtre et la rapine. Les descendants des Arméniens à Istanbul prouvent bien aujourd’hui par leur présence que tous ne furent pas touchés par la politique de relocalisation.

On ne peut pas généraliser sur la base du fantasme ou de l’intrigue de certains individus (Bahaeddin Sakir par exemple) que la totalité de la relocalisation fut un cloaque pour une ultime destruction. Il y a également eu d’autres Turcs qui ont lancé des accusations et qui ont facilité l’inculpation de certains prévenus, excepté ceux qui ont rendu justice de façon hâtive ou par d’autres moyens douteux. Peu importe comment certains auteurs (y compris le célèbre Professeur Turc, Tarik Zafer Tunaya) aient pu traduire certains mots ottomans (" Taktil " par exemple, signifiant " tuerie " - articles de Dadrian dans le Journal de Sociologie Militaire et Politique, (pp 35 et 130), la seule conclusion possible est qu’il n’existe aucune preuve dans les archives ottomanes étayant la thèse que le gouvernement central ottoman a planifié ou conduit le massacre des Arméniens.

Il y a aussi de fréquentes références au Pan-Turquisme comme argument pour le délogement des Arméniens de leur lieu d’origine. Pour bien évaluer le poids de cet argument, il est important de se remémorer que les idées relatives au Turquisme n’ont même pas germé dans l’Empire ottoman ni même dans la future République de Turquie, mais au sein de la diaspora. Elles diffèrent en ce sens du Pan-Hellenisme, du Pan-Germanisme ou du Pan-Itialianisme. De plus, le Turquisme, né parmi les peuples turcs vivent à l’extérieur de l’Empire Ottoman a mis en valeur les similitudes de langage, de littérature, de folklore et d’histoire. Plus encore, ses propagateurs se sentirent eux-mêmes justifiés parce qu’ils avaient beaucoup plus que l’ensemble de leurs concurrents ou adversaires tels que le Pan-Slavisme de la Russie Tsariste, la (Megali Idea) de chez les Grecs et le racisme ou l’irréductibilité de certains autres Etats voisins. Plusieurs autres nations avaient d’habitude une " seule image d’opposition ". Finalement, le Pan-Turquisme n’alla jamais au-delà de la reconnaissance du fait qu’il existait une affinité culturelle évidente parmi tous les peuples turcophones.

Elle devrait être bien connue comme ayant ses origines dans la diaspora, essentiellement en réponse par opposition aux pan-idéologies d’autres nations. La politique Tsariste officielle de Russification, souvent accompagnée de la Christianisation ont favorisé les groupes " turquistes " dans l’Empire Tsariste, principalement les Tatars, à être terriblement conscients des liens qu’ils avaient en commun. Le porte-parole des Tatars était Ismail Gaspiroli (1851-1914), le maire de Bahçesaray, ville de Crimée. Il a fondé un quotidien turc (Tercüman) et a mis en place un nouveau cursus scolaire avec le Turc comme moyen d’instruction. Ses idées furent reprises par d’autres sphères intellectuelles turquistes en Azerbaïdjan et en Asie Centrale. Elles furent véhiculées jusqu’à Istanbul par des leaders Tatars et Azerbaïdjanais qui ont quitté la Russie. Mais les Turas, influencés par ces idées mais jusqu’à un certain niveau, n’ont jamais vraiment abandonné l’Ottomanisme ou le Pan-Islamisme.

D’autre part, beaucoup d’aspects de l’histoire des Balkans, de l’Anatolie, de la Crimée et du Caucase ne peuvent pas être compris sans parler de massacres musulmans systématiques (surtout Turcs) et des vagues de migration forcée. L’unité d’autres groupes ethniques et religieux fut réalisé par l’expulsion des Musulmans. Pendant presque un siècle, les nouveaux Etats furent fondés sur la souffrance des Musulmans, principalement des Turcs.

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Contrairement à ce que Dadrian affirme, les " conflits intercommunautaires " et les " privations en temps de guerre " (p. 100) ne sont pas dénués de cohérence. Le point de vue que de nombreux Arméniens périrent à cause d’épidémies et des conditions de guerre n’est pas une propagande pour minimiser les événements de 1915. Dans les siècles passés, beaucoup plus de soldats moururent de malaises et de maladies contagieuses que des armées ennemies durant les conflits. Ceci fut également vrai sur la scène ottomane pendant la Première Guerre Mondiale et a touché les Turcs autant que les Arméniens. Les pertes de l’armée turque pendant la guerre furent conséquentes, le nombre de morts par maladie atteignant des chiffres jamais vu lors des guerres de ce XXème siècle. Les Arméniens vécurent et se battirent sur le territoire ottoman presque dans les mêmes conditions, souffrant de lourdes pertes, comme les Turcs. Par exemple, l’article d’un Français dans un journal de Paris, Turcica, nous informe que lorsque les Français, évacuant la ville turque de Maras, en février 1920, prirent avec eux environ 5000 Arméniens, la moitié de ces derniers périrent à cause des difficultés exceptionnelles dues au périple.

On doit également ajouter que Talat Pacha permit aux missionnaires américains de faire des oeuvres de charité parmi les Arméniens, malgré le fait que la Turquie et les Etats-Unis furent dans des camps opposés pendant la guerre. Combien d’autres exemples existent-ils en l’Histoire d’un pays combattant, permettant aux citoyens d’un autre, se battant dans l’autre camp, de rester, de se nourrir, de se vêtir et d’éduquer les gens dont il est accusé d’exterminer?

