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Ali Agça voulait capturer Ben Laden

(24heures - 18/01/2006) - La presse publie des lettres délirantes de l’homme qui tenta d’assassiner le pape, libéré jeudi dernier. Ses déclarations renforcent les soupçons qui pèsent sur son état psychologique.

Le ministre turc de la Justice, Cemil Cicek, a saisi hier la Cour de cassation en lui demandant de casser la décision de libérer Mehmet Ali Agça, qui avait tenté en 1981 de tuer le pape Jean Paul II. Cette procédure pourrait le renvoyer en prison.

Le feuilleton Ali Agça n'en finit pas. Depuis la sortie de prison, jeudi dernier, de l'homme qui a tiré sur Jean Paul II en 1981, les rebondissements se succèdent. Le quotidien populaire Hürriyet a publié hier des extraits de lettres divagantes qu'Ali Agça a écrites derrière les barreaux. En 2000, pour récompenser les Etats-Unis qui avaient aidé à capturer Abdullah Öcalan, le chef de l'organisation kurde PKK, il s'était mis à disposition des services secrets turcs: «Je suis prêt à partir pour l'Afghanistan, à infiltrer l'organisation de Ben Laden et à le livrer à l'Amérique mort ou vif», proposait-il dans une lettre, précisant qu'il haïssait le terrorisme.

Dans une autre missive, il affirmait que le Vatican lui avait offert 50 millions de dollars pour se convertir au catholicisme et devenir cardinal. «Je préfère être un singe en Afrique qu'un roi au Vatican», assurait-il avoir répondu.

Ces écrits renforcent les doutes sur ses facultés mentales, dont le crédit était depuis longtemps largement entamé. L'ancien militant des Loups gris, une milice turque d'extrême droite liée à la mafia, se prenait déjà pour «le second Messie». Et au printemps dernier, à la mort du pape, son «frère spirituel» comme il l'appelait, il avait invité Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code , à Istanbul. Le prisonnier souhaitait écrire la suite du best-seller mondial et avait déjà trouvé le titre: Le code du Vatican .

Homme dangereux

Mais pour les détracteurs d'Agça, l'homme reste un dangereux manipulateur qui se dissimule derrière ses envolées mystiques. Qu'il soit fou ou non, sa libération a semé la confusion et a profondément choqué les Turcs. En 2000, après avoir passé dix-neuf ans dans une prison italienne pour l'attentat contre Jean Paul II, l'ex-terroriste avait été extradé en Turquie et directement emprisonné. La justice le réclamait notamment pour l'assassinat, en 1979, d'Abdi Ipekçi, célèbre rédacteur en chef de Milliyet et conscience de la gauche turque.

Bénéficiant d'amnisties et de réductions de peine, le meurtrier a été libéré au bout de cinq ans et demi. Pas cher payé pour la presse, qui s'emporte depuis une semaine: «L'assassin est parmi nous», «Le compte n'y est pas!» A mots couverts, on soupçonne l'influence des ultranationalistes dans cette décision judiciaire inattendue. Car avec Agça, une époque sanglante de la Turquie refait surface: dans les années 1970, régnait une ambiance de guerre civile. Les assassinats en pleine rue d'intellectuels et de militants d'extrême gauche par les Loups gris se comptaient par dizaines. Mais le ministre de la Justice, embarrassé, a peut-être trouvé un moyen pour clore la polémique au plus vite. Cemil Cicek a annoncé hier qu'il avait déposé un recours devant la Cour de cassation pour que la mise en liberté d'Ali Agça soit réexaminée.

   

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