From: <Adocle16@aol.com mailto:Adocle16@aol.com> Sent: Friday, February 02, 2001 10:35 AM La Commission des Relations Internationales du Congrès américain a qualifié, hier, de " génocide " les massacres perpétrés par les turcs de 1915 à 1923 à lencontre de la population arménienne. Aussitôt, le porte-parole de la Maison Blanche a regretté ladoption dune telle résolution susceptible de compromettre les relations avec la Turquie, grande alliée des Etats-Unis dans la région. De leur côté, les autorités dAnkara continuent de simuler lamnésie, niant vigoureusement lexistence de ce qui fut - et doit rester dans nos mémoires - comme le premier génocide du XX ème siècle. * Mais rappelons les faits. Cest en 1914, lorsque lempire ottoman choisit le camp de lAllemagne et de lAutriche contre les alliés, que la situation devint dramatique pour le peuple arménien, également disséminé dans lempire russe voisin. Lengagement de volontaires arméniens aux côtés de la Russie fournira alors loccasion attendue par le gouvernement Jeune-Turc pour procéder à lextermination de cette minorité chrétienne, dont les membres étaient traités depuis des siècles comme des citoyens de seconde zone. Déjà, sous le règne du sultan Abdul-Hamid II, la religion avait servi de prétexte à lextermination de 200 000 arméniens de 1894 à 1896. Cette fois, ce fut un nationalisme xénophobe qui poussa la nouvelle dictature au pouvoir à organiser lanéantissement du peuple arménien au nom du " Turquisme " naissant, idéologie qui devait servir lémergence dun nouvel état plus homogène... * Le 24 avril 1915, les intellectuels, les chefs religieux et tout ce que la communauté arménienne comptait de notables furent réunis à Istanbul pour être déportés, puis exécutés. Par la suite, des déportations massives eurent lieu durant lesquelles des centaines de milliers dhommes, de femmes et denfants furent massacrés directement, conduits dans le désert pour y être abandonnés ou jetés dans la Mer Noire... Le tout selon un plan soigneusement préparé visant à la suppression de toutes traces dune civilisation implantée dans cette partie du monde depuis des millénaires. Sans doute serait-il vain dénoncer tous les tourments que subirent les arméniens durant ces longues années : il suffira de se souvenir que même les alliés allemands et autrichiens de lempire ottoman critiquèrent, dès le début, une telle cruauté organisée. Ce nest pourtant quen 1985 que les Nations Unies adoptèrent une résolution qualifiant de " génocide " lextermination méthodiquement planifiée du peuple arménien : un génocide au cours duquel un million et demi dêtres humains trouvèrent la mort. *
On ne sétonnera pas que les grandes puissances aient été - et soient encore parfois - si peu pressées de se prononcer sur ce quelles préfèrent nommer la " tragédie arménienne " : ce sont toujours les mêmes scandaleux mobiles économiques et stratégiques qui font obstacle au processus indispensable de restauration dans leur dignité des plus humbles dentre nous... Mais si la reconnaissance du génocide est vitale pour les arméniens, elle lest aussi pour la société turque qui ne peut continuer ainsi à faire semblant dignorer que les fondateurs de la République turque furent aussi des assassins. Jusqu'à présent, la Turquie a choisi de cultiver le mensonge historique, espérant faire pousser les buissons épineux du négationnisme suffisamment dru pour étouffer à tout jamais les fleurs graciles de la vérité : cela est vain et suicidaire. Si peu odorant quil soit, leur parfum est nécessaire à la santé des individus autant quà celle des communautés : il leur permet de se remettre le passé en mémoire et den tirer de fructueuses leçons pour le présent. Des leçons dont le monde entier a plus que jamais besoin pour enfin distinguer sous larôme artificiel exhalé par le nationalisme, les pestilences de la pourriture et de la mort Les peuples grecs et turcs se connaissent depuis très longtemps. Après la prise de Constantinople en 1453 par le Sultan Mehmet Il, la Grèce resta sous la domination de l'empire ottoman jusqu'à la guerre d'indépendance (1821-1831). Une grande partie du territoire grec ne fut libérée qu'à la suite de la guerre des Balkans (1912-1913). La sanglante guerre gréco-turque, qui dura de 1919 à 1922, s'acheva par la conclusion des traités de Lausanne en 1923. Symbole de la fin de près d'un siècle de conflits armés entre la Grèce et la Turquie, ils constituent la base des relations gréco-turques. Ils signifient aussi la fin des luttes pour l'indépendance et la fixation définitive des frontières à l'est. Les traités de Lausanne prévoyaient en particulier:
- l'échange des populations grecques d'Asie Mineure et d'Anatolie contre les Turcs de Grèce.
- l'internationalisation des Dardanelles, la protection des minorités non musulmanes de Turquie (Juifs, Grecs, Arméniens) et de la minorité musulmane en Grèce.
Malgré cela, pendant la deuxième guerre mondiale, la Turquie a pris des mesures hostiles vis-à-vis des Grecs vivant sur son territoire. Elle tenta aussi de s'octroyer le contrôle du port de Thessalonique et des îles de la partie orientale de la mer Égée.
Au début des années 50, les relations gréco-turques s'étaient à peu près normalisées.
Mais depuis le début de la crise chypriote dans les années 50, la Turquie a montré que son objectif final était l'annexion de l'île. Le problème de Chypre et l'attitude de la Turquie vis-à-vis de la minorité grecque d'Istanbul furent les principaux points de désaccord entre la Grèce et la Turquie pendant les années 60. A Chypre, la politique turque mena à la division de la population et à l'isolement des Chypriotes turcs qui se cantonnèrent dans des enclaves et abandonnèrent une large part de leurs droits et devoirs civils. En 1955 et 1964, les autorités turques à Istanbul menèrent une politique de persécution vis-à-vis de la population grecque, l'obligeant à quitter la terre de ses ancêtres pour se réfugier en Grèce, sans aucun dédommagement pour les terres et les biens qu'elle laissait derrière elle.