Plusieurs guerres civiles et de convention fauchèrent plus de vies arméniennes que celles connues généralement des auteurs arméniens contemporains. Une solide évidence vient appuyer la thèse qu’il y a eu un soulèvement arménien armé derrière le front Turc oriental et que des guérilleros arméniens, aidés par les Russes, se sont battus aux côtés des armées tsaristes. Les hostilités ont continué entre Turcs et Arméniens après la Révolution Bolchévique. Des sections arméniennes ont participé à la guerre civile dans le Caucase pendant et après le triomphe du communisme en Russie et dans les territoires voisins. Il y eut une guerre de convention entre le gouvernement d’Ankara et la République indépendante Arménienne immédiatement après la création de celle-ci. Il y eut également des guerres de convention entre la même République Indépendante Arménienne d’une part et la Géorgie puis l’Azerbaïdjan d’autre part. Le Professeur Falk écrit (p II) dans le Journal que les Arméniens ont " revécu la réelle atrocité en relation avec la bataille pour la future région de Nagorno-Karabagh, jamais résolue. " Cette région fait légitimement partie de l’Azerbaïdjan et les Arméniens la tiennent comme territoire occupé, à l’encontre du Droit International. En 1920, alors que les Arméniens menaient une guerre contre les Azeris, certains d’entre eux se sont révoltés contre l’autorité de la République Soviétique Arménienne nouvellement établie. Les Arméniens se sont mis aux forces françaises contre les Turcs en Anatolie Méridionale. Des unités irrégulières arméniennes ont également participé à la guerre Turco-Grecque de 1919-1922.

Dans tous ces conflits armés, que ce furent des guerres civiles, des guérillos, des conflits cachés ou des guerres conventionnelles franches, les Arméniens ont infligé des souffrances à d’autres peuples mais ils ont trouvé eux-mêmes la mort dans ce processus. La conséquence directe fut que les Turcs ont également subi de lourdes pertes, y compris durant tout le temps de la Première Guerre Mondiale et aussi par la suite. Alors que des villages et des villes turcs entiers devinrent des ruines et que des cadavres de Musulmans remplirent fossés et puits, avant la Révolution Bolchévique, les événements tragiques suivant 1917 laissèrent les Arméniens armés, soldats réguliers ou bandes armées, maîtres absolus dans des régions d’Anatolie Orientale. Après la retraite arménienne, la région entière fut un immense cimetière. Les Arméniens avaient tout détruit sur leur passage. Beaucoup d’étrangers avaient été témoins de ces pillages et tueries.

Alors que les Professeurs Dadrian, Falk et Smith ne voient aucune évidence des crimes commis par les Arméniens, certaines publications turques récentes recèlent d’interviews avec des personnes âgées et des quantités de documents nouveaux prouvant le génocide turc perpétré par les Arméniens dans plusieurs régions d’Anatolie Orientale, essentiellement à Van, Kars, Bitlis et Erzurum. Les documents turcs prêtent une grandiloquence dans la mémoire des dirigeants et porte-paroles arméniens comme quoi ils auraient expulsé des forces armées ou groupuscules ennemis.

Le Professeur Falk établit plus tard la thèse que l’Etat Turc a " outrageusement troublé les eaux de la Vérité en occultant et en déformant l’histoire du génocide arménien dans la période allant de 1915 à 18 " et que sa " honteuse " campagne actuelle a disséminé " plusieurs affabulations sur le record historique et ceci accompagné de propos mielleux comme intimidants. Il ajoute que les références turques n’étaient que " propagande bancale " ou " académie inepte et peu ingénieuse. " (p I)

Un parfait élément de rafraîchissement de mémoire en termes " d’intimidation " : Fred C. Ikle, Secrétaire Adjoint à la Défense de la Politique des US, a décrit les attaques terroristes arméniennes contre les diplomates et les biens turcs comme étant " des plus dangereux de tous les mouvements terroristes et pourtant un des négligés. " Par le passé, les terroristes arméniens ont assassiné des représentants diplomatiques officiels de l’Etat Turc, des membres de leur famille et également des non-Turcs. Les Ambassades et les Consulats Turcs ont été attaqués à Athènes, Beyrouth, Berne, Bruxelles, Lisbonne, Los-Angeles, Lyon, Madrid, Ottawa, Paris, La Hague et Vienne, de même que des Délégations Turques en différents endroits, y compris le Centre Turc aux Nations Unies. Certains consulats turcs ont été assaillis, occupés et leurs personnels officiels, blessés et tués. Les agences de Turkish Airlines à Amsterdam, Copenhague, Francfort, Genève, Londres, Milan, Paris et Rome, de même que des agences non-turques comme Air-France, Alitalia, British Airways, El Al, KLM, Lufthansa, Pan Am, Sabena, Swissair et TWA furent piégés à la bombe, ces dernières pour avoir eu des relations commerciales avec la Turquie. Plusieurs gouvernements étrangers comme le Canada, la France, l’Italie, le Portugal, la Suède et la Suisse furent menacés pour avoir entamé des procédures légales à l’encontre des terroristes arméniens. Les programmes de danse folklorique turque ont dû être annulés en Californie après plusieurs intimidations, un groupe arménien a fait irruption dans un cours d’histoire turque à Los Angeles et a plastiqué la résidence d’un professeur d’Université (Stanford J. Shaw) qui fut obligé de vivre dans l’anonymat. Le Docteur Falk, en tant que professeur de Droit International, sait très bien que ces activités vont à l’encontre de toute légalité. La légitime évidence et les preuves d’existence de tous ces événements sont accessibles mais le Docteur Falk parle de soi-disant " intimidation " du Gouvernement Turc sans se soucier d’expliquer ce qu’il veut bien dire.

