Le
football turc entre violence et corruption
Laure Marchand - (24 Heures, 06/02/2006) -
Alors que la FIFA va rendre son verdict dans l’affaire Turquie-Suisse, les
mentalités n’évoluent pas.
EFFRAYANT Mattias Asper (le gardien suédois du club
stambouliote de Besiktas) quitte la pelouse de Trabzonspor sous bonne escorte.
Eliminés du Mondial allemand qui se disputera dans
quelques mois, les Turcs redoutent maintenant une double peine. La Commission de
discipline de la FIFA doit se réunir jusqu'à demain et décider des sanctions à prendre
pour les graves incidents qui ont suivi le match de barrage Turquie-Suisse. La
possibilité de les priver de Coupe du monde 2010 a été évoquée.
«Mais la prise de conscience chez les supporters a été
assez limitée. Seuls quelques chroniqueurs dénoncent les travers du football turc
explique Alp Ulagay, journaliste sportif à Hürriyet. Moi, j'espère que les sanctions
seront exemplaires, sinon nous allons récidiver.» Depuis le match du 16 novembre, les
signes d'un changement de mentalité dans le football turc ne sont pas perceptibles. Bien
au contraire.
Après le déchaînement de violence contre les
footballeurs suisses, le président de la Fédération turque de football (TFF) a
convoqué un congrès extraordinaire pour élire son successeur. Haluk Ulusoy a remporté
la mise et lui a succédé mi janvier. Le ministre des Sports, Mehmet Ali Sahin, avait
pourtant affirmé qu'il refuserait la victoire d'Ulusoy et avait appelé le candidat à se
faire «blanchir» au préalable devant la justice d'accusations de détournement de
fonds.
Le sulfureux personnage avait dirigé la TFF de 1997 à
2004. A l'époque, de forts soupçons avaient pesé sur son élection qui aurait été
obtenue grâce à l'appui de la mafia turque. Son principal adversaire s'était retiré du
scrutin à la dernière minute.
La mafia exerce un contrôle étroit sur les vestiaires
turcs et les scandales ne sont pas rares. Le dernier en date implique des joueurs de
Trabzonspor. Les images des voitures criblées de balles de deux internationaux turcs,
Gökdeniz Karadeniz et Fatih Tekke, ont fait le tour du pays il y a quelques jours. Cet
incident, qui n'a pas fait de blessés, est à relier à une affaire de matchs truqués
impliquant des joueurs de Trabzon à la fin de la saison dernière. «L'arrangement ayant
été découvert, les mafieux ont investi de l'argent à perte et ils sont furieux,
explique un fin connaisseur. Les types intimident les joueurs afin de récupérer la
partie qu'ils leur ont versée.» Rarement révélés, souvent soupçonnés, les matchs
truqués sont probablement une pratique très répandue en Turquie.
La violence est une autre composante essentielle du
football turc. Etendards rouges frappés de l'étoile et du croissant blancs, portraits
d'Atatürk, hymne national chanté à tue-tête: dans les tribunes, le patriotisme
exacerbé et l'agressivité submergent souvent l'esprit sportif. Les agressions entre
supporteurs rivaux, les jets d'objets sur les joueurs et les arbitres sont monnaie
courante. Au mois de décembre, un partisan de Besiktas a été poignardé par un
supporteur de Galatasaray lors d'un derby entre les deux équipes d'Istanbul. Le
hooliganisme a perdu de sa vigueur, mais des événements dramatiques ont marqué la
Turquie ces dernières années. En 2000 à Istanbul, deux supporteurs de Leeds avaient
été tués d'un coup de couteau par des fans de Galatasaray, juste avant un match de
Coupe d'Europe.
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