L'invasion turque à Chypre et la tentative de la Turquie de remettre en question le statu quo en mer Égée, pesèrent lourdement sur les relations gréco-turques durant les années 70. Le 20 juillet 1974, prenant prétexte du renversement de l'archevêque Makarios par la junte militaire d'Athènes, l'armée turque débarqua à Chypre. Pour justifier cet acte, elle se référait à l'article IV du traité de 1958, qui laissait ouverte une possibilité d'intervention dans le cas où l'ordre constitutionnel était suspendu. Le 23 juillet 1974, le régime militaire était renversé à Athènes, et Constantinos Caramanlis nommé chef du gouvernement. Le régime de Sampson, qui avait été installé à Chypre par les putschistes, tomba immédiatement après. Le président du Parlement chypriote, Glafcos Clérides, entra en charge de la présidence, en tant que représentant légal du président exilé. Mais ce rétablissement rapide de l'ordre constitutionnel n'entraîna pas le retrait des troupes turques, dont la mission était pourtant de fait terminée. Bien au contraire: Ankara interrompit les pourparlers de paix à Genève et poursuivit son invasion de Chypre le 14 août 1974, conquérant au total 35% du territoire chypriote.
C'est à peu près à la même époque (1973) que la Turquie commença à remettre en question les droits de la Grèce en mer Égée, menaçant de recourir à la force si ses revendications n'étaient pas satisfaites. En 1983, le problème de Chypre atteignit un point culminant quand Rauf Denktash, leader des Chypriotes turcs, déclara la constitution d'un État indépendant dans le territoire occupé par les Turcs. Il faut souligner que, jusqu'à aujourd'hui, on a envisagé presque toutes les possibilités de parvenir à un règlement des problèmes gréco-turcs, mais en vain. L'échec de ces efforts est à imputer à l'attitude de la Turquie, qui viole le droit international et souhaite un changement de statu quo en mer Égée. La Grèce ne pose pas de revendications, mais elle n'est prête ni à négocier sa souveraineté, ni à concéder des territoires sous quelque forme que ce soit. Aussi, pour la Grèce, il n'existe pas de différend gréco-turc, au sens propre du terme, mais uniquement des "revendications unilatérales de la part de la Turquie" vis-à-vis de la Grèce.
La Grèce a étudié en 1996 une proposition de la présidence néerlandaise de l'UE, qui suggérait une nouvelle procédure pour la solution des problèmes gréco-turcs : il s'agissait, pour les deux États, de faire rédiger parallèlement, par des comités d'experts un avis non contraignant exposant leurs points de vue, pour les soumettre à chacun des deux gouvernements ainsi qu'à la présidence de l'UE. La présidence constaterait sur quels points les experts sont d'accord et quels points devraient être clarifiés. Les sujets controversés seraient soumis à la Cour internationale de Justice à La Haye. Il ne s'agissait pas là d'un dialogue politique mais d'une mesure purement procédurale, qui visait, par voie juridique, à détourner le danger d'un énorme conflit.
Le Premier ministre grec Costas Simitis et le président de l'Etat turc, Suleyman Demirel, se rencontrèrent à Madrid, le 8 juillet 1997, à l'occasion du sommet de l'OTAN. Tous deux saluèrent la con- vergence d'opinion du ministre grec des Affaires étrangères, Théodoros Pangalos, et de son homologue turc Ismail Cem, qui s'étaient rencontrés à l'invitation de Madeleine Albright, secrétaire d'État américain. La Grèce et la Turquie se sont engagées à promouvoir leurs relations bilatérales. Elles se sont mises d'accord sur les principes fondamentaux suivants :
- engagement des deux parties en faveur de la paix, la sécurité et le développement des relations de bon voisinage - respect mutuel de la souveraineté - respect des principes fondamentaux du droit international et des conventions internationales - reconnaissance respective des intérêts légitimes et vitaux des deux pays dans la mer Égée sur la base du respect mutuel et de la volonté d'éviter des conflits causés par des malentendus, les deux parties s'engagent à renoncer aux actions unilatérales - sur la base d'un consensus entre les deux parties, et sans recours à la violence ni menace, les deux États s'engagent à résoudre les différends par des moyens pacifiques. En conclusion
Toutes les questions mentionnées sont interdépendantes. Lobjectif principal de la Turquie semble être la division du plateau continental, afin dexploiter les ressources naturelles du sous-sol de la mer Égée, et dintégrer les îles de lÉgée orientale dans une région sous souveraineté turque. Le but ultime est de faciliter la réalisation de ses revendications dans la région.
Dans loptique de cet objectif de base, la Turquie a " découvert " des problèmes concernant lextension de lespace aérien et des eaux territoriales grecs, la FIR, et nombre dautres sujets. Tous ces problèmes, réunis en un train de revendications soi-disant " indissociables ", font ressortir la stratégie turque, qui vise à semparer du contrôle sur les ressources naturelles de la mer Égée et de la souveraineté des îles grecques.
Dans ce contexte, la Grèce ne peut ignorer les propos irresponsables récemment tenus par lex-Premier ministre turc, Tansu Ciller qui, lors de la dernière crise à propos des rochers dImia, a contesté la souveraineté grecque sur 3000 îles en mer Égée (en dautres termes, sur un nombre dîles plus élevé quil nen existe en mer Égée). Étant donné quelle remet en question le statu quo de la région, qui est reconnu au niveau international, la Turquie devient un facteur majeur dinstabilité politique, militaire et économique pour toute la région |