Quelques publications turques sur ce problème sont des compilations de documents de source sûre (explicitant bien plusieurs éléments de falsifications d’origine arménienne) et des travaux individuels de recherche dans la tradition universitaire. Je suis conscient, à partir d’expériences personnelles, que les propagandistes arméniens demandaient fréquemment la " sortie de documents ottomans " mais s’obstinaient à ne pas les utiliser quand ils rédigeaient leurs conclusions. J’ai participé, à partir de l’invitation lancé par deux tribunaux français, en tant que " témoin d’autorité " aux procès de groupes terroristes arméniens, l’un concernant leur occupation de Consulat-Général Turc, le meurtre d’un officiel turc et les coups et blessures d’un autre, et le deuxième concernant l’explosion d’une bombe à l’aéroport d’Orly fauchant la vie d’une soixantaine de personnes. Les avocats des défendeurs me demandèrent si les documents ottomans étaient disponibles. Une énorme quantité de documents ottomans sont effectivement disponibles sous forme de matériaux imprimés souvent avec des translitérations et des traductions, ou sous forme de microfilms publiés à travers le monde, y compris pour plusieurs gouvernements et pour de grandes bibliothèques. Des milliers de documents ottomans de source sûre, imprimés par des Turcs et retraçant ce problème dans une perspective équilibrée ne sont pas utilisés par ceux qui veulent persister à présenter les Turcs sous un jour néfaste.

Les Turcs ont également publié de nombreuses études comprenant un certain nombre de falsifications. Par exemple, une de mes publications comporte ce fameux titre : Les " documents " d’Andonian, dédiés à Talat Pacha, sont des faux ! Un auteur arménien, Aram Andonian qui a respectivement publié un livre en trois langues (Anglais, Français et Arménien) en 1920 a fait référence ou a imprimé 48 à 50 soi-disant " documents " qu’il a attribués aux leaders ottomans, principalement à Talat Pacha, leader ottoman pendant la guerre de 14-18. Des universitaires turcs se sont penchés sur ceux-ci et ont conclu que ce livre était construit sur une base de données élaborées de toutes pièces. Andonian n’a jamais pu montrer les originaux de ces soi-disant documents pour la raison simple qu’ils n’existent pas. Ce qu’il appelle " télégrammes " ont été élaborés par lui et son cercle. Il a déclaré plus tard qu’il les avait perdus. Certains milieux entretiennent la fausse conviction que le tribunal allemand qui a jugé Soghomon Tehlirian, l’assassin de Talat Pacha, a accepté ces mêmes documents pour authentiques et comme pièces à conviction (1921). Même le conseiller de Tehlirian (Von Gordon) a dû les retirer et le plaignant allemand dit qu’il avait connaissance de l’existence de " documents " portant les signatures de hauts-dignitaires, et prouva plus tard qu’ils étaient des faux. Pendant que les Victors de la 1ère Guerre Mondiale étaient en train de chercher partout ces documents pour confondre les leaders Ottomans, alors détenus dans l’île de Malte, ils choisirent de ne pas prendre en considération les fameux " télégrammes " de Andonian.

Les Anglais ne pouvaient pas non plus utiliser les soi-disant " Dix Commandements " que le Professeur Smith considère à peine comme " preuve irréfutable de l’existence d’un plan global de génocide ". Ce que Dadrian présente comme " document " turc est une correspondance entre la Haute Commission Britannique à Istanbul (que Dadrian appelle encore Constantinople) et le Ministère des Affaires Etrangères à Londres au début de 1919 (p.173f). Où est l’original de ce " document " ?

Les falsifications sont monnaie courante dans l’Histoire et il est impossible de renier leur existence. Faisant référence à l’écrivain Gwynne Dyer, Dadrian dit que " les Britanniques ignorèrent éventuellement le document " (p.193). Ils choisirent de l’ignorer pendant qu’ils étaient à la recherche intensive de l’ensemble des archives ottomanes pour mettre à jour un seul document valable pouvant être utilisé contre les leaders turcs et plus encore en ayant accès à d’autres archives dans le même but. Les Britanniques, en effet, firent tout ce qu’ils purent mais les 118 individus y compris l’ancien leader ottoman et d’autres hauts-dignitaires ont dû être libérés de Malte.

Les Britanniques savaient que ces soi-disant " documents " n’étaient pas fiables. Par exemple, Aram Andonian admet lui-même dans une lettre (26 juillet 1937) à une dame arménienne (Mary Terzian) résidant à Genève (Suisse) que son livre n’était pas un élément historique mais un travail de propagande et que les autres l’utilisaient librement et comme ils l’entendaient. En termes d’apparence et de contenu, les documents d’Andonian abondent en plusieurs erreurs ponctuelles, omissions et contradictions qui le trahissent. Ces soi-disant papiers, de la façon dont ils étaient imprimés dans le livre d’Andonian, ne sont pas le genre de papiers utilisés par la vieille bureaucratie ottomane. En effet, aucun papier n’a été utilisé mais par contre, plusieurs systèmes de cryptogrammes le furent à différentes périodes pendant la guerre. Mais la réduction d’Andonian ne correspond pas avec la grille codée que nous avons dans les archives ottomanes. Apparemment, l’auteur arménien a inventé son propre système de codage. L’ampleur de cette erreur s’accroît plus particulièrement quand la confusion concernant les dates et les données chiffrées des " documents " d’Andonian. Il a commis des erreurs à cause de son ignorance concernant la différence existant entre les calendriers Julien et Grégorien. Ne connaissant pas les rouages du système, Andonian s’est trompé en prenant des dates " approximatives ". Des fois, il erre avec une marge de neuf mois d’écart. Il oublie évidemment de rajouter les 13 jours qui manquent pour correspondre à la datation grégorienne. Là est l’immense confusion concernant les chiffres. Ceux-ci ne correspondent pas du tout à ceux des documents authentiques. Les documents en rapport direct dans les archives ottomanes rapportent le forage de nouveaux puits artésiens dans la péninsule du Sinaï ou les Conditions de travail des ouvriers du chemin de fer. Les signatures sont falsifiées. De temps à autre, un gouverneur est supposé avoir signé un document officiel avant même d’avoir investi sa fonction. Il y a des différences flagrantes entre les textes anglais et les textes français, des échanges de termes, des phrases et des paragraphes entiers changeant de place et même certaines phrases disparaissant ou étant remplacées par d’autres. Il y a très peu de textes turcs.

Les falsifications concernant " la question arménienne " ne se cantonnent pas uniquement aux " télégrammes " d’Andonian. Une autre concerne un " postulat " attribué à tort à Adolf Hitler. Pendant qu’il parlait à ses généraux à Obersalzbourg une semaine avant l’attaque de Pologne (22 août 1939), le dictateur allemand est supposé avoir dit : " J’ai donné l’ordre à mes sections de la mort, d’exterminer sans pitié, hommes, femmes et enfants appartenant à la race polonaise... après tout, qui se rappelle aujourd’hui de l’extermination des Arméniens ? Cette citation est apparue dans des centaines de publications. Dadrian affirme aussi que les relations turco-allemandes pendant la première Guerre Mondiale " ont servi à stimuler Hitler dans sa direction vers les génocides ". Bien que cet argument erroné prend en référence les Polonais, et pas les Juifs, Dadrian utilise fréquemment la terminologie du génocide juif. Dans les choix des mots de Dadrian, même la " secrétaire responsable " du parti ottoman lors du pouvoir est comparable au " Gauleiter Nazi ".

Ceci est une tentative de relier l’extermination planifiée du peuple juif d’Europe durant la 2ème Guerre Mondiale aux événements touchant les Arméniens. Tout d’abord, il n’y a aucune base historique pour attribuer un tel argument à Hitler. J’ai repéré dans un livret que le tribunal de Nuremberg a accepté deux versions de ce speech d’Hitler, initialement répertoriés comme USA-29 et USA-30, refusant d’approuver une troisième. Aucun de ces textes ne contient un tel argument. De même, le Docteur Lowry repère dans un article de teneur académique, la manière avec laquelle cette référence est entrée dans le jargon des parlementaires des Etats-Unis et la manière dont laquelle elle continue à être utilisée par les Americano-Arméniens dans leur effort pour établir un lien entre leur propre histoire et la tragique destinée des Juifs Européens.

Plus loin, il y a eu un sentiment anti-juif remontant haut dans le passé. Beaucoup de choses ont été écrites à propos de l’antisémitisme. Il existe même des bibliographies entières sur le sujet, et plus spécifiquement dans le contexte européen. Ses racines doivent remonter jusqu’aux balbutiements du monde pré-Chrétien. Aux temps helléniques, les Juifs monothéistes partageant certaines considérations éthiques étaient vraiment à part par rapport aux autres groupes. L’Hellénisme, avec ses familles de Dieux et Déesses, était un rival, sinon un adversaire au Judaïsme. Aux temps romains également, le Judaïsme était encore une religion dynamique, " horrifiant " de nombreux Romains, menacés par des changements potentiels dans leur civilisation impériale. Même quand le Christianisme devint la religion officielle de l’Empire Romain, certaines des anciennes discriminations vis-à-vis des Juifs furent réadoptées par les nouvelles attitudes " Chrétiennes " et d’autres concepts erronés y furent rajoutés. Mis à part l’ancienne notion païenne que " Les Dieux " détestaient les Juifs parce que ces derniers ne les ont pas reconnus, le fait est que ceci a entraîné contre eux " la responsabilité collective " de la cruxification de Jésus. La communauté juive entière a été considérée comme " coupable ".

La discrimination s’est intensifiée avec la Première Croisade, aboutissant aux massacres des Juifs et à des accusations de meurtres rituels totalement ridicules, soi-disant perpétrés par des Juifs. Des préjudices anti-Juifs répétés et intensifiés faisaient partie d’une campagne générale de discrimination et d’exploitation. Les services gouvernementaux leur étant fermés, les Juifs se sont concentrés sur le commerce progressivement, se distinguant comme " usuriers " et par conséquent comme cible idéale pour toute forme de ressentiment. Une telle " haine théologique " des Juifs mène fréquemment à des choses du genre de porter une marque sur leurs habits. Ce qui leur fut fatal en Allemagne Nazie avait ses racines dans le Moyen-Age. Des siècles avant qu’ils furent pourchassés en Allemagne, les Juifs furent expulsés de nombreuses cités européennes et finalement de la péninsule ibérique (1492). Déjà rendus responsables pour " l’empoisonnement des puits " et pour l’épidémie de peste, les Juifs expulsés furent recueillis par les Turcs de l’Empire Ottoman. Jak V. Kamhi, le Président de la Fondation Quince centenaire (1492-1992 ???) en Turquie déclara au Séminaire sur le Racisme et l’antisémitisme en 1995 à Istanbul : " Les fois musulmanes et juives... ont vécu pacifiquement pendant 800 ans en Espagne et 600 ans en Empire Ottoman et en République de Turquie ".

La Réforme, et spécialement le Calvinisme, furent beaucoup plus compréhensifs envers les Juifs dans les zones protestantes. D’autres " Chrétiens " n’ont pas arrêté de croire en " le mal inné des Juifs ". Ce portrait a perduré durant tout le XIXème siècle quand les Juifs, travailleurs et capables, devinrent partie intégrante de la vie économique, culturelle et scientifique en Europe. Il était inévitable que les Juifs mettent sur pied leur propre classe capitaliste dans le processus. Cette nouvelle allégation disant qu’il y avait un lien essentiel entre le Judaïsme et le Capitalisme et que les Juifs furent essentiellement ces capitalistes exploitants, a juste échoué de peu encore une fois. Le Capitalisme est une organisation socio-économique remplaçant le féodalisme sans connexion avec aucune race ni religion. Mais ce postulat de base n’a pas empêché certains nationalistes allemands de considérer que même des Juifs assimilés comme " étrangers " dans leur propre pays, au même titre que des partisans de gauche les ont déclaré ennemis des classes ouvrières, et ceux de droite ayant vu dans toute manifestation de gauche, une influence d’origine juive.

L’Allemagne n’était pas le seul pays où l’antisémitisme commençait à se propager. En France, l’idée que les Juifs bénéficiaient de la majeure partie des fruits de la Révolution Française a permis à des accusations disant qu’ils étaient en train de comploter pour détruire la culture chrétienne. De tels sentiments discriminatoires furent éventés par des publications influentes après l’Affaire Dreyfus qui a permis l’institutionnalisation de l’anti-sémitisme en France. La Russie tsariste a donné au monde des pogroms anti-sémites, ce qui a rendu la vie impossible pour les Juifs. Ces faits furent mis en parallèle à travers l’Europe par l ’émergence de théories pseudo-raciales, justifiant l’inégalité et même des guerres. Les racistes ont divisé les êtres humains en " races supérieures " et en " races inférieures ", ce qui en théorie leur a donné le " droit " à l’extermination en masse.

C’était cette accumulation historique qui a profité aux National-Socialistes en Allemagne avec l’opportunité d’utiliser toute sorte d’accusations et de moyens d’oppression, culminant tout d’abord dans les lois de Nuremberg et enfin dans le génocide. Les procès de Nuremberg étaient inévitables. Des centaines de milliers de documents nazis interceptés furent rassemblés comme pièces à conviction dans le procès des plus grands criminels de guerre nazis. On ne peut pas trouver l’ " argument " d’Hitler parmi ces documents.

Même alors, certains Arméniens et leur collègues de même conviction s’accrochent à ce fameux argument parce qu’ils voulaient le mettre en pratique en relation avec le génocide juif. La méthodologie sûre en historiographie contredit une telle initiative. C’est une vraie injustice pour les Juifs comme pour les Turcs du reste. Les Juifs ont vécu un génocide qui est de loin comparable à aucun autre genre. De plus, à part les très bonnes relations entre les Juifs et les Turcs depuis le Moyen-Age, le rôle de la Turquie dans l’aide des Juifs Européens pendant l’holocauste a très largement été ignoré. Comme Prof. Shaw l’écrit, le monde ne réalise pas l’envergure avec laquelle la Turquie, et l’Empire Ottoman qui l’a précédé, ont servi de refuge à travers les siècles à toutes sortes de personnes persécutées, musulmans ou non-musulmans sur pied d’égalité. La Turquie fut un hâvre de paix, non seulement pour ceux qui ont échappé à l’Inquisition mais aussi à des centaines d’intellectuels très connus pendant les années 30 et des milliers d’autres personnes moins connues furent sauvées.

Les mouvements d’Extrême Droite en Europe Occidentale, au départ phénomène insignifiant, sont devenu une fois de plus beaucoup plus significatifs. Les Juifs et les Turcs figurent parmi les victimes du racisme contemporain, de la xénophobie et de l’intolérance. Certains occidentaux, apparemment, exteriorisent et projettent leur propre " mauvaise " image sur les Juifs, les Turcs et les autres pour se rendre eux-mêmes " présentables ".

Cependant une autre falsification est comparée à ce fameux " argument " attribué à Mustapha Kemal Atatürk. ce fondateur de la République Turque est supposé avoir confessé la responsabilité de l’Etat Ottoman pour le " génocide arménien ". Cet argument est faux, certainement par confusion du " Turk " adulé avec quelqu’un de la Cour Militaire d’Istanbul porant le même nom. Cette erreur qui a dû prendre forme en un clin d’oeil, comme un simple malentendu ou un lapsus, est répétée en textes et en mots dans l’espoir d’aggraver le cas en " agissant " contre les Turcs, leur ayant montré que ce n’était personne d’autre que le fondateur de leur Etat. Tandis que les fantasmes croissent, l’erreur se transforme de l’incompréhension en fraude et en manipulation. Certains auteurs arméniens ont déjà imprimé des articles taxant l’histoire de " fiction " et demandant que " cette fable meure ". J’ai offert dans un livret, un résumé des origines de cet épisode apocryphe, retraçant sa croissance à travers certaines sources arméniennes et étrangères, rapportant qu’Atatürk a, à l’instar de ces auteurs arméniens, mis en place cette fourberie. J’ai reproduit alors des lettres originales de Mustafa Kemal Atatürk, parmi d’autres preuves, pour éclairer plusieurs points entourant cette fourberie en question.

Un autre de mes livrets séparés tend à exposer une autre falsification arménienne qui tente d’utiliser le nom du même homme d’Etat. Le Los Angeles Examiner a publié un article (1e août 1926) annonçant simultanément qu’il était écrit " par " Mustafa Kemal Pacha et c’était en même temps une "  interview de Emile Hildebrand, un artiste et journaliste suisse ".Certains cercles arméniens ont longtemps utilisé cet article, espérant que d’autres croiraient que ces mots sont tombés de la bouche du leader turc. En fonction de la preuve que j’ai présentée dans ce livret, je conclue qu’aucune interview de la sorte n’a jamais existé avec Mustafa Kemal de Turquie.

Il existe aussi un certain nombre de travaux turcs, disponibles dans des langues étrangères, comparant d’authentiques documents avec de falsifiés. Plusieurs documents falsifiés furent présentés au public du monde entier à un moment donné où la tendance à vouloir démembrer la Turquie avait atteint son plus haut point. Il existe suffisamment de documents authentiques dont le nombre ne cesse d’augmenter, faisant la lumière sur ce dilemme. Tout ceci est une contribution à l’étude des relations Turco-Arméniennes et non pas " l’embourbement des eaux de la Vérité ". La mise au grand jour des falsifications telles que celle en relation avec une toile de Vereshchagin très connue, présentée comme la photo d’un massacre, ne peut être brusquement décrite en peu de mots comme " propagande de bas étage " ou d’ " ineptie universitaire ".

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L’approche du Journal de Sociologie Politique et Militaire rappelle le besoin d’avoir une analyse interdisciplinaire. Cette dernière est particulièrement appropriée depuis que la revue est présentée sur les pages de couverture comme une publication " interdisciplinaire ". Il existe de nombreux facteurs qui vont déterminer qui nous sommes, comment nous agissons aussi bien individuellement qu’en tant que membres d’un groupe. Par conséquent, l’identité ethnique ou nationale est déterminée par une interaction complexe de causes et d’effets, allant de mécanismes psychodynamiques individuels à des événements historiques de grande envergure. L’analyse interdisciplinaire offre des vues internes sur les facteurs psychopolitiques sous-jacents qui déterminent les interactions entre groupes, spécialement ceux qui sont en conflit. Inversement, l’emphase sur une certaine logique d’événements présélectionnés, qui sont en fait, les résultats aussi bien que les moules d’une complexité encore plus poussée que visible, révèle la formation d’une identité, de plus en plus soutenue par la répétition d’un unilatéralisme jusqu’à l’exclusion d’autres faits cruciaux.

Il serait plus approprié de se remémorer le point de vue suivant émis par Erik H. Erikson qui était un psychanalyste distingué par ses études de premier ordre soulignant le lien entre la culture et l’individu : " Nous ne pouvons pas abandonner l’Histoire entre les mains d’observateurs non- " cliniques " et à des historiens professionnels qui trop souvent s’immergent si noblement dans les déguisements, les rationalisations et les idéalisations du processus historique duquel ils devraient se décoller. Seulement quand la relation des forces historiques avec les fonctions basiques et les états de l’esprit ont-ils été étroitement décelés et compris que l’on peut se permettre d’entamer une critique psychanalytique de la société... "

Les groupes ont besoin des autres pour se définir eux-mêmes, et dans ce même procédé ils apprennent à détester les éléments extérieurs. Vamik D. Volkan a introduit le sujet du besoin humain d’avoir des ennemis et des alliés. Il a souligné que les gens s’investissaient de façon psychologique dans la continuation d’un conflit donné et qu’ils les utilisaient en effet comme des stabilisateurs extérieurs de leur sens identitaire et de leur contrôle interne. Non seulement ils s’investissent dans cette continuité d’animosité, leur militantisme dénote partiellement leurs conflits intérieurs. A partir du moment où ils ont besoin d’un ennemi, ils ont peur de le perdre. Malgré qu’un nombre d’autres scientifiques aient déjà contribué au développement d’une connaissance et d’une littérature pertinente dans le domaine générique de la psychologie politique, la contribution de Volkan met en avant la pertinence des inquiétudes d’un peuple ou d’une nation. Son approche, partagée par d’autres universitaires, pousse le lecteur à aller au delà du phénomène de premier degré en Histoire et en Politique.

Volkan utilise le terme de " traumatisme choisi " pour parler d’une représentation mentale d’un événement faisant ressentir chez un groupe donné le sentiment de victimisation. Le groupe en question mythifie l’événement et le translate à l’intérieur de sa propre identité, dépassant la représentation mentale avec des sentiments mêlés d’adhésion et de refoulement, ceci de génération en génération. A chaque génération, l’événement est modifié. Ce qui reste est le rôle qu’il joue dans l’identité du groupe, même si la version modifiée de l’événement est différente de la vérité historique. Cette tendance va de pair avec la tentation de rechercher un bouc-émissaire. Pour les groupes d’Arméniens, ce bouc-émissaire, ce sont les Turcs.

Les groupes prônent également des " gloires choisies " qui font également partie intégrante de leur identité. Pour certains Arméniens, ces gloires peuvent représenter comment une bonne poignée d’entre eux ont contrecarré les assauts de nuées d’ennemis, comment ils les ont repoussé en leur infligeant de lourdes pertes, comment ils ont contribué à la victoire de la Liberté et de la Démocratie ou encore, combien ils étaient modestes et humains alors que la cruauté de leurs ennemis était sans limite !

Les " traumatismes choisis " et les " gloires choisies " étayent le sadisme et le masochisme du groupe. L’ennemi est un stéréotype de défauts. L’ennemi stéréotypé est souvent évoqué en termes non-humains. Par exemple, dans l’article de Dadrian, le " mal " est projeté sur les Turcs, à un tel point qu’il n’y a plus de sympathie pour les pertes ennemies. Il n’y a pas de considération pour la possibilité que les aspects indésirés d’un groupe ethnique puissent très bien être projetés sur un autre groupe. Par contre, le " traumatisme choisi " est transmis à la génération suivante qui mythifie le traumatisme original et remplace la vérité historique par une narration sensationnelle et unilatérale. Plusieurs activités rituelles telles que la manifestation du 24 avril, certainement le début du  " génocide arménien ", procurent matière à accentuer ce même " traumatisme choisi " et le transmettent, encore un fois, à la génération suivante qui sera de plus en plus éloignée de ce qui s’est réellement passé, gloire ou traumatisme soit-il. Dadrian rejoint un nombre d’autres écrivains qui semblent projeter sur les Turcs la plupart des aspects indésirables chez les Arméniens.

Pourquoi et comment cette transformation s’opère-t-elle ? Il est nécessaire de connaître l’histoire des deux camps en conflit et surtout les caractéristiques de leur cultures respectives. Tandis que les détails de ces éléments peuvent représenter le sujet d’un ouvrage complet, il est au moins indispensable de souligner la signification de forces constamment motivées définissant mieux les interactions de groupe. Volkan compare l’identité ethnique à une " tente " qui procure d’habitude un habitat stable et fonctionnel, mais qui peut très bien " trembler ", mettant les vies en danger. L’habitat ottoman a également procuré une stabilité aux Arméniens pendant quelques siècles. La tente est un abri sous lequel les traumatismes choisis et les gloires choisies sont imbriqués. Les individus vaqueront à leurs occupations si la tente est solide mais ils seront préoccupés par des réparations et la restauration si elle venait à subir des soubresauts. Plus l’instabilité est marquée, plus le désir d’afficher son identité est prononcé. Un groupe peut éprouver le besoin de redécouvrir et de reformuler son identité chaque fois que sa " tente " est secouée.

Plusieurs auteurs arméniens ont eu recours à " l’ennemi turc " pour étayer leur image. Mais ce changement est survenu, non pas lorsque le gouvernement ottoman a reconnu les droits de la communauté arménienne au XVe siècle ou les quelques siècles qui ont suivi, mais à un moment où cette même tente s’est mise à trembler, obligeant plusieurs intellectuels musulmans à redéfinir leur moi également. Les Arméniens ont apparemment ressenti ce besoin, initialement après la guerre russo-ottomane de 1877-78, pas seulement désastreuse pour les Turcs mais également déstabilisante pour l’identité de beaucoup de nationalités faisant partie de l’Empire Ottoman qui se demandait " qu’allait-il advenir de nous ? ". La " tente arménienne a été secouée plusieurs fois par la suite à la fin de la Première Guerre Mondiale  (1918), à l’installation du règne bolchevik en Arménie (1920), la Guerre Civile libanaise (1975) et la désintégration de l’Union Soviétique (1991).

La psychodynamique du terrorisme ethnique auquel certains Arméniens ont eu recours dans un passé récent comme lors des décennies précédentes, est également en relation avec le " tremblement de la tente ". C’est un fait indéniable que les terroristes arméniens furent en action pendant les dernières décennies du gouvernement ottoman et qu’ils ont également tué des diplomates turcs et des membres de leurs familles proches et un certain nombre de Turcs qui étaient dans leur ligne de mire. Heath W. Lowry argumente que chaque génération arménienne a produit et nourri un nouveau groupe de terroristes. La saisissante tendance minimaliste de certains auteurs, David Marshall Lang par exemple, soutenant que les Arméniens " n’étaient pas tous des anges " est un postulat choquant. Dadrian réduit sérieusement le phénomène évident du terrorisme et de la trahison arménienne en se référant aux " actes de sabotage sporadiques " et " actes de trahison " (pp. 6-7). Même le jeune Mardiros Jamkotchian, âgé de 15 ans, interpellé par les autorités suisses après avoir assassiné le diplomate turc Mehmet Yergüz (1981), à Berne, a déclaré à la Cour qu’il lui a tiré dans le dos parce que c’était une guerre et qu’ils étaient tous les deux des " soldats ".

L’Allemagne et l’Empire Austro-Hongrois furent des alliés des Ottomans pendant la Première Guerre Mondiale. Ceci n’entraîne pas forcément l’idée qu’ils retirent immédiatement leur connivence légendaire et qu’ils aient des opinions impartiales éternellement justifiées. Le monde occidental tout entier savait que les Ottomans avaient étendu leurs possessions jusqu’aux portes de Vienne et certains parents européens intimidaient leurs enfants en disant " Les Turcs arrivent ! " Ces stéréotypes des Turcs par les occidentaux, y compris les Allemands et les Autrichiens, proviennent d’un certain nombre d’événements récurrents. Par exemple, la " perte de Constantinople ". Ceci est un autre traumatisme choisi, partagé par de nombreux Européens. De plus, les Allemands et les Autrichiens avec qui les Ottomans furent fréquemment en conflit même pendant la Première Guerre Mondiale, avaient besoin d’amis potentiels du camp opposé, juste dans le cas où ils seraient battus. Ce fut spécialement la politique de Berlin que d’entretenir de bonnes relations avec les quartiers proches des preneurs de décisions parmi les groupes opposants dans beaucoup de groupes d’Etats.

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En présentant les articles du Professeur Vakakn N. Dadrian dans le volume co-écrit du Journal de Sociologie Politique et Militaire, le Professeur Roger Smith les décrit comme modèle historique, de sociologie narrative et d’analyse et établit que certaines leçons peuvent être tirées du sujet en question. Je considère l’approche du Professeur Dadrian comme présentation unilatérale d’un phénomène complexe. Dans son appréciation, questionnant l’authenticité des documents supposant prouver l’existence d’un génocide, d’un témoignage de documents ottomans authentiques mettant au défi l’assertion du génocide, du scrutin légal à la lumière de la Convention sur le Génocide de 1948, la mention des conditions générales de guerre ou toute autre référence à une participation arménienne à des conflits armés relève de tentatives de " révisionnisme ".

Certains Arméniens ne peuvent abandonner une série de mythes, tels que " larges frontières ", " homogénéité " ethnique sur ces terres, conflits " continuels " Turco-Arméniens ou encore " l’innocence arménienne contre l’indicible " cruauté " de leurs ennemis. La vérité, étayée d’abondantes sources, est la terreur que semaient des bandes arméniennes organisées, leur prise de pouvoir dans certaines parties d’Anatolie Orientale, leurs actions communes avec les troupes étrangères ennemies et les expulsions des populations musulmanes qui a conduit les autorités ottomanes à relocaliser les Arméniens dans les parties méridionales de l’Etat.

La défaite de l’Etat ottoman à la fin de la Première Guerre Mondiale et la probabilité de conditions difficiles imposées aux Turcs ont alimenté la résurgence d’un profond sentiment anti-Ittihadiste, malgré la présence d’adhérents de l’ancien groupe au pouvoir et ont joué un rôle, non seulement dans la décision de lancer des procès mais aussi dans les procédures et les verdicts. Dadrian, d’autre part, considère la désignation de certains leaders Ittihadistes comme coupables, " chose bien pratique pour dédommager le peuple turc dans son ensemble " (p. 133). Peu importe à quel degré un auteur peut nourrir des vues ethnocentriques ; trouver un moyen d’impliquer une nation toute entière dans une évaluation unilatérale d’un événement dramatique rappelle l’approche raciste, particulièrement incompatible avec l’Année de la Tolérance des Nations Unies (1995), et avec la Troisième Décennie pour Combattre le Racisme et les Discriminations Raciales (1993-2003).

Non seulement la victimisation unilatérale dans les relations Turco-Arméniennes ne reflète pas les faits historiques réels mais plutôt les traumatismes choisis, présentés insistamment d’un point de vue tronqué, elle ne favorise pas la réconciliation. L’insistance sur cette victimisation des Arméniens retarde seulement les bénéfices mutuels qui devraient supplanter l’avantage que tirent les Arméniens de cette continuelle animosité. Tandis que les vieilles habitudes contrecarrent les futures relations de confiance, une cure favoriserait un meilleur bilan. La démantèlement de l’Union Soviétique (1991) a motivé la Turquie à s’engager dans une nouvelle politique dans le Caucase, la Mer Noire et les Balkans. La Turquie a suggéré l’adhésion de l’Arménie et de la Grèce dans le programme de coopération autour de la Mer Noire, bien qu’aucun des deux pays ne soit sanguinaire. Toutes les parties intéressées par la guérison et la paix peuvent utiliser de nouvelles circonstances pour effacer des décennies de vieilles assertions et interprétations. Depuis 1991, les Turcs ont pris des mesures pour surmonter les barrières qui ont emprisonné les relations avec l’Arménie derrière d’insurmontables barreaux. Il y a un besoin de nouvelle donne.

   

 